Le Marché du Vieux-Port, un pincement au coeur

POINT DE VUE / Je me suis assise une petite heure devant l’ex-marché du Vieux-Port. Désolation ! Le coeur du Vieux-Québec a été arraché et avec lui une part du tissu social. C’est complètement inconnu pour les gens qui vivent en banlieue, mais le marché du Vieux-Port était une expérience socialement enrichissante, dans un quartier vivant et reflétant encore la vie et les moeurs des résidents.

S’y rendre tôt le matin pour voir les producteurs s’installer et pouvoir les saluer, profiter du poisson frais tout juste arrivé, apprécier la réunion d’habitués qui viennent s’assoir quotidiennement devant le marché en s’entremêlant joyeusement aux touristes. Se reconnaître l’un l’autre. Ce marché-là, c’était nos racines, c’était l’âme du peuple.

Je suis attristée aussi de réaliser que nous avons perdu l’endroit de ravitaillement quotidien pour nous, nombreux résidents du Vieux-Québec, qui nous déplaçons à pied ou à vélo. Notre quartier souffre cruellement de services de proximité et c’est maintenant une réelle problématique pour nous.

L’endroit est désert, il n’y a plus de fleurs qui débordent de partout par terre…

J’ai vu par contre pas mal de touristes tenter d’ouvrir la porte sans succès puis repartir bredouilles. À deux d’entre eux, des Français, j’ai pu expliquer où est la Place d’Armes afin d’utiliser la navette qui les mènerait au nouveau marché. « Non, ce n’est pas vraiment les aliments que nous cherchions, mais l’expérience de l’endroit. Nous en avions entendu parler, et ici il y a les bateaux, la rue là (me pointant la rue St-Paul), tout est beau!… C’est dommage. Pourquoi a-t-il été déplacé?»

Bien oui, pourquoi donc M. Labeaume?

Je fréquentais le marché du Vieux-Port avec mon père à l’âge de huit ans. Je le fréquentais encore récemment, jusqu’à sa fermeture, à cinquante-deux ans. Et je ne suis pas la seule. C’était le cas de plusieurs résidents de Québec et du quartier qui ont vu grandir le marché. C’est le temps qui fait l’âme des choses. Ce sont les gens qui façonnent un endroit avec leur fréquentation et leur histoire. Je voyage beaucoup et j’aime faire les marchés. Ce qui fait l’ambiance, le petit quelque chose qui nous incite à nous assoir, rester un peu, à s’imprégner d’un endroit et repartir en ayant l’impression de connaitre les habitants, c’est ce que nous retrouvions au marché du vieux Port. Je comprends les touristes qui doutent de retrouver cette âme, ce sentiment d’un marché typique, en se rendant au grand Marché qui n’est somme toute qu’un hall d’alimentation comme il y en a partout.

Ce que je ne comprendrais jamais, c’est pourquoi a-t-il fallu déshabiller Paul pour habiller Jacques? Pourquoi ne pas avoir laissé le choix aux producteurs et commerçants? Était-ce parce que, au fond, on doutait du succès d’un marché installé dans un endroit dévitalisé, asphalté, bordé d’autoroutes polluantes et que la seule façon d’avoir des producteurs était de ne pas leur laisser le choix? Fallait-il vraiment sacrifier le vieux Québec en lui enlevant ce service de proximité très important et en le dévitalisant encore un peu plus? J’entends que la ville cherche de moyen d’attirer des familles dans le Vieux! Il f audrait déjà commencer par cesser d’enlever les riches acquis gagnés au fil des années.

C’est très dommage que pour un «trip» de grandeur il ait fallu frapper sur ce qui était déjà fragilisé…