Une plus grande présence de fournisseurs privés dans les systèmes de santé permet de bonifier les ressources médicales et l’offre de services à la population, soutiennent les auteurs.

Le privé, allié indispensable du réseau public de santé

Le secteur privé en santé et déjà bien ancré au Québec, et ce, depuis des décennies, tant au chapitre du financement que de la prestation des services, agissant en complémentarité du secteur public, facilitant l’accès aux soins et contribuant à réduire l’engorgement dans le réseau public.

De nos jours, plus de la moitié des travailleurs du secteur de la santé (employés et travailleurs autonomes) œuvrent au sein d’organisations privées, avec ou sans but lucratif. Ces 222 000 employés représentent quelque 7 % de l’emploi total au Québec. C’est plus de 15 milliards de dollars du secteur privé qui contribuent au financement du réseau de la santé.

Nous avons commandé une étude économique de la contribution du secteur privé au système public afin que l’apport essentiel de ce secteur sur le développement économique du Québec soit davantage considéré, mais aussi qu’on tienne compte de sa contribution à l’amélioration de notre système de santé, qui fait face à de nombreux défis.

Des expériences de collaboration positive entre les secteurs privé et public en santé engendrent également d’importants gains d’efficience et des économies pour l’État. À titre d’exemple, les groupes de médecine familiale, ces entités privées qui dispensent des services assurés par l’État, permettent de réduire significativement l’utilisation et les coûts des services de santé, tant en consultation externe qu’à l’urgence. Il en va de même des partenariats entre les centres médicaux spécialisés et certains hôpitaux, lesquels améliorent l’accès aux chirurgies et ce, à plus faible coût.

À l’échelle internationale, on observe d’ailleurs une tendance globale à la convergence des systèmes de santé universels vers un modèle mixte «public – privé». Dans l’ensemble des pays développés, les gouvernements s’occupent principalement du financement, de la réglementation et de la supervision des services, mais l’offre de soins est assurée par une diversité de prestataires publics et privés.

Perception positive

De même, le secteur privé se démarque tant sur le plan de la rapidité d’accès, de l’utilisation accrue des outils technologiques qu’au chapitre de la satisfaction de la clientèle.

Selon un récent sondage, trois Québécois sur quatre se sont récemment dits favorables à ce que le gouvernement fasse davantage appel à des partenaires privés afin d’améliorer l’accès aux soins dans le réseau public. Globalement, la population a une perception positive des services rendus dans les cabinets et les cliniques privés au Québec. Cela provient du fait que l’attente pour les services dans ces établissements n’est pas un enjeu. À titre d’exemple, chez le dentiste, l’optométriste ou le physiothérapeute, la vaste majorité des patients parviennent à obtenir leur rendez-vous à l’intérieur d’un délai maximal de quelques jours. 

Plusieurs croient à tort qu’accorder un plus grand rôle au secteur privé dans le domaine de la santé mène à un système à «deux vitesses», au détriment des populations vulnérables. Opposer le privé et le public n’a plus sa place de nos jours. Une plus grande présence de fournisseurs privés dans les systèmes de santé permet de bonifier les ressources médicales et l’offre de services à la population. Par conséquent, cela entraîne un accès amélioré aux soins. Alors que la santé accapare plus de la moitié des dépenses de programmes du gouvernement du Québec, il est de plus en plus évident que le secteur privé doit devenir un allié incontournable.

Collectivement, nous devons cesser d’opposer le privé et le public, car cette vision «tout noir, tout blanc» ne colle plus à la réalité d’aujourd’hui. Il faut rappeler que ce qui définit qu’un service est public, ce n’est pas celui qui le dispense, mais celui qui le paie. Il est grand temps de donner à la population ce qu’elle attend depuis longtemps.

Stéphane Forget, MBA, Président-directeur général Fédération des chambres de commerce du Québec

Luc Lepage, Président Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être