«Nous croyons que le gouvernement fédéral, en rachetant le pont au CN, pourrait faire une pierre deux coups, en intégrant le projet de réhabilitation du Pont de Québec à celui du réseau structurant», écrivent les auteurs de la lettre.

Le fédéral doit racheter le Pont de Québec

La saga du Pont de Québec fait maintenant légende. On sait qu’il y a un urgent besoin qu’il soit repeint et que l’état actuel du pont s’est dégradé au cours du temps. Ce processus, amorcé depuis déjà des décennies, empirera aussi longtemps que les investissements suffisants ne seront pas effectués.

Les gouvernements du Québec et du Canada, pour leur part, se font rassurants, malgré certains constats alarmants de plusieurs experts indépendants. De la bouche de plusieurs ministres du gouvernement fédéral et de notre premier ministre lui-même, Justin Trudeau, le pont est actuellement sécuritaire et l’infrastructure pourrait vivre encore longtemps (à la condition toutefois qu’elle soit correctement entretenue). Si ces affirmations reflètent bel et bien la réalité, les investissements nécessaires doivent être accordés pour la maintenir en bon état.

Pour les besoins de l’histoire, rappelons que des négociations interminables ont toujours eu lieu avec le CN pour en assurer sa restauration. Elles ont toujours été difficiles, souvent sans issue, et ont eu pour effet de retarder les investissements essentiels à sa réfection. Le Parti libéral du Canada s’est d’ailleurs engagé lors des dernières élections à trouver une solution pour peinturer le pont suivant les six premiers mois de son élection. Faute d’entente avec le CN, il s’est engagé aussi à prendre les dispositions appropriées pour dénouer l’impasse, laissant entendre par là qu’il pourrait racheter l’infrastructure.

Près de quatre années se sont écoulées depuis ce temps, mais encore rien n’a été annoncé, alors que le pont continue de rouiller. Le ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, rappelait récemment qu’un éventuel rachat du Pont de Québec par Ottawa n’est qu’un des scénarios envisagés par son gouvernement et que son engagement et son objectif était de peinturer le pont. Autrement dit, qu’il n’avait pas nécessairement l’intention de revoir le modèle de gouvernance.

En raison de ce qui précède, nous proposons deux grandes orientations dans le but d’assurer l’avenir du Pont de Québec.

1. Rachat par le fédéral

Nous croyons que le modèle de gouvernance du Pont de Québec ne fonctionne pas, notamment à cause des délais interminables liés à la négociation entre les parties, mais aussi en raison de la confusion existante entre les responsabilités de chacun. Nous croyons aussi à la limite que le gouvernement devrait utiliser son pouvoir d’expropriation pour assurer la protection du bien commun, parce qu’au cours du temps, cette infra­structure est devenue essentielle pour assurer les liens de transport dans la région de Québec. Naturellement, cette reprise de possession serait faite selon des conditions acceptables pour les contribuables.

D’ailleurs, plusieurs experts se sont déjà prononcés en considérant que le rachat du Pont de Québec par le fédéral constitue le scénario optimal. Mario Fafard, professeur de génie civil spécialisé en structures à l’Université Laval, avait déjà proposé que la société des Ponts Jacques Cartier et Champlain prenne le relais. La firme Mallette, à l’occasion d’une vaste étude sur le Pont de Québec, avait déjà proposé aussi un tel scénario. On estimait qu’il serait idéal pour assurer la pérennité du Pont de Québec.

«La société existe. L’expertise est là. Si le Pont de Québec peut appartenir au fédéral, c’est un peu la solution idéale», avait déclaré son président, Mario Bédard.

Le nouveau propriétaire, en l’occurrence le gouvernement fédéral, avec une vue élargie des possibilités, pourrait réaliser un entretien complet incluant la peinture. Ceci, en plus d’assurer davantage la pérennité de l’infrastructure, améliorerait l’image de notre ville et favoriserait des actions positives : ex. la traverse du tramway, l’installation d’une piste cyclable digne de ce nom et menant à un poste d’observation, un centre d’interprétation, des expéditions sur la structure, etc. Ce pont serait alors vu comme une opportunité plutôt qu’une adversité comme actuellement.

Des frais d’utilisation pourraient être facturés au CN pour les trains de marchandises et au MTQ pour les voies routières et éventuellement pour le tramway.

2. Réhabilitation intégrée au réseau de transport structurant

Selon les déclarations récentes de plusieurs ministres fédéraux (M. Champagne et M. Duclos), les deux priorités du gouvernement fédéral visent la réfection du Pont de Québec et la mise en place d’un réseau structurant en transport en commun.

Or, nous croyons que le gouvernement fédéral, en rachetant le pont au CN, pourrait faire d’une pierre deux coups, en intégrant le projet de réhabilitation du Pont de Québec à celui du réseau structurant.

Ceci permettrait de bonifier le niveau de service du pont en y ajoutant un lien en transport en commun. Le projet viserait à faire passer le tramway ou train de banlieue sur le pont pour desservir les résidents de la rive sud. L’effet serait de diminuer la congestion aux heures de pointe et d’offrir une solution de remplacement au troisième lien à moyen terme.

Il s’agirait là d’une action positive allant dans le sens de l’objectif des gouvernements de diminuer l’utilisation du pétrole par l’usage de l’automobile. De plus, le tramway (ou un train de banlieue) pourrait passer sur la voie ferrée existante contribuant à une plus grande utilisation de cette voie sous-utilisée actuellement. Il s’agirait de la solution la plus économique.

Conclusion

À notre avis, l’engagement du gouvernement fédéral à régler «le problème d’entretien du Pont de Québec» ne peut faire de sens que dans la mesure où l’on solutionne le problème de façon définitive.

La seule façon d’y parvenir est de reprendre la propriété du pont en étant pleinement responsable des décisions nécessaires à sa pérennité. Nous croyons aussi, en raison de l’opportunité d’intégrer le projet de réfection du pont à celui d’un réseau structurant, qu’il y aurait une occasion idéale pour augmenter le niveau de service en transport en commun.

Le gouvernement fédéral avec son programme national de rénovation des infrastructures sera en mesure de financer une grande partie de la remise à niveau du pont et pourra avec ses agences gérer les travaux importants et nécessaires comme pour les ponts Champlain et Jacques-Cartier à Montréal.

*Pour le Groupe l’Avenir du Pont de Québec :

Gérard Bureau, ex-administrateur public et privé

Louis Bellemare, économiste consultant

Jean Hémond, ingénieur en mécanique retraité et photographe 

Carl Lavoie, archéologue

Liv Ouellet, retraitée de l’enseignement

Gilbert Tessier, ingénieur et cadre retraité d’Hydro-Québec

Lucien Viel, ingénieur civil spécialisé en structure retraité de la firme de génie-conseil WSP