Le Cyclorama de Jérusalem, situé tout juste à côté de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Le Cyclorama de Jérusalem et le souvenir d'Albina

«Je me souviens», la devise de la province de Québec. J'en doute parfois... Depuis le 2 août 2017, nous entendons beaucoup parler dans les médias du Cyclorama de Jérusalem situé à Sainte-Anne-de-Beaupré, mais jamais je n'ai vu les noms des personnes qui l'ont amené dans cette paroisse, même si l'on précise parfois que cette toile gigantesque se trouvait auparavant sur la rue Sainte-Catherine à Montréal.
Mme Albina Laurendeau-Plourde en a été la propriétaire jusque dans les années 1950, avant de vendre à M. Georges Blouin. Mme Laurendeau-Plourde, elle, est décédée le 24 janvier 1964, à l'âge de 94 ans. En 1895, elle et son mari, l'avocat Ubald Plourde, ont fait déménager par bateau et installer cette merveille depuis Montréal jusqu'à Sainte-Anne-de-Beaupré et ils ont fait construire sur la grève un édifice pour l'exposer. La dame était alors âgée de 25 ans : il fallait être avant-gardiste et courageuse pour se lancer avec son mari dans une telle aventure à cette époque. 
Je ne pourrais vous préciser quand est mort Monsieur Ubald Plourde, mais je peux vous raconter que j'ai eu la chance et le bonheur de connaître, dans ma tendre enfance, Mme Laurendeau-Plourde, qui venait prendre son petit déjeuner chez son voisin, à l'Hôtel Bilodeau qui appartenait à mon grand-père. L'approchant avec beaucoup de déférence et de révérence, je recevais de sa noble main une pièce d'un cent. L'image de cette dame, qui affichait la prestance des nobles de l'Empire romain avec ses magnifiques cheveux blancs, son calme olympien et sa sérénité reste indélogeables dans ma mémoire. 
Ne vous imaginez pas qu'Albina Laurendeau-Plourde était une personne anonyme comme moi. Fille de Joseph-Olivier Laurendeau qui avait fait ses études de médecine à Boston, chose rare pour le temps et qui s'était installé à Saint-Gabriel-de-Branton, elle était la soeur du père jésuite Fortunat Laurendeau, de la milliardaire Albertina Laurendeau Lallemand, pianiste exceptionnelle et mère de Jean Lallemand, imminent philanthrope de Montréal, tante d'André Laurendeau, homme de lettres, journaliste et homme politique. 
Une simple pierre tombale, ignorée de tous, signale son décès dans le cimetière de Sainte-Anne-de-Beaupré. Pourquoi ne pas aller la saluer si vous y passez? Je ne suis pas de sa famille, je suis seulement un simple petit voisin occasionnel, affectueux et reconnaissant. Le souvenir de cette grande dame a nourri mon enfance et mon imaginaire, mais je vous demande de penser à elle de temps en temps quand il sera mention du Cyclorama de Jérusalem.
Guy D. Lévesque, Québec