Le Phare: un détournement du PPU et de démocratie

Lors de la séance d’information et d’échanges organisée par la Ville de Québec le 29 octobre sur projet Le Phare au Plateau Sainte-Foy, j’ai exprimé différents commentaires au micro dont les médias n’ont retenu que l’expression «un détournement de démocratie». Voici plus précisément ce que sous-entendaient mes propos.

D’entrée de jeu, je soutiens que depuis le début de ce projet, je n’ai pas encore entendu de justifications pertinentes, autant de la part du Groupe Dallaire que de la Ville, pour me convaincre de la nécessité de bâtir une tour de 65 étages. Cette hauteur est deux fois supérieure au plus haut bâtiment actuel de Québec, le complexe G (édifice Marie-Guyart), bâti au début des années 70 et comptant 33 étages. Cinquante ans plus tard, à l’autre bout de la ville, on s’apprête à doubler l’erreur en permettant l’érection d’une immense tour à travers une mer de bungalows.

Ces deux tours ne respectent pas un critère très important en matière d’architecture, surtout pour un bâtiment en hauteur, soit l’intégration harmonieuse avec le milieu. Voilà mon objection majeure:  la hauteur démesurée du bâtiment principal projeté. C’est d’ailleurs la doléance que j’entends le plus souvent de la part des nombreux opposants à ce projet; citoyens du quartier, architectes ou urbanistes.

Mais là où le bât blesse, c’est que la Ville, pour «forcer Le Phare» comme l’affirme si justement le chroniqueur François Bourque, a choisi d’utiliser l’article 74.4 de sa Charte pour encadrer ce projet «à caractère d’exception». Ce faisant, légalement, la Ville se soustrait de tout autre règlement, notamment en ignorant le PPU (Programme particulier d’urbanisme) du Plateau de Sainte-Foy qui, notamment, limite à 29 étages la hauteur des immeubles du côté nord du boulevard Laurier. Incidemment la Ville ignore donc le consensus qui s’était établi dans le PPU adopté en 2012, à la suite de nombreuses consultations et la participation d’au moins 800 personnes et de plusieurs organismes. 

On peut donc avancer l’hypothèse que la Ville avait fort probablement prévu utiliser l’article 74.4 dès le début de ce projet en 2015. C’est pourquoi elle aurait même demandé au promoteur, selon des propos tenus au micro par une citoyenne lors de la rencontre du 29, de poursuivre et même d’augmenter son projet initial, ignorant sciemment les règles de son PPU.

Ainsi, au-delà de l’incongruence architecturale et urbanistique d’ériger une tour de 65 étages sur le site visé, c’est le dernier stratagème utilisé par la Ville qui m’a conduit à affirmer qu’il s’agit bien d’un «détournement de démocratie». Parce que fondamentalement le recours à l’article 74.4 de la Charte de la Ville permet de détourner le projet du Phare du PPU en vigueur. Et ce PPU, comme tous les autres d’ailleurs, représente l’essence même de la vie démocratique d’un quartier, de sa participation citoyenne, par le contrat social qui s’établit entre la Ville et les citoyens, pour encadrer en outre le développement immobilier d’un territoire. J’acquiesce donc au propos du conseiller municipal Jean Rousseau qui affirmait, lors de la séance d’information, que «le contrat social vient d’être brisé». Le scepticisme de la population face aux élus risque encore d’augmenter.

Finalement, beaucoup de citoyens se sentent floués à la suite de toute la démarche adoptée et des consultations de surface tenues par la Ville. Toutefois, une question centrale demeure: comment les élus de l’équipe Labeaume comptent-ils maintenant s’assurer de l’acceptabilité sociale du projet Le Phare, et ce avant de l’autoriser formellement? Pour ces politiciens comme tous les autres, l’astuce administrative, même légale, n’est plus suffisante. Dorénavant, l’acceptabilité sociale de grands projets comme celui du Phare, du transport structurant ou du 3e lien demeurent la clé de voûte d’une véritable démocratie qui semble en régression.

Carol Landry, Québec