Patrick Bigras

Le drame du policier Bigras

POINT DE VUE / La mort du policier Bigras, témoin de première ligne du drame du meurtre des enfants par leur père Guy Turcotte, est d’une grande tristesse. Cela nous interpelle tous devant la fragilité de l’être humain, peu importe la place que tu occupes sur l’échiquier social, particulièrement ceux occupant des postes difficiles côtoyant la souffrance, tels les policiers, ambulanciers, soldats, oncologues et d’autres du même acabit.

Souvent, on se plait à le répéter, la vie ne tient qu’a un fil. Mais concrètement, ce n’est que lorsqu’on est confronté à des réalités qui frappent l’imaginaire, des drames épouvantables, que l’on peut en prendre réellement toute la mesure. 

De ce qu’on apprend du policier Bigras, c’est qu’il avait peine à se remettre de ce qu’il avait vu à ce moment-là. De 2009 à 2019, 10 ans ont passé, séparant le drame de sa mort, usant lentement mais sûrement sans jamais s’en remettre réellement, et pour cause. Cela nous ramène en mémoire les traumatismes vécus par les soldats, lors de leur retour au pays où ils doivent vivre bien souvent avec le souvenir insupportable de la cruauté, de la méchanceté pour ne pas dire de la bestialité de l’être humain à son apogée. Ou encore de l’oncologue qui, jour après jour, sait d’avance souvent que celui qu’il a devant lui va mourir fort probablement dans les prochains mois, ou même les prochaines semaines, et doit entretenir un certain espoir et, surtout, ne pas s’attacher à ses patients. Parlons de l’ambulancier qui arrive sur les lieux d’un accident de voiture où il est témoin de cadavres déchiquetés ou encore témoin du dernier souffle de vie d’un accidenté et de ses dernières paroles.

Comment vivre avec ces images et comment avoir la résilience nécessaire pour s’en sortir sans devenir traumatisé ou médicamenté à vie. Un traumatisme qui vous poursuit inlassablement minute après minute et qui devient un calvaire, tel le supplice de la goutte chinoise. Le service de police disait que le policier Bigras avait un service d’accompagnement et d’aide, mais est-ce que les mesures mises en place sont suffisantes? Même chose pour les soldats qui rentrent au pays. Les oncologues pour leur part semblent laissés à eux-mêmes et j’ignore la protection pour les ambulanciers. Plusieurs vont dire que ce sont les risques du métier. Il y a une limite à affronter l’atrocité et les drames, même pour les plus résilients. Une chose est certaine, ces souffrances humaines qui sortent de l’ordinaire méritent un soutien qui sort de l’ordinaire. Que la mort du policier Bigras serve à quelque chose et que cela force auprès des gouvernements une réflexion majeure sur ce sujet sans devenir non plus une excuse pour chaque problème de la vie. On parle ici de moyens extraordinaires pour des causes extraordinaires.