Il existe aussi de belles histoires entre la DPJ et les hommes, selon le professeur Jacques Roy. Elles ont toutes les mêmes caractéristiques : attitude d’accueil et de non-jugement de la part des intervenants, écoute attentive du père, mise en confiance de celui-ci, recours à un langage accessible, capacité des intervenants à mobiliser le père sur ses forces, à l’encourager à persévérer comme parent et à reconnaître son engagement paternel.
Il existe aussi de belles histoires entre la DPJ et les hommes, selon le professeur Jacques Roy. Elles ont toutes les mêmes caractéristiques : attitude d’accueil et de non-jugement de la part des intervenants, écoute attentive du père, mise en confiance de celui-ci, recours à un langage accessible, capacité des intervenants à mobiliser le père sur ses forces, à l’encourager à persévérer comme parent et à reconnaître son engagement paternel.

Le fossé entre les hommes et la DPJ

POINT DE VUE / La distance entre les pères et le milieu de la protection de la jeunesse constitue un phénomène documenté dans le champ des pratiques. Cette distance observée tient à différents facteurs. Un de ces facteurs concerne les hommes eux-mêmes dans leur rapport avec les services en général. Les écrits sont nombreux à constater que les hommes sous-utilisent les services existants pour des motifs tenant à la socialisation masculine traditionnelle.

Plus globalement, il existerait, dans l’esprit de certains hommes, une contradiction entre l’identité masculine et le fait de recourir à de l’aide et à des services.

Notamment, un sondage réalisé en 2014 auprès de 2084 hommes québécois révélait les degrés d’accord suivants pour ces énoncés : «Je n’aime pas me sentir contrôlé par les autres» (92,4 %); «Quand j’ai un problème, j’essaie de le résoudre tout seul» (84,6 %); «J’aime mieux régler mes problèmes par moi-même» (74,9 %) (Tremblay et al., 2015).

Il y a ici une première collision frontale entre les hommes et la DPJ comme institution : les hommes, très majoritairement, n’aiment pas être contrôlés par d’autres alors que la DPJ est une institution de contrôle social de par sa loi constituante.

La méconnaissance des types de socialisation masculines… et des compétences des pères chez le personnel de la DPJ serait un facteur déterminant dans le fossé existant entre les pères et la DPJ, selon les écrits (Devault et al., 2015).

Aussi, selon Deslauriers (2012), il faudrait trouver un point d’équilibre entre l’intervention sur les facteurs de vulnérabilité des pères et celle qui aurait pour effet de reconnaître le potentiel des pères et les étapes qu’ils franchissent en matière de paternité. Observation qui met en lumière l’existence d’un conflit potentiel entre des intervenants (souvent axés sur les problèmes et la perception parfois négative des clientèles masculines) et les hommes.

Enfin, tant les intervenants de la DPJ que les pères sont régulièrement exposés à un conflit de cultures où les points de référence de chacun ne sont pas les mêmes pour comprendre le point de vue de l’autre. Et cela conditionne le regard porté sur les hommes par les intervenants. Certains auteurs avancent même que les pères seraient perçus comme de bons ou de mauvais pères avant même qu’ils n’aient pu prendre la parole dans le contexte d’une rencontre avec un intervenant ou une intervenante (Dominelli et al, 2011; Maxwell et al, 2012).

Une expérience d’accompagnement

En complément à la littérature scientifique, une expérience d’accompagnement professionnel d’hommes auprès de la DPJ sur trois ans au Centre de ressources pour hommes l’AutonHommie, à Québec, a permis de dresser un certain nombre de constats. Nous retenons ici les principaux. Il existerait une opposition entre le contrôle social exercé par la DPJ en vertu de sa mission et la quête d’autonomie des hommes. Ce serait un facteur majeur expliquant des difficultés de rapports entre les pères et la DPJ.

Il y a également la complexité du système de protection de la jeunesse et de la justice (tribunaux) qui entre en ligne de compte; sans accompagnement, des hommes peuvent se sentir perdus dans cet univers. Enfin, il n’est pas rare que certains hommes aient confié se sentir totalement incompris par les intervenants. De guerre lasse, ils ne parlaient plus, se réfugiaient dans un mutisme ou devinaient ce qu’il fallait dire ou ne pas dire.

Cependant, dans ce parcours sur trois ans, il y a eu de belles histoires. Elles avaient toutes les mêmes caractéristiques : attitude d’accueil et de non-jugement de la part des intervenants, écoute attentive du père, mise en confiance de celui-ci, recours à un langage accessible, capacité de l’intervenant-e à mobiliser le père sur ses forces, à l’encourager à persévérer comme parent et à reconnaître son engagement paternel.

Des solutions

Afin d’améliorer le rapport entre les hommes et la DPJ pour le bénéfice premier des enfants et des familles, quatre pistes apparaissent incontournables :

a) Former des intervenants au sein de la DPJ sur les réalités masculines dans un contexte d’intervention;

b) Développer des interventions misant sur les forces des hommes, leurs acquis, leurs expériences;

c) Appuyer les parents dans leurs rôles parentaux et conjugaux;

d) Encourager le développement de la formule des accompagnateurs au sein du réseau social et dans des organisations communautaires et publiques et clarifier le rôle d’accompagnateur pour favoriser le rapport hommes et DPJ.

La recherche sociale révèle qu’aider les hommes, c’est également aider les enfants, les femmes et la société. À ce titre, il est certain que le secteur de la protection de la jeunesse pourrait avantageusement profiter de cette réflexion collective qui s’engage sur l’avenir de la DPJ pour mieux améliorer son rapport avec les pères et être ainsi plus efficace.