Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, l’ADN de la Ville Québec n’est pas dans les constructions démesurées et en hauteur.

Le Phare: un projet qui fait de l’ombre sur la Ville de Québec

Le 17 décembre, le conseil municipal de la Ville de Québec adoptait le projet de règlement qui permettra le développement du projet du Phare par le Groupe Dallaire.

Et ce malgré une opposition vive de plusieurs citoyens qui ont déposé une pétition de près de 2000 signatures. Cinq conseillers de l’opposition ont aussi tenté de bloquer la proposition, notamment en faisant respecter le zonage prévu par le PPU du Plateau de Sainte-Foy qui prévoit une hauteur maximale de 29 étages.

Depuis le dépôt du premier projet en 2015, on sentait que le maire Régis Labeaume et son équipe favorisaient le développement de ce projet, et ce en contournant les règles en vigueur. Première ombre au tableau : en ignorant le PPU du Plateau de Sainte-Foy adopté démocratiquement en 2012, à la suite d’une consultation et de l’expression de plus de 800 citoyens et d’organismes. Deuxième ombre au tableau; en utilisant l’article 74.4 de la Charte de la Ville de Québec pour faire adopter le projet de règlement, en considérant le Phare comme «un projet d’exception». Il s’agit véritablement «d’un détournement de démocratie» (Le Soleil, 26 novembre).

On ignorait ainsi les propositions de nombreux citoyens et organismes, dont l’Ordre des architectes du Québec. J’ai aussi procédé, à propos du Phare, à un bilan depuis 2015 de tous les articles parus dans cinq grands journaux du Québec, ainsi que des témoignages entendus lors des rencontres d’information faites par la Ville. Plus de 85 % des articles s’opposaient fortement ou manifestaient des réserves majeures à propos du projet du Phare, alors que plus de 90 % des intervenants s’y opposaient lors des consultations faites par la Ville.

Évidemment, le maire Labeaume s’évertue à dire que ce sont que les «chialeux» qui se manifestent et qu’il entend beaucoup d’autres citoyens qui sont favorables au projet du Phare. Où est la vérité? On ne le sait pas. La lumière virtuelle du Phare ne suffit pas pour donner l’heure juste. Seule une rigoureuse consultation de tous les citoyens de la Ville de Québec pourrait nous aider à résoudre ce dilemme de fond. Il s’agit d’une question éthique et de responsabilité politique de la part des élus de l’Équipe Labeaume. Je vous ramène à votre slogan principal de la dernière élection municipale. Quel était-il? Oui, «réussir notre ville ensemble». Ensemble est un concept inclusif qui signifie essentiellement, les uns avec les autres. Pas seulement entre la Ville et un promoteur, mais aussi avec tous les citoyens.

C’est une invitation à penser aux citoyens du quartier et à leur qualité de vie. Autre slogan de l’Équipe Labeaume. Citoyens à qui on demande, sur une période de moins de 10 ans, d’accepter des édifices dont la hauteur passe de 10 étages, à 29 étages avec le PPU en 2012 et maintenant à 65 étages en 2019. Toujours plus haut. Que cherchez-vous éventuellement?

Finalement, si vous êtes encore à la recherche de l’ADN de la ville de Québec, sachez qu’il n’est pas dans les constructions démesurées et en hauteur, mais plus vraisemblablement dans son histoire et plus précisément dans son sous-sol comme le démontre la découverte récente, rue St-Ursule dans le Vieux-Québec (7 novembre dernier), des vestiges de la Palissade de Beaucours, datant de 1693. C’est là qu’il faut investir et investiguer. Le premier ministre Legault sera sûrement d’accord, puisqu’il n’a pas hésité à participer à l’annonce de cette découverte archéologique majeure pour la Ville de Québec.

Carol Landry, Québec