Il ne faut pas sous-estimer Jean Charest s’il se lance dans la course à la direction du Parti conservateur, selon l'auteur de cette lettre d'opinion.

Le long détour de Jean Charest

POINT DE VUE / Jean Charest se destinait à une carrière au fédéral avant d’être littéralement enrégimenté pour bloquer la route à Lucien Bouchard et au mouvement souverainiste.

Après le résultat serré du référendum de 1995, les fédéralistes cherchaient un champion capable d’affronter le premier ministre Lucien Bouchard (ex-chef du Bloc québécois à Ottawa et ex-collègue de Charest) qui était au sommet de sa popularité.

Charest s’était distingué dans la campagne du NON avec des discours passionnés qui lui ont valu le titre de «capitaine Canada». La pression des milieux politiques et des gens d’affaires sur Jean Charest est devenue intenable et il s’est résigné à faire le saut en politique provinciale en 1998.

La greffe entre ce parachuté d’Ottawa et le Parti libéral du Québec (PLQ) ne s’est pas faite automatiquement. Des organisateurs libéraux du Québec disaient de lui qu’il demeurait un «bleu» d’Ottawa et non un «vrai rouge».

Charest a dû faire ses classes dans l’opposition, perdre une élection générale avant de devenir premier ministre du Québec en 2003. Pour lui qui s’est fait élire député à 28 ans à la Chambre des Communes, et qui a toujours ambitionné de diriger le Canada, c’était un détour imprévu.

Le reste est connu. Je crois que Jean Charest est taillé sur mesure pour un poste au fédéral. Parfaitement bilingue, il a une connaissance pointue des affaires canadiennes et internationales et a mené des négociations complexes en matière de libre-échange. La politique fédérale a l’avantage d’être plus distante que celle du Québec. Les grands dossiers fédéraux touchent au commerce, à l’environnement, aux relations étrangères, à la défense, aux programmes sociaux... À Québec, la proximité des dossiers fait en sorte que les ministres sont trop souvent des gestionnaires de crise.

Il est indéniable qu’une large part de l’électorat québécois garde un souvenir amer des années Charest et de ses trois mandats (commission Charbonneau, commission Bastarache, crise étudiante, allégations de corruption). L’enquête Machurer traîne en longueur et si elle devait être fermée au cours des prochaines semaines, l’ex-PM aura l’occasion d’entamer une deuxième carrière politique. Il ne faut pas sous-estimer ce politicien surdoué s’il se lance dans la course à la direction du Parti conservateur. Parlez-en à Kim Campbell, donnée largement favorite, qu’il a failli coiffer au fil d’arrivée à la direction du Parti conservateur en 1993.