Le français menacé... par les Québécois eux-mêmes?

On prêche que le français est menacé, notamment par des entreprises anglophones qui ne veulent pas collaborer, par les écoles-passerelles qui facilitent le transfert vers l'anglais et par les immigrés qui ne s'assimilent pas au fait français. Mais est-ce possible que le déclin du français soit dû autant aux Québécois «de souche» eux-mêmes, qui utilisent soit un français faussement sophistiqué, soit un français tellement pauvre qu'il fait pitié. Et sans parler de l'absence relative d'un français correct, malheureusement!
On prêche que le français est menacé, notamment par des entreprises anglophones qui ne veulent pas collaborer, par les écoles-passerelles qui facilitent le transfert vers l'anglais et par les immigrés qui ne s'assimilent pas au fait français. Mais est-ce possible que le déclin du français soit dû autant aux Québécois «de souche» eux-mêmes, qui utilisent soit un français faussement sophistiqué, soit un français tellement pauvre qu'il fait pitié. Et sans parler de l'absence relative d'un français correct, malheureusement!
Le français supposément de qualité supérieure peut être au contraire tout simplement une façon aseptisée ou compliquée de dire des choses. Les questions et problèmes sont maintenant remplacés par des questionnements et problématiques, ce qui fait apparemment plus sérieux.  L'avortement devient «l'interruption volontaire de grossesse». La police n'arrête plus personne - elle procède à son arrestation. Le balayeur est maintenant «technicien de surface». On parle d'un «demandeur d'emploi» plutôt que d'un chômeur, et même la récession est devenue une «croissance négative»!
Un des plus beaux exemples d'un français incorrect est le «délit de fuite mortel» que nous entendons constamment. Comment un délit de fuite peut-il être mortel, à moins de tuer une autre personne en se sauvant des lieux? Un «accident mortel suivi d'un délit de fuite» aurait pas mal plus de sens, non?
Et que dire de la langue de bois incompréhensible de certains interlocuteurs. Mais ce n'est pas mieux avec certains journalistes et chroniqueurs - qui devraient être des parangons de clarté - qui font souvent de belles phrases de 50 mots et plus, qu'il faut relire pour comprendre.
Il y a aussi des entreprises québécoises qui trouvent que l'utilisation de l'anglais fait chic. Un bon exemple est le mot «outdooring» pour mousser la vente d'ameublement de parterre. Non seulement on aurait pu trouver un mot français, le mot en lui-même ne marche pas. Pour un anglophone, le «outdoors» veut dire la forêt, le camping sauvage et l'aventure - très loin d'un gazebo plein de coussins.
Quant au français bas de gamme, on le voit  partout. On n'a que regarder les annonces classées pour voir que la différence entre l'infinitif et le participe passé n'était pas la priorité à l'école. Dans les blogues, une phrase complète avec un sujet, un verbe et un objet est souvent une denrée rare. Mais le plus consternant est d'entendre certains gens du monde radiophonique qui devraient, eux, montrer l'exemple. Souvent, ils s'expriment avec un français très douteux, parsemé d'anglicismes et de sacres. Mais encore pire sont certains humoristes populaires qui sont d'une vulgarité innommable, utilisant un français de ruelle, incapable de s'exprimer sans sacrer aux deux mots. Comble de l'ironie, c'est souvent ces mêmes tristes personnages qui montent aux barricades pour défendre la langue française.
Comment prouver à un immigré ou à une entreprise étrangère que le Québec est sérieux quant à la sauvegarde de la langue, quand beaucoup de Québécois semblent ne pas s'en soucier eux-mêmes? Comme une personne me l'a dit il y a quelque temps : «Anyway, who cares!».
Robert Pelley, anglophone
Québec