Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel

Le ministre Heurtel écoute-t-il la science?

En réaction à la lettre du ministre David Heurtel «Laissons la place aux faits et à la science», parue le 23 septembre
La décision réitérée du gouvernement Couillard de refuser aux municipalités la possibilité d'imposer des règles plus strictes que celles du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) a profondément choqué le Québec. Rendue publique le jour même du début du procès de Gastem contre Ristigouche Sud-Est, cette décision confirme la préséance des pétrolières sur les municipalités en matière d'eau potable. Dans sa lettre, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques s'entête tout de même à défendre le RPEP, qui serait selon lui «l'un des règlements les plus sévères en Amérique du Nord». Ce faisant, David Heurtel insiste pour «laisser la place aux faits et à la science».
D'accord, parlons faits et science.
Dans les faits, les règles les plus sévères ne sont pas celles du RPEP, mais bien celles du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve, du Vermont, de l'État de New York et du Maryland. Ces territoires, tout comme la France, l'Allemagne, l'Irlande et d'autres pays, ont interdit la fracturation hydraulique. Néanmoins, «les réglementations dans les juridictions où il y a un moratoire sur la fracturation hydraulique n'ont pas été considérées», précisent les auteurs de l'étude de l'INRS que brandit le ministre à l'appui de ses propos. Les chercheurs ont donc comparé les normes du RPEP uniquement à celles de territoires comme l'Alberta, la Colombie-Britannique, le Texas et la Californie, où les pouvoirs publics encouragent l'extraction d'hydrocarbures et ont adopté des règles notoirement laxistes.
Contamination de l'eau
Déjà, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) des États-Unis a identifié des cas de contamination de l'eau potable à toutes les étapes de la fracturation. Et, comme le soulignent les chercheurs de l'INRS, «les impacts éventuels de l'exploitation du gaz de shale [sur la qualité de l'eau souterraine] ne sont susceptibles de se révéler qu'après plusieurs décennies à cause du long temps de résidence de l'eau souterraine».
M. Heurtel ironise en soulignant que le Québec «ne fait pas face à une épidémie de projets». Il étire dangereusement la vérité en ajoutant qu'«aucun d'entre eux n'est un projet de fracturation hydraulique». Les pétrolières et gazières présentes au Québec - qui avaient annoncé 20 000 puits entre Mont­réal et Québec lors du BAPE de 2011 - ont accueilli avec enthousiasme la Loi sur les hydrocarbures adoptée sous le bâillon en décembre 2016. 
Pétrolia a d'ailleurs déjà indiqué qu'elle envisage d'utiliser cette technique au site Haldimand et précisé qu'il n'y aurait « pas de production rentable sans stimulation à Bourque », ce terme désignant par exemple « l'injection, la fracturation hydraulique ou le pompage ». 
Vous savez quoi, Messieurs Couillard, Heurtel et Arcand? Les faits et la science n'ont rien à voir avec votre entêtement irresponsable à vouloir développer la filière des hydrocarbures - ni avec les projets de règlements outranciers que vous avez publiés la semaine dernière. Ne tentez même pas de les modifier pour faire mine d'être à l'écoute de la population. Seul un retrait pur et simple de ces règlements et de la Loi sur les hydrocarbures est envisageable.
Nous vous invitons à lire la version longue de ce texte sur notre sit Internet.
Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole
Jacques Tétreault, coordonnateur général adjoint
Regroupement Vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ)