Le Fonds vert nous donne les moyens de nos ambitions

Le gouvernement Legault souhaite revoir et corriger les projets financés par le Fonds vert. Il souhaite que chaque dollar investi fasse le plus de chemin pour réduire les gaz à effet de serre (GES). Il est indéniable qu’il y a urgence d’agir et que le Québec doit optimiser ses actions pour atteindre ses objectifs de réduction de ses GES.

Toutefois, les projets financés par le Fonds vert ne devraient pas se limiter à l’objectif de réduction des GES. Ce Fonds a été institué, aussi, pour la protection de l’environnement et la prévention de la biodiversité. Cela doit demeurer ainsi. L’urgence environnementale est multiple.

Les problèmes environnementaux auxquels l’humanité est confrontée vont au-delà des changements climatiques. À quoi servirait-il de contenir le réchauffement climatique si la biodiversité n’existait plus, les forêts étaient rasées pour laisser place à un sol stérile, la surpêche persistait, les océans étaient souillés de plastique ou l’eau potable se rarifiait?

Pas un jour ne passe sans que nous soyons sensibilisés aux problèmes environnementaux. Plus souvent, on s’indigne des catastrophes environnementales dans des pays économiquement affaiblis. Pourtant, au Québec, nous pouvons faire tant de choses pour améliorer notre bilan environnemental. Et le Fonds vert nous en donne les moyens.

Comment se fait-il que le Québec soit encore à mi-chemin de sa cible de 17 % de protection du territoire, établie en 2010 par la convention-cadre sur la diversité biologique de Nagoya? À quoi ça sert d’avoir des cibles, si l’on ne se donne pas les moyens de nos ambitions?

Pour le reste du chemin à parcourir, pourquoi ne pas régionaliser les cibles? Ainsi, les citoyens du Bas-Saint-Laurent pourraient enfin promouvoir et obtenir un statut d’aire protégée pour les monts Chic-Chocs. Certaines municipalités pourraient protéger les bassins versants de leurs sources d’eau potable.

Dans les dernières décennies, nous avons pris action pour réduire nos rejets dans nos cours d’eau. Force est de constater que les mesures prises jusqu’à maintenant s’avèrent insuffisantes. Nous ne pouvons plus rejeter impunément nos eaux usées dans nos lacs, nos rivières et le fleuve Saint-Laurent. Il est inacceptable qu’au Québec, nous ne prenions pas les mesures appropriées pour enrayer le vieillissement accéléré de nos lacs et cours d’eau résultant de concentrations de phosphore. Il est clair que le cadre légal actuel est inefficace ou non respecté. Si rien ne change, nous continuerons à détruire cette richesse inestimable.

N’est-il pas aberrant que les bandes riveraines, le littoral et les plaines inondables ne soient pas exclus du territoire zoné agricole? Des demi-mesures ont conduit au vieillissement accéléré des cours d’eau en milieux agricole. Il faut agir! Les rivières Bécancour, Nicolet, Chaudière, Yamaska, Mascouche, Bédard, Boyer, aux Brochets et Etchemin (et bien d’autres) sont en phase d’eutrophisation. Le Fonds vert ne pourrait-il pas financer un chantier d’envergure de reboisement et de restauration des milieux riverains dégradés, de protection d’écosystème et leur mise en valeur?

Bon nombre de ces territoires riverains pourraient être restaurés et désignés aire protégée. Des zones géographiquement délimitées et gérées par les communautés en vue d’atteindre des objectifs spécifiques de conservation. Pas demain, mais un jour, nous pourrons espérer y pratiquer, à nouveau, la pêche, l’ornithologie ou la randonnée. Voilà un Québec dont nous serions fiers.

Subventionner l’achat de ma prochaine voiture électrique contribuera à la réduction des GES pour la cible de 2020 et personnellement, j’en serai bien heureux. Mais investir dans notre patrimoine collectif au bénéfice des générations actuelles et futures devrait être la voie à emprunter. Il faut faire plus. La réticence des Québécois à signer le Pacte de transition fait la démonstration qu’individuellement, nous sommes peu disposés à modifier significativement nos comportements. De ce constat, la protection de nos milieux naturels s’avère une avenue porteuse d’espoir et de consensus.

Claude Provencher

Artisan et environnementaliste