«Le droit de vote donnerait à la jeunesse non seulement le devoir de participer à notre système, mais ça pourrait même lui réparer cette immaturité que les adultes n’aiment autant pas», indique William Lepage.

Le droit de voter pour son futur

POINT DE VUE / Le 21 octobre 2019 dernier se tenaient les élections fédérales. Dans mon salon, je regardais attentivement ma télévision, bloquée sur Radio-Canada, avec ma sœur de 16 ans qui avait suivi assidument les élections tout autant que moi, qui avait voté pour la première fois il y avait seulement quelques heures. Nous attendions impatiemment les résultats finaux des circonscriptions, tout en remarquant toutes les erreurs du système électoral pendant le compte: le mode de scrutin injuste et non représentatif, le manque de représentation, le drame, les mensonges, les chicanes, le vacarme, le désordre, le manque d’impact de tout ce que je viens d’énumérer. Il y avait un problème de plus, cependant, que ma sœur n’a pas remarqué avant que je lui aie exprimé.

Ma sœur fut livrée dans ce monde seulement deux ans après moi. Dans quelques mois, elle pourra «chauffer» avec son propre permis probatoire. Dans quelques mois, elle va choisir son cégep, son programme et son futur. En avril, elle va faire ses impôts avec moi pour la première fois. Elle va commencer tout cela en apprenant l’algèbre, la physique mécanique et l’anglais comme langue première dans un environnement où elle doit encore demander la permission pour aller à la toilette.

Notre société impose beaucoup de responsabilités aux jeunes, des responsabilités qu’ils ne sont pas toujours prêts à prendre. Tout de même, il y a des responsabilités qu’ils veulent prendre. La direction de notre pays en est une, car ce sont eux qui vont vivre dans ce monde pendant le plus longtemps, du moins avant qu’on brûle à cause des erreurs de nos ancêtres maintenant devenus climatosceptiques et anti-avortement. Pourquoi, alors, ne pas les laisser prendre une autre responsabilité volontairement, le droit de voter?

La jeunesse devient de plus en plus désabusée avec notre monde. Elle peut voir l’urgence climatique, l’abus des droits humains dans le monde, et un gouvernement qui ne veut rien faire pour régler ces problèmes, du moins pas immédiatement. Elle veut voir du changement dans le décor. Elle veut vieillir, apprendre, même possiblement essayer de vivre dans un monde avec un gouvernement qui prend ses intérêts sérieusement.

Je peux comprendre pourquoi les gens ne veulent pas laisser les jeunes voter: malgré leurs inquiétudes sérieuses, ils sont trop immatures, ils ne comprennent pas tous les enjeux des élections et ils vont tous voter Rhino et devenir des séparatistes. Vous savez quoi? Oui! La jeunesse, ma sœur tout autant que nous, est immature de temps en temps! Tout le monde l’est! La différence, cependant, c’est que ma sœur, qui crie «Boomer» quand elle voit Maxime Bernier, n’a pas le droit de voter tandis que le monsieur qui a crié «Bloc majoritaire» à côté d’Yves-François Blanchet a eu le droit et l’a exercé!

Tout de même, la maturité n’impacte pas ceci: la jeunesse d’aujourd’hui va être la population adulte de demain. Elle va vivre plus longtemps que n’importe quelle autre génération auparavant, et elle devra faire face à plus de problèmes de grande envergure qu’auparavant. La jeunesse d’aujourd’hui veut participer aux politiques qui vont changer sa vie. Le droit de vote lui donnerait non seulement le devoir de participer à notre système, mais ça pourrait même lui réparer cette immaturité que les adultes n’aiment autant pas.