Une maquette du futur train électrique de Montréal

Le Québec risque de «manquer le train»

Le 20 janvier dernier, La Presse annonçait «Train électrique : le BAPE jette une douche froide sur le projet de la Caisse». En lisant ce titre, une seule pensée m'est venue à l'esprit : encore un projet rejeté au Québec. Après cela, une réflexion : il est grand temps au Québec de quitter l'arène du «pour ou contre» et de passer à celui du «comment bien le faire» pour évaluer nos grands projets de développement. Nous avons su innover en matière de consultation et de développement durable, eh bien, faisons-le une nouvelle fois pour éviter d'accréditer la perception qu'au Québec, il est impossible de réaliser de grands projets de façon efficace, et ce, dans la sérénité et le consensus.
Voilà le constat et le défi que nous proposons au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) à la suite de la publication récente du rapport 331 par le Bureau d'audiences publiques en environnement sur le Projet de réseau électrique métropolitain de transport collectif (REM) proposé par la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Rappelons que ce projet d'une valeur de 5,5 milliards $ permettrait de relier en 2020 le centre-ville de Montréal aux municipalités des rives nord et sud, de l'ouest de l'île de Montréal ainsi qu'à l'aéroport international Trudeau. Ce métro léger, totalement automatisé et électrique, compterait 27 stations et une station potentielle sur une longueur de 67 kilomètres.
Il nous semble que la majorité de la population a accueilli favorablement la réalisation d'un projet aussi structurant en termes de transport collectif. Le BAPE écrit d'ailleurs que «dans l'ensemble, le projet offrirait une bonne capacité de transport dans les secteurs desservis» et il ajoute «mais il soulève des préoccupations quant à la qualité du service offert aux usagers ou à la perception que ceux-ci en auraient». De même, «la commission questionne le choix d'emprunter en exclusivité le tunnel du Mont-Royal pour desservir l'ouest de l'île et estime qu'un tracé vers le sud devrait être réexaminé en profondeur avec les municipalités concernées et la future ARTM». 
Elle estime aussi que des mesures d'atténuation des impacts devraient être mises en place à l'égard de l'écoterritoire du ruisseau Bertrand. De plus, CDPQ Infra devrait délocaliser la station Rive-Sud, étant donné les impacts sur le territoire agricole et les milieux naturels.»
Faudrait-il considérer ces pistes d'optimisation comme un rejet pur et simple du projet? Et si, au lieu de voir un verre à moitié vide ou à moitié plein, on voyait un verre qu'on est en train de remplir? Et si on se demandait collectivement quelle serait la meilleure façon de le remplir?
Pour les travailleurs de la construction que nous représentons, cet avis est une tuile de plus sur une industrie de plus en plus difficile depuis deux, trois ans. L'abandon ou le report de plusieurs projets industriels au Québec provoque une baisse importante des heures de travail dans plusieurs secteurs et met en péril la qualité de vie de milliers de familles. 
En tant que citoyens, nous sommes conscients de l'importance de mettre en place des structures d'acceptabilité sociale efficaces. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de noter que les audiences sont devenues une arène privilégiée dans laquelle les opposants et les supporteurs font valoir, comme dans un procès, leurs points de vue en espérant que les juges se rendront à leurs arguments. On ne se demande pas comment on pourrait réaliser un projet dans une perspective de développement durable. On ne confronte pas ses points de vue pour trouver collectivement la meilleure façon de faire. On s'oppose, on dénonce, et ultimement, on est en train de devenir une terre de blocage et de bureaucratie au lieu d'être un endroit ouvert au développement et aux opportunités.
Et si on changeait de perspective? Et si on passait de la consultation à la participation? Et si au lieu de se cantonner dans des positions, on se demandait comment jumeler nos intérêts économiques, environnementaux et sociaux?
Nous ne prétendons pas avoir de solution parfaite, mais nous croyons fermement que nous ne pouvons pas nous donner le luxe d'éviter cette réflexion collective au risque de refuser des opportunités économiques au seul chef qu'elles ne sont pas parfaites du premier coup. L'industrie de la construction qui représente 12 % du PIB québécois en souffre déjà. Nous devons absolument moderniser le BAPE avant qu'il ne soit trop tard et que nous manquions irrémédiablement le train du développement.
Michel Trépanier, président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction