Le chef du PQ, Jean-François Lisée

Le PQ et la honte

«Le Ciel défend, de vrai, certains contentements, mais on trouve avec lui accommodements» (Tartuffe, acte IV).
Déterminé à amorcer l'avènement d'un bon gouvernement provincial contre les démons rouges, le nouveau chef du PQ n'a pas mis de gants blancs dans son discours de victoire: « Vous êtes insatisfaits du gouvernement Couillard. [...]. Il n'y a pas de honte à avoir honte d'un gouvernement honteux ». Cette dernière métamorphose, le Protée infatigable nous l'avait révélée durant la course au leadership : pour le Superbe muté populiste en campagne, il n'était plus question de tenir un référendum sur la souveraineté, ni d'entreprendre une quelconque démarche souverainiste durant un premier mandat (Michel David, Le Devoir, 10/09/16), mais de « se débarrasser des libéraux ». Au diable le programme, et ce qui avait pourtant mobilisé des générations de péquistes, la souveraineté, est relégué aux oubliettes. Les membres du parti semblent avoir troqué eux aussi l'identité de leur parti pour l'arme identitaire censée leur apporter ce qu'ils désespéraient d'obtenir : une victoire électorale.
Or vendredi soir, dans son désir d'unifier le parti déchiré par la course, le nouveau leader, ne peut cependant lui-même éviter de réintroduire la démarche souverainiste. Il invite en effet son rival Alexandre à entreprendre ses grands chantiers d'édification de l'indépendance. À Martine, il promet qu'il travaillera avec elle à confectionner sa brochure pédagogique consacrée aux cinquante et une réponses sur un Québec indépendant. Un peu plus, et il relançait la création de l'UPICC, l'«unité permanente d'idéation indépendantiste créatrice » (Le Journal de Lisée, 2014, p.281)! Pourtant, dans ce même ouvrage (p. 290), il affirmait que « candidat, il tiendrait le même discours avant, pendant et après la campagne au leadership ». Décidément, le double discours a encore quelques bonnes années devant lui. L'habile funambule pourra peut-être faire un bon chef d'opposition comme Mulcair l'a été, mais la conquête d'un électorat qu'horripile la manipulation est loin de lui être acquise. Il n'y a pas de honte à avoir honte d'un parti qui a honte de son programme, de son identité, de lui-même.
Romain Gagné, Québec