«Le concept de la neutralité religieuse de l'État s'applique sur tout le territoire du Québec. Et c'est la prérogative du gouvernement du Québec de le faire», a indiqué Philippe Couillard vendredi.

Le dérapage de Monsieur Couillard

En réaction au texte Manifs à Québec dimanche: Couillard craint les dérapages, paru le 18 août
«Le premier ministre a déploré le fait que les extrémismes puissent mener à une polarisation du débat, voire à des dérapages. Deux extrémismes qui s'affrontent sont comme deux scorpions dans une bouteille qui se nourrissent l'un de l'autre, a-t-il soutenu.»
L'article, paru dans La Presse et Le Soleil sur les manifestations qui doivent avoir lieu dimanche à Québec, rapporte de très étonnants propos du premier ministre du Québec, qui renvoie dos-à-dos l'extrême droite raciste et les citoyens qui condamnent - pacifiquement et de plein droit - cette atteinte à la dignité et à l'intégrité humaines. 
La référence aux deux scorpions se nourrissant l'un l'autre est pour le moins malvenue, à moins que des provocateurs n'infiltrent à dessein les rangs des contre-manifestants pour provoquer des affrontements, une manipulation qui s'observe universellement.
Il est permis de croire qu'un tel amalgame dans la bouche du premier ministre finit par disqualifier les antiracistes qui, par conséquent, n'ont plus qu'à se tenir tranquilles et laisser ainsi libre cours à des discours, des slogans et des gestes indignes des valeurs de la société. Belle et saine démocratie en perspective, dont l'élite se retranche derrière la sacro-sainte liberté d'expression pour ne condamner que du bout des lèvres l'inquiétante émergence d'une extrême droite québécoise dans l'espace public, paradoxalement depuis la tuerie terroriste de la mosquée de Québec du 29 janvier dernier.
En ces temps troubles de repli identitaire, on a entendu récemment le président des États-Unis d'Amérique mettre outrageusement à égalité les tenants de la haine raciale décomplexée et les personnes qui s'y opposent au nom des droits humains et des valeurs universelles, victimes de surcroît de violence mortelle. 
À moins que M. Couillard n'apporte la preuve qu'il figure, lui aussi, sur la liste des «mal cités» par les journalistes, il devra assumer ce dérapage qui, espérons-le, n'aura été que verbal, dépassant sa pensée de démocrate et de premier ministre de tous les Québécois.
Rachid Raffa, Québec