Paul St-Pierre Plamondon a livré un rapport au terme d'une consultation de membres et de non-membres du Parti québécois.

Le PQ en cure de jouvence

J'ai lu et relu les 108 propositions du rapport du jeune avocat Paul St-Pierre-Plamondon sur l'opération «Oser repenser le Parti Québécois», menée auprès de 2000 membres et non-membres du PQ de moins de 40 ans.
Ce rapport corrosif fait état du pouls de la jeunesse actuelle. Son objectif est d'inciter la jeunesse québécoise à sortir de sa torpeur post-référendaire, à reprendre contact avec le politique, à en retrouver le goût, même si elle paraît peu intéressée et peu informée. Il éveille des questionnements et suggère des pistes de solutions. 
Que dit ce rapport? Essentiellement que le parti soi-disant «figé, conservateur et vieillissant» qu'est le PQ doit inlassablement revenir à la base du militantisme, faire de l'éducation politique, expliquer de nouveau le b.a.-ba de la nécessaire indépendance du Québec, faire découvrir le pourquoi actuel de cette entreprise de création d'un pays, qui est beaucoup plus que le beau rêve des baby-boomers. 
Jacques Parizeau, le penseur de l'État québécois, ancien premier ministre, avait appelé de tous ses voeux cette nécessaire intergénérationalisation de la trajectoire du Parti Québécois. 
Le PQ de 2017, sous la direction de Jean-François Lisée, ne craint ni la controverse ni le débat. Il ouvre largement la porte à la critique, aux idées qui viennent de l'extérieur. C'est le signe de sa culture démocratique, ouvert à la génération montante, une étape audacieuse et novatrice qui brasse la cage du «club social» de l'establishment péquiste dirigé par des «aînés».
À mon humble avis, les articles les plus intéressants concernent l'intégration des immigrants. Ils dénoncent en particulier le profilage racial dans l'intégration à l'emploi : Pourquoi le CV d'un certain Mohamed n'a-t-il pas le même poids, à valeur égale, que celui d'un Ti-coun Tremblay? (articles 37,38 et 39 et 61)
Les articles 40 et 80 prônent la réactivation des Centre d'Orientation et de Formation des Immigrants, les COFI menacés de disparition, qui sont un rouage essentiel pour assurer la francisation réelle des immigrants et leur intégration dans notre société par l'obtention d'un travail valorisant, et respectueux de leurs compétences. Pour faire la lutte contre le racisme et la xénophobie, l'article 92 recommande une éducation appropriée.
L'économie et la nécessité de l'indépendance figurent également dans la liste des propositions, tout comme certains enjeux sociaux et culturels, la social-démocratie, le syndicalisme, le féminisme, ou encore, le libre-échange, la laïcité et, bien sûr, le fondamentalisme. 
L'article 98 souligne les limitations imposées par la dépendance économique du Québec dans le Canada et le suivant affirme que le maintien du Québec dans le Canada est une source d'instabilité, une thèse à développer!
Enfin, l'excellente idée d'un jumelage d'un senior avec un junior dans les instances du parti, un mentorat systématique et opérationnel, pourrait être facilement mise en oeuvre dans les circonscriptions électorales. Cette idée-force est une option originale. Elle incarne l'idée de transmission d'une génération à l'autre qui est le fondement à la fois de l'éducation et de la fluidité dans l'évolution sociale et politique. 
L'analyse des propos recueillis auprès des jeunes montre que, s'ils sont abordés, ils sont loin d'être indifférents. Ils posent d'excellentes questions, ils veulent des réponses. Ils sont en mouvement. C'est ce mouvement qu'il s'agit de capter pour le développer et faire en sorte qu'il alimente une saine évolution du parti, et par surcroît, le mûrissement de toute la société québécoise. 
Jean-Louis Bourque, Politologue, Québec