Gilles Simard écrit avoir envie de croire la ministre Danielle McCann lorsqu'elle dit qu'il y aura des changements en santé mentale.

Le début d'un temps nouveau en santé mentale?

POINT DE VUE / Bien qu’échaudé au départ par la ribambelle d’engagements jamais respectés par les précédents gouvernements, et relativement allergique au tintouin du politiquement correct imbibant généralement ce type d’exercice, j’avoue, à l’instar de plusieurs des 250 autres personnes qui s’y trouvaient, avoir été agréablement surpris, tant par la qualité d’écoute des deux ministres Danielle McCann (Santé et Services sociaux) et Marguerite Blais (Aînés et Proches aidants), que par la simplicité et l’efficacité de l’organisation du Forum sur la santé mentale (adultes) qui se tenait à Québec, à la fin-octobre.

Incidemment — et même en sachant qu’on ne vire pas un gros bateau comme la Santé sur un dix cennes, quand la ministre de la Santé a déclaré, à l’issue des plénières: «Nous sommes à un carrefour; il va s’en passer des choses!», j’avoue bien candidement que j’avais le gout de la croire. Et aussi sa collègue, avec son projet de Politique nationale des proches aidants, incluant un chapitre complet sur la santé mentale des Aînés. Chose certaine, ces deux femmes ministres-là m’inspirent diablement plus que leur naufrageur de prédécesseur, à la barre du vaisseau amiral québécois !

Points positifs et zones d’ombre

Cela dit, en plus du fait que le prochain Plan d’action en santé mentale (PASM 2020-25) sera interministériel, la ministre McCann a annoncé l’instauration d’une nouvelle stratégie nationale de prévention du suicide, une mesure déjà amorcée qui avait permis de réduire de 400 par année le nombre de suicides au Québec. Qui plus est, outre de mettre le Rétablissement au cœur du prochain Plan d’action et de revoir les règles de confidentialité pour mieux impliquer les membres de l’entourage d’une personne atteinte d’un trouble, la ministre a aussi promis d’émettre une ligne directrice pour mieux soutenir les pairs-aidants famille, ainsi que les pairs-aidants qui œuvrent directement dans le milieu. Par ailleurs, autre bon point, le projet Accès-Accompagnement en santé mentale, qui est déjà fonctionnel dans cinq régions, sera étendu à la grandeur du Québec, à compter du printemps prochain. 

Autrement, et ça me turlupine un peu, madame McCann n’a pas cru bon de s’avancer en matière d’un rehaussement du budget global de la santé mentale, une façon efficace s’il en est, de voir si les bottines vont suivre les babines ! Tout au plus, a-t-on eu droit à l’assurance qu’il n’y aurait pas de compressions budgétaires. Un énoncé qui a été reçu plutôt froidement par les représentants-es des groupes communautaires sur place, surtout quand on sait que ces mêmes organismes réclament depuis des lustres un rehaussement budgétaire de plus du double (COSME), et que les dizaines de milliers de travailleurs-euses qui y sont rattachés-es, œuvrent souvent dans des conditions relativement précaires.

Unanimité pour la psychothérapie gratuite

Par ailleurs, qu’il s’agisse de prévention du suicide, meilleures pratiques, stigmatisation, urgences-psy, itinérance, toxicomanie, troubles concomitants, troubles anxieux, schizophrénie, judiciarisation, gérontopsychiatrie, ressources intermédiaires (RI), virage numérique, grands déterminants de la santé mentale (logement, travail, réseaux, etc.), presque tout a été mis sur la table durant les ateliers. Nous avions le sentiment d’avoir presque toutes les réponses. Ne manquait plus que l’assurance d’une volonté politique pour mener tout ça à terme !

Et dans ce bouillonnement d’idées fécondes, l’une d’elles, soit un accès gratuit, inconditionnel et universel à la psychothérapie, a certes été l’idée la plus rassembleuse. On parle d’une mesure efficace et reconnue, peu couteuse à établir, et pouvant sauver la vie à de nombreux-ses Québécois-es parmi les 200, 000 personnes qui en auraient besoin, mais qui n’en ont pas les moyens. (INESSS)

Ici, et même si la ministre McCann est demeurée coite au sujet de la psychothérapie, peut-être pourrions-nous y consacrer les centaines de millions en trop que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) s’apprête à «rembourser» aux contribuables ? On veut les corriger ou pas, ces fameuses inégalités sociales ?

Un virage majeur en santé mentale au Québec ?

Enfin, outre la ministre Blais qui a livré un vibrant témoignage sur sa propre expérience de la maladie mentale, des membres des Premières Nations (Crie, Innue, Attikamek…) sont intervenus pendant ce Forum. Leurs précieux constats ont porté sur les stéréotypes les concernant, leurs difficiles conditions de vie en région et leurs besoins particuliers en matière de thérapie (savoir traditionnel, spiritualité et globalité de la personne). Les aura-t-on entendus seulement? Chose certaine, les réponses à leurs demandes, comme celles qui feront suite au Forum et aux consultations régionales qui suivront, devraient apparaitre dans le Plan d’Action prévu pour l’an prochain. À quoi doit-on s’attendre?

La santé mentale au Québec, serait-elle au seuil d’un important virage communautaire et citoyen d’avantage basé sur le rétablissement Et pourquoi pas? 

Pourquoi ne pas faire aussi de la santé mentale une nouvelle richesse, une autre source de fierté nationale?!