Stéphan La Roche est président-directeur général du Musée de la civilisation
Stéphan La Roche est président-directeur général du Musée de la civilisation

Le futur n’est plus ce qu’il était... mais s’il devenait meilleur qu’on l’espérait?

POINT DE VUE / S’il y a un concept qui nous rejoint tous dans les circonstances actuelles, c’est celui de la résilience, c’est-à-dire notre capacité à faire face au choc que constitue cette pandémie dans nos vies. Comme dirigeant d’une institution muséale vouée notamment à l’observation de notre société, je ne peux que m’intéresser à certains aspects porteurs d’avenir pour notre civilisation.

Ce constat de résilience emprunte diverses formes et, parmi les plus belles et les plus inspirantes, on peut citer celles de la créativité et de la solidarité.

La créativité est effervescente en ce moment. Les organisations se réorganisent et se réinventent avec agilité et vélocité. La maxime disant que «la nécessité est la mère de l’invention» n’aura jamais trouvé autant d’illustrations en si peu de temps! Les technologies numériques permettent des prouesses d’inventivité qui nous éblouissent jour après jour. Les milieux culturels — et notamment les musées — le démontrent quotidiennement. Ceux-ci rendent plus accessibles que jamais de fabuleux contenus culturels qui permettent de rejoindre les gens partout, en tout temps. Ce formidable élan doit se poursuivre, car la culture constitue un élément essentiel du mieux-être et du mieux vivre ensemble. Nous sommes paradoxalement en train de réinterpréter positivement la vénérable notion de démocratisation culturelle.

Par ailleurs, partout autour de nous, nous sommes témoins de gestes de solidarité, envers le milieu de la santé, bien sûr, mais aussi envers les plus démunis et les personnes isolées. La générosité en est le corollaire et il faut s’en réjouir. Cette solidarité et cette générosité se répercutent dans nos façons d’interagir. Pour la plupart d’entre nous, notre réflexe naturel a été de se tourner vers les cellules de base que sont notre famille, nos amis, puis, par extension, notre quartier. Nous reprenons possession de nos cercles d’affinités, de nos communautés d’appartenance. Et de cela aussi, il faut se réjouir, car cette bienveillance est l’une des plus belles illustrations de notre humanité. Nous ne pouvons qu’espérer que cela se poursuive après l’épisode actuel.

Bien sûr, nos interactions, nos communications ont changé de modus operandi grâce aux technologies. De nouvelles pratiques sociales ont pris place et certaines deviendront pérennes, à commencer par le télétravail qui fera de plus en plus partie de nos vies professionnelles.

Ces communautés d’appartenance, il faudra les nourrir, chacun à notre façon : en encourageant le commerce local, en s’impliquant dans les diverses communautés de notre collectivité, en demeurant attentif à l’autre.



« De nouvelles pratiques sociales ont pris place et certaines deviendront pérennes, à commencer par le télétravail qui fera de plus en plus partie de nos vies professionnelles. »
Stéphan La Roche

D’une certaine manière, il s’agit d’un retour du balancier qui accordera la priorité au bien-être collectif versus celle accordée au bien-être individuel. On peut ainsi espérer que de grands projets collectifs trouveront place dans la société post-COVID-19, au service du bien commun grâce à un État plus fort, plus transparent, menant des projets rassembleurs, capable d’intervenir pour soutenir les plus faibles et tous ceux qui en ont besoin.

Parmi les autres grands retours réjouissants, il importe encore de mentionner la science. Le contexte pandémique nous fait prendre conscience de toute l’importance que revêt la recherche, dans le domaine médical bien entendu, mais aussi plus largement dans tous les domaines scientifiques. Nous n’avons jamais été aussi avides d’apprendre et de comprendre. Il s’agit là d’un acquis précieux qu’il faudra encourager en soutenant nos institutions de recherche et de développement, d’éducation et de diffusion scientifique.

On peut évidemment craindre que les coûts pharaoniques qu’entraînera cette crise fassent suggérer à d’aucuns des mesures draconiennes pour juguler les déficits imposants qui seront engendrés. J’ose croire qu’il n’en sera rien et que nos dirigeants sauront choisir une autre voie, en redéfinissant les contours du rôle de l’État — certains diraient son «modèle d’affaires» — pour revenir aux valeurs propres à un État qui prévient, qui prend soin, qui encourage. Un État dont nous serons tous fiers.

Optimiste de nature, j’espère qu’au sortir de cette crise, dans quelques mois, nous en aurons tiré des leçons et nous nous serons dotés d’outils pour faire face à d’autres crises qui — même si je ne le souhaite évidemment pas — ne manqueront pas de survenir au cours des prochaines décennies. Je fais personnellement le vœu que le Québec et notre monde en ressortent plus forts et résilients, plus créatifs et innovants, plus solidaires et généreux. Rêvons, qu’ensemble, nous ne revenions pas en arrière, mais que nous nous propulsions plutôt vers un ailleurs meilleur.