Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, la différence entre les systèmes équitables et efficaces, et ceux qui ne le sont pas, s’explique par leur niveau de ségrégation scolaire. Au Québec, cette ségrégation serait de l’ordre de plus de 40 %.

Le ministre de l’Éducation, gardien du statu quo

Dans son récent livre Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire, le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx écrit ceci : «Force est de constater que notre société compte plus de gardiens du statu quo que d’accélérateurs de changement.» Il croit bien sûr faire partie du second groupe, mais il aurait intérêt à se relire.

Après six chapitres livrés dans un registre consensuel, le ministre hausse le ton quand il s’adresse à ceux qui remettent en question l’équité et l’efficacité du système d’éducation : «Leur constat, écrit-il, est le suivant : l’école québécoise est inégalitaire. Je ne suis pas d’accord.» Comment explique-t-il alors que le Conseil supérieur de l’éducation considère que l’école québécoise est la plus inégalitaire au Canada? Le verdict du Conseil est sans appel : «dans toutes les provinces ou régions du Canada, les élèves des écoles défavorisées ont obtenu une performance inférieure à ceux des écoles favorisées, mais cette différence est nettement plus élevée au Québec.»

Partout dans le monde, les élèves défavorisés réussissent généralement moins bien. Dans un système équitable, comme en Ontario ou en Finlande, cette différence de performance est atténuée. À l’inverse, dans un système inéquitable comme celui du Québec, les inégalités à la ligne de départ se retrouvent telles quelles à la ligne d’arrivée.

Le modèle québécois

La différence entre les systèmes équitables et efficaces, et ceux qui ne le sont pas, s’explique par leur niveau de ségrégation scolaire. Ce phénomène, une évidence pour la communauté scientifique, n’existe pas pour notre ministre («un terme qui m’apparaît très mal choisi», écrit-il). Avec plus de 40 % de ségrégation scolaire au Québec (21 % d’enfants choisis par le privé subventionné additionnés aux 20 % d’enfants tamisés par les projets particuliers sélectifs du réseau public), il ne faut pas se surprendre de nos résultats médiocres. Vingt cinq pour cent des élèves du secondaire décrochent et 25 % des enseignants quittent la profession durant leurs cinq premières années sur le marché du travail. D’autres citeront nos taux d’analphabétisme choquants ou déploreront notre cohésion sociale mise à mal par une affligeante compartimentation des enfants.

Les solutions sont connues de tous les partis politiques : fin du financement des écoles privées par les contribuables (le modèle ontarien) et fin de la sélection dans le réseau public. Le privé pourra continuer d’exister, tout comme les projets particuliers, lesquels seront désormais offerts à tous les élèves. Les propositions de Jean-François Roberge, porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, concernant une meilleure utilisation des activités parascolaires sont une excellente avenue pour offrir aux élèves le plus d’options possible.

Un sondage CROP publié il y a un mois nous apprenait que près des trois quarts des Québécois veulent que leurs taxes et impôts servent à l’école publique et non au privé subventionné. De la même façon, les deux tiers ne veulent plus de la sélection au public. Le ministre Proulx ne semble pas préoccupé par la volonté populaire et enfile l’armure rouillée de gardien du statu quo. L’immobiliste en chef en aura bien besoin pour résister au vent de changement du 1er octobre prochain.

Stéphane Vigneault, coordonnateur, Mouvement L’école ensemble