Le défi des projets d’infrastructures: une croisée des chemins pour le gouvernement Legault

POINT DE VUE / Le gouvernement du Québec a planifié de nombreux projets d’infrastructures pour les prochaines années, dont les Maisons des aînés et les agrandissements ou constructions d’écoles.

Afin de relever ce défi, le gouvernement doit nécessairement mettre à contribution l’ensemble des ingénieurs de l’industrie de la construction au Québec pour concevoir et superviser tous les projets annoncés. Les gestes qu’il posera aujourd’hui se feront sentir pour des décennies à venir.

La commande est colossale, mais ce travail permettra d’améliorer la qualité de vie de milliers de citoyens, notamment parmi les plus vulnérables.

Ce défi est d’autant plus grand que nos ingénieurs doivent également assumer un rôle essentiel pour adapter nos infrastructures face à l’urgence climatique.

Le gouvernement souhaite donc un effort supplémentaire des ingénieurs pour livrer à temps et à juste prix des projets d’infrastructures qui répondront aux besoins actuels et futurs de la société. Les ingénieurs québécois sont prêts à se retrousser les manches pour relever le défi, comme ils l’ont fait par le passé.

Cependant, les conditions d’exercice dans les contrats publics en découragent plus d’un, à commencer par les taux horaires.

Taux horaires gelés depuis 10 ans

En effet, les taux horaires payés aux ingénieurs consultants sont gelés depuis 2009. Qui, dans la population, accepterait de geler sa rémunération pendant 10 ans ? La situation devient de plus en plus difficile.

Et ce n’est pas tout. Non seulement les taux horaires n’ont pas été indexés depuis une décennie complète, mais le gouvernement laisse planer depuis plus d’un an la menace d’octroyer les contrats d’ingénierie au plus bas soumissionnaire, plutôt que de favoriser la qualité.

En effet, un projet de règlement retiré au mois d’août 2018, qui visait d’introduire cette méthode contraire aux meilleures pratiques en ingénierie et décriée par l’ensemble des intervenants, est toujours à l’étude par le gouvernement.

Les différentes formules envisagées dans ce projet de règlement mèneraient à la sélection quasi systématique du plus bas soumissionnaire. Or, en ingénierie, ce genre d’approche conduit généralement à la production de plans et devis moins complets et sans optimisation, et à des coûts de construction, d’opération et d’entretien plus élevés, des «extras» plus nombreux et davantage de litiges. Sans parler des plus grands risques de collusion ou de corruption.

Il serait beaucoup plus constructif de mettre en place des conditions favorables à la mobilisation de l’industrie et de miser sur une collaboration renouvelée des secteurs publics et privés pour la réalisation d’infrastructures de qualité et durables.

De nouveaux modes collaboratifs ont fait leur apparition depuis quelques années et permettent de faire reposer la réussite des projets d’infrastructures sur la collaboration de toutes les parties durant les phases de conception et de construction, pour une réalisation plus efficace.

Il faut un engagement politique ferme du gouvernement afin de tourner définitivement la page sur une décennie marquée par la Commission Charbonneau et se consacrer pleinement à relever le défi de la mise à niveau nos infrastructures, en répondant aux impératifs des changements climatiques. C’est une croisée des chemins que le Québec ne doit pas rater.