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Consultation publique GNL Québec au Théâtre du palais municipal au Saguenay (La Baie)
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Le gaz, une énergie sous pression

Yvan Cliche
Fellow, Centre de recherches et d'études internationales de l'Université de Montréal (CERIUM)
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POINT DE VUE / Les temps sont durs pour les énergies fossiles en Amérique du Nord. Il y a eu en début d’année l’annulation par le président Biden du projet d’oléoduc Keystone XL, devant transporter le pétrole albertain vers le marché américain. Et voici que le projet de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay pour les marchés d’exportation, notamment vers l’Asie, reçoit un accueil mitigé du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Le promoteur Énergie Saguenay devra consolider son argumentaire s’il veut voir son projet approuvé, notamment démontrer que son gaz remplacera le charbon en Chine, en Inde, et qu’il contribuera vraiment à une baisse des gaz à effet de serre (GES).

Dans un contexte de changements climatiques, les tenants du gaz l’ont longtemps positionné comme une énergie de transition, certes polluante, émettrice de GES, mais beaucoup moins que le charbon ou le pétrole. Donc, comme un atout d’une transition énergétique devant s’étaler sur des décennies.

Après tout, le gaz a largement contribué, en remplacement du charbon, à réduire les émissions de GES aux États-Unis. En 1990, le charbon était la source de plus de la moitié de la production d’électricité dans le pays. Il représente moins de 20 % présentement, et c’est surtout le gaz qui a pris la place.

Si bien que les émissions du secteur de la production d’électricité ont chuté de 33% entre 2005 et 2019, selon l’Energy Information Administration. (1)

Et c’est une énergie accessible sur le plan économique. Son abondance due à la révolution du gaz de schiste peu après le début de la décennie 2000 a contribué à une chute des prix d’électricité, notamment dans le nord-est des États-Unis, secouant directement la position concurrentielle d’Hydro-Québec sur ces marchés d’exportation.

C’est aussi une énergie fiable, qui permet de pallier l’intermittence de l’énergie éolienne et solaire, un enjeu important de la transition énergétique qui vise à remplacer les énergies fossiles par l’intégration des énergies renouvelables.

Poussée vers l’électrification

Mais le vent tourne pour cette forme d’énergie: le gaz devient de plus en plus la cible d’un mouvement frontal contre son déploiement.

En Ontario, plus d’une vingtaine de villes, dont Toronto le 11 mars dernier, ont adopté des résolutions demandant au gouvernement provincial d’élaborer un plan pour éliminer cette forme d’énergie du mix énergétique de la province. (2)

Aux États-Unis, c’est la ville de Berkeley qui a lancé le mouvement. L’idée a été récupérée par une quarantaine de villes californiennes, dont San Francisco en novembre 2020, qui a émis un règlement interdisant le gaz pour les nouveaux bâtiments, citant l’urgence climatique. (3)

Bien sûr, ce mouvement fait face à une forte résistance de l’industrie du gaz, de certains États, notamment ceux du sud du pays, voire d’associations de restaurateurs.

Mais cela augure mal pour cette forme d’énergie, d’autant que cette mouvance ressemble à celle qu’a dû affronter le charbon.

En Ontario, le charbon représentait le quart de la production d’électricité au début des années 2000. En 2014, propulsée par une campagne publique soutenue de diverses organisations environnementales, de la santé et défendant la qualité de l’air, le charbon est disparu définitivement du portrait énergétique dans cette province.

Or, plusieurs villes et États ont d’ambitieux programmes de décarbonation. Ces ambitions, couplées à une volonté émergente de faire du gaz non plus une énergie de transition, mais une énergie dont il faut se départir, au même titre que le charbon et le pétrole, ont de quoi inquiéter les dirigeants de cette industrie.

On connait l’adage: le malheur des uns fait le bonheur des autres. Car mine de rien, ces développements augurent de bonnes choses pour le Québec. Remplacer du gaz par de l’électricité propre pour chauffer les édifices, les commerces, ici comme dans les marchés voisins, voilà des occasions fort intéressantes pour Hydro-Québec et, via ses dividendes annuelles, des perspectives de revenus accrus pour l’État québécois. L’avenir dira bien si on aura su en profiter.