Le Coriolis II et Rimouski méritent un port de premier plan

POINT DE VUE / L’exil vers Halifax du port d’attache principal du Coriolis II, le seul navire-laboratoire québécois et essentiel à la mission de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, préoccupe le Bloc Québécois et la communauté rimouskoise. Cette solution extrême aux difficultés rencontrées depuis 2015 par les gestionnaires du navire de recherche est révélatrice de l’absence de solution dans des délais raisonnables pour la remise en état du port de Rimouski. La seule technopole maritime du Québec ne doit pas perdre un tel trésor scientifique.

À huit petits mois du transfert de la propriété au gouvernement du Québec, dans quelle condition hériterons-nous du port, combien de temps prendront les travaux essentiels à son utilisation et à combien se chiffrera la correction de plusieurs décennies de négligence par le fédéral? 

Le transfert de quatre ports dans l’est du Québec reflète la volonté du gouvernement de Justin Trudeau de se délester d’un fardeau. En soi, ce n’est pas une appropriation ou une juridiction que le Québec doit refuser. En revanche, il est très clair que l’enveloppe de 163 M$ promise à Québec pour restaurer quatre ports alors qu’il en coûtera au moins 50 millions$ pour Rimouski seulement est un mauvais marché. 

Pour le Bloc Québécois, le fédéral doit céder à Québec des ports et des quais en bon état et procéder aux travaux avant la cession. Les acteurs locaux à Rimouski ont raison de s’inquiéter. L’entente sur la cession des ports de Rimouski, Matane, Gaspé et Gros-Cacouna commande deux constats: le gouvernement libéral renvoie à Québec la responsabilité de réparer ses pots cassés avec des moyens très insuffisants. Ensuite et de toute évidence, les travaux ne seront pas amorcés avant le printemps 2020, sinon beaucoup plus tard. 

Comment se satisfaire de ça alors que le Coriolis II devra lever l’ancre vers Halifax, au Canada, peut-être à long terme? Il ne faut donc pas laisser croire que tout est réglé, comme l’a déclaré récemment le député de Rimouski-Neigette—Témiscouata—Les Basques, parce que le fédéral a accepté d’en transférer la responsabilité au gouvernement du Québec. 

Le Bloc Québécois juge que les citoyennes et les citoyens de l’Est-du-Québec ont déjà payé de leurs taxes et impôts pour des équipements laissés à l’abandon et dont on veut leur refiler en plus une part de la facture des réparations. La solution est pourtant simple : qu’Ottawa fasse effectuer les travaux immédiatement pour que le port de Rimouski, seule technopole maritime au Québec, soit prêt à contribuer à notre développement économique et scientifique dès le printemps prochain. D’ailleurs, pour Matane, Ottawa a déjà débloqué 1,5 millions$ pour des travaux de réparation d’infrastructure avant et malgré la cession imminente du port au gouvernement du Québec. C’est maigre mais assez pour que le port maintienne ses activités. 

Le Bloc Québécois est engagé sans réserve pour la recherche et la protection de l’environnement fluvial et de l’estuaire du Saint-Laurent. Nous demandons que soit trouvé un aménagement intérimaire afin que le Coriolis II réintègre immédiatement son port d’attache de Rimouski, et ce, en vertu d’une entente qui devra avoir l’aval des gestionnaires du navire. Est-il nécessaire de rappeler que le Québec et ses régions ne seront jamais bien servis tant que leurs intérêts seront subordonnés à ceux des autres régions du Canada et qu’ils n’auront pas pris le contrôle de leur propre développement scientifique, écologique et économique?

Point de vue

Robert Lepage: «Le Soleil, c'est patrimonial» [VIDÉO]

Malgré l'effervescence entourant l'ouverture du Diamant, Robert Lepage a tenu à prendre quelques minutes de son temps pour partager l'importance que représente à ses yeux Le Soleil, et sa crainte qu'il disparaisse du paysage de la capitale. «On perdrait un joueur majeur», dit le créateur, qui évoque son passé de camelot mais surtout la capacité du journalisme à saisir l'esprit de son temps.

Points de vue

L’intelligence artificielle et la fonction publique

POINT DE VUE / Le Québec est devenu un leader mondial dans l’industrie de l’intelligence artificielle (IA). Or, tandis que le développement de cette technologie s’intensifie dans le secteur privé, le gouvernement du Québec est bien discret sur le rôle qu’il entend faire jouer à l’IA dans ses propres services publics. Souhaite-t-il offrir des services publics supportés par celle-ci? Si oui, est-ce que des règles éthiques en encadreront l’utilisation? Autant de questions pour lesquelles les élus au pouvoir ne semblent pas avoir de réponse.

Actuellement, le gouvernement applique une vigoureuse politique de subvention destinée à l’IA : des centaines de millions de dollars ont été octroyés à des entreprises et des organismes du secteur, surtout concentrés à Montréal, pour favoriser leur croissance. À l’opposé, l’État québécois peine à développer une expertise en intelligence artificielle au sein de sa fonction publique. D’ici quelques années, si cette situation perdure, l’État se retrouvera inévitablement dépendant du secteur privé, tout comme il l’est déjà dans le domaine du développement de logiciels. D’ailleurs, de nombreuses firmes privées lorgnent les lucratifs contrats gouvernementaux qui seront associés à l’intelligence artificielle.

Déjà, l’IA contribue au tri des nombreuses demandes de visa reçues par le gouvernement fédéral pour des voyageurs provenant d’Inde et de Chine. Le ministère de l’Immigration du Québec pourrait faire de même avec les demandes d’immigration qu’il gère. De son côté, le ministère des Transports du Québec envisage d’utiliser l’IA pour détecter en temps réel les conditions météo difficiles, comme la poudrerie, sur les routes les plus dangereuses.

L’État détient un immense volume de renseignements privilégiés concernant la vie de ses citoyens, ce qui en fait un acteur tout désigné pour utiliser cette nouvelle technologie. En se servant de l’intelligence artificielle pour analyser ces données, les éléments utiles qui en ressortent permettraient ultimement de faire des choix plus judicieux.

Cependant, l’IA doit être bien maîtrisée par le gouvernement du Québec qui devra se doter d’un cadre éthique réfléchi pour son intégration. L’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas un processus neutre. Les nombreux événements récents devraient nous conscientiser : il faut être extrêmement rigoureux dans la gestion des renseignements possédés par l’État.

Il est urgent de créer, à l’intérieur de la fonction publique, un Observatoire sur l’intégration de l’IA dans les services publics. Une réflexion s’impose quant aux orientations à adopter et aux changements à effectuer dans la fonction publique afin qu’elle soit un outil d’amélioration de l’État québécois. Constitué de représentants des employés et des dirigeants informatiques du gouvernement, de même que d’universitaires, ce groupe serait chargé de conseiller le gouvernement sur les actions à poser pour définir les règles éthiques devant encadrer l’intelligence artificielle dans les rangs de la fonction publique. Cette technologie doit être au service du citoyen, non l’inverse.

Point de vue

Vers l’adoption forcée du Projet de loi 17?

POINTS DE VUE / Le projet pilote d’Uber se termine le 14 octobre prochain, comme plusieurs le savent, et cela fait craindre aux chauffeurs de taxi un coup d’éclat du ministre des Transports pour forcer l’adoption du projet de loi 17, loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile d’ici là. Seulement 18 articles adoptés sur 275 en date du 17 septembre. Des moyens de pression plus musclés ont été annoncés de la part de certains chauffeurs. Un grand désespoir se profile dans l’industrie.

Les propos du cabinet du ministre des Transports rapportés dernièrement ont tenté de faire croire que le MTQ ne laissera tomber personne, «ni dans l’industrie du taxi traditionnel ni dans les autres modèles». Le ministre des Transports n’a-t-il pas déjà abandonné délibérément l’industrie du taxi qui était en train de se moderniser en abolissant leur permis et toute la règlementation qui leur permettait d’assurer la sécurité de leur clientèle et une juste répartition des revenus par la gestion de l’offre règlementée? Une industrie prête à abolir certaines agglomérations pour assurer une meilleure desserte pour tous. Une industrie qu’on veut «exproprier» sans tenir compte des lois actuelles en ce domaine. Une industrie qui assure près des deux tiers des services de transport adapté au Québec, règlementée et formée pour bien desservir les personnes handicapées.

Dans le milieu de ces personnes handicapées «oubliées», qu’on s’en souvienne, lors du dépôt du projet de loi 17 le 20 mars dernier, plusieurs commencent à perdre de plus en plus confiance dans ce ministère et son ministre responsable, face à cette dérèglementation sauvage et aux inquiétudes suscitées. L’accessibilité des transports pour les personnes handicapées sera-t-elle sacrifiée aux lois du marché?

Attend-on des évènements tragiques irréversibles dans le milieu des gens touchés par ce projet de loi?

Point de vue

Gare aux sirènes du fétichisme écologique!

POINT DE VUE / Tant qu’à être dans la surenchère médiatique et la quasi-hystérie collective, essayons d’imaginer la scène : Greta va-t-elle se mettre à léviter, le 27 septembre prochain, à Montréal, durant la méga-manif pour le climat? Et l’oracle Manon, cette humaine privilégiée qui interprète pour nous les mystères du Cosmos, concevra-t-elle en direct grâce aux bonnes œuvres du Saint-Esprit? Quant à GND, cet autre lumineux prophète qsiste et grand-prêtre lui aussi de la climatologie occidentale, réussira-t-il à changer les eaux usées du Port de Montréal en vin? Nous fera-t-il un «remake» de la multiplication des pains sur le Mont-Royal?

QS et la vertu compissée

Sérieux, là! Certes, la planète tremblote et brule de fièvre, et il lui faut d’urgence un remède de cheval. Soit! Mais par-delà les incontournables manifestations prévues, avons-nous vraiment besoin de tout ce grand-guignolesque qui entoure le reste? Avons-nous besoin de ces fanfares, flonflons, simagrées et salamalecs pour souligner l’arrivée de la jeune Greta Thunberg — et de son staff — au Québec? Que voilà donc une atmosphère de cirque plutôt contreproductive, et doublement alourdie par les consternantes tentatives de Québec solidaire de récupérer tous les bénéfices possibles du phénomène Greta. Ça, et le fait pour cette formation d’essayer puérilement de mettre la CAQ (et les autres partis) au pied du mur, avec ses rodomontades et ses déclarations intempestives sur la meilleure façon de contrer la question du réchauffement climatique. Sur ce d’ailleurs, on ne peut que donner raison à Pascal Bérubé du PQ, qui a vertement dénoncé l’instrumentalisation qsiste de l’égérie suédoise, et partant, les manœuvres populistes des élus-es solidaires qui ne visent qu’à «remplumer» leur improbable stratégie politique de l’ultimatum amorcée le printemps dernier.

N’empêche, il faut reconnaitre que les projets de la CAQ sont anémiques sur la question de la transition énergétique. Mais si, pour Québec Solidaire, faire de la politique autrement en pareille matière, c’est de jouer comme d’habitude à «Ma vertu est plus grosse que la tienne, et je te la compisse en pleine face!», eh bien, moi, je préfère de beaucoup le silence parlant des gens qui doutent… mais qui savent écouter de bonne foi.

L’autisme de Greta, un parfait bouclier

Cela dit, Greta Thunberg, la populaire icône planétaire de 16 ans, a beau incarner de façon étonnante, émouvante et même (avouons-le!) très courageuse, le message de la science, elle et son staff ont leurs limites, leurs trous noirs et probablement aussi leurs péchés non avouables. Et malheureusement, ces zones d’ombres là sont très difficilement questionnables, étant donné, comme le dénonçait récemment l’écrivain Pascal Bruckner, «qu’en révélant qu’elle était atteinte du syndrome Asperger, ses parents en ont fait un bouclier inattaquable». Et comme le clamait si bien Danielle Langloys, d’Autisme-France, «les personnes qui ne connaissent rien à l’autisme n’ont qu’à se taire.»

Ouille!

Manipulation et greenwashing

Autrement, pendant que nous, écolos, journalistes, spécialistes et humbles citoyens-nes du Québec et monde entier, nous nous questionnons et nous entredéchirons sur les compétences et la crédibilité de la jeune messagère du GIEC, et aussi sur les effets possibles et néfastes de l’écoblanchiment (greenwashing), sur la finance verte, sur l’instrumentalisation (ou pas) de Greta par son écrivaine de mère, son père acteur, et enfin sur Ingmar Rentzhog, le «génial» conseiller marketing et aussi cofondateur du réseau We don’t have time, le grand capital mondial, lui, a beau jeu et n’arrête jamais d’engranger. Et de continuer, ici et là, à grappiller les ressources.

Gare aux icônes

Une dure et froide réalité s’il en est, qui amenait récemment le philosophe français Michel Onfray à cette critique: «L’enfant est fait pour être dépassé par plus que lui, non pas être célébré comme une fétichisation, une icône. Le monde gouverné par l’argent, avance-t-il, a détruit la raison, la conscience, la réflexion, la méditation, l’analyse, la logique, afin de mieux gouverner les humains par les sentiments, les émotions et les affects. Greta et son staff viennent s’ajouter au 1984 d’Orwell». Sévère le gars, mais au ras du sol!

Chose certaine, en équilibre entre la catatonie désespérante et un hyper-catastrophisme paralysant la raison, nous attendons de l’actuel gouvernement qu’il mène des actions courageuses, nouvelles et audacieuses, et surtout qu’il établisse clairement une politique générale qui tienne compte des changements climatiques et de la réduction des GES sur le long terme!

Pour donner un minimum d’espoir et de sérénité à toutes les générations du Québec, pour la suite du monde et du pays.

Point de vue

Une fiscalité concurrentielle et des finances publiques saines

POINT DE VUE / En prévision des élections fédérales qui se tiendront le 21 octobre, le Conseil du patronat du Québec partage ses priorités et ses réflexions sur divers enjeux dans une série de lettres ouvertes.

D’importants enjeux de finances publiques et de fiscalité ne semblent pas faire partie des priorités des partis politiques actuellement en élections. Pourtant, il s’agit d’un élément fondamental pour la vitalité et la compétitivité de notre économie et il devient de plus en plus urgent d’avoir une saine gestion de nos finances publiques afin d’assurer la résilience de l’économie canadienne advenant une récession.

C’est lorsque l’économie se porte bien qu’il faut mettre de l’argent de côté afin de faire face aux imprévus. Or, malgré la croissance du Canada des dernières années, favorisée par une conjoncture économique positive, la culture de déficit budgétaire qui s’est installée à Ottawa réduit considérablement la marge de manœuvre que nous avions, et elle est défavorable aux générations futures et à la qualité des conditions d’affaires au Canada. Il est indispensable que le désendettement public devienne un principe directeur pour un développement responsable.

Il va sans dire que l’impact de la réforme fiscale américaine n’a pas été complètement annulé malgré les efforts du gouvernement. Même si les mesures fiscales implémentées dès la mise à jour économique de l’automne 2018 ont permis d’amoindrir l’écart, il n’en demeure pas moins que l’avantage qu’avait le Canada sur les États-Unis en termes de taux d’imposition effectifs marginaux des entreprises canadiennes a été considérablement réduit. Il est important de rétablir cet avantage pour nos entreprises, surtout celles qui exportent et qui innovent.

Commerce électronique

Le commerce électronique fait maintenant partie intégrante de la vie de tous et nécessite un meilleur encadrement. Sur ce dossier, le gouvernement sortant a pris la décision de ne pas imposer la TPS aux fournisseurs de produits ou services non-résidents du Canada privant l’État d’une grande source de revenus.

Rappelons que le Québec, comme plusieurs autres États dans le monde, a déjà mis en place un système pour percevoir une taxe de vente sur le commerce en ligne. L’ensemble des partis à Ottawa devrait s’engager à faire la même chose au palier fédéral. Il ne faut pas oublier que les géants du Web ne sont pas soumis aux taxes de nature environnementale pour les produits vendus en ligne.

Transfert d’entreprise

Avec le vieillissement de la population, plusieurs entreprises familiales passent le flambeau à des repreneurs. Afin de préserver l’entrepreneuriat familial et le savoir-faire de ces compagnies, le prochain gouvernement doit revoir la Loi d’impôt sur le revenu pour que la fiscalité soit plus équitable si l’entreprise est transférée à un membre de la famille.

Les entreprises canadiennes ont besoin de conditions favorables face à des défis de plus en plus complexes et dans un marché ouvert sur le monde. La rigueur budgétaire et la saine gestion des finances publiques doivent aller de pair avec une fiscalité concurrentielle, propice au développement des entreprises canadiennes et à la prospérité du pays.

Point de vue

Le scrutin proportionnel pour 2022

POINT DE VUE / En démontrant qu’il ne remplirait sa promesse électorale face à l’application d’un nouveau mode de scrutin en 2022, le premier ministre François Legault vient malheureusement d’accroître la perte de confiance de la population envers la démocratie.

Alors qu’il s’était formellement engagé à ce que l’élection de 2022 se tienne selon un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire, il utilise le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) pour se défiler.

Il suffit de lire la lettre transmise le 3 avril par ce dernier à la ministre Sonia Lebel pour s’en convaincre. Dans cette lettre de trois pages, le DGEQ ne mentionne qu’une fois le délai de 42 mois, le plaçant comme un idéal. Il expose cependant en détail la manière de réaliser toutes les étapes en 30 mois, pour une application aux élections d’octobre 2022. Il est surprenant d’entendre la femme de droit qu’est la ministre responsable du dossier, Madame Sonia LeBel, mettre l’accent sur ses discussions avec le DGEQ, plutôt que sur une lettre officielle de cette nature.

Par ce paravent, le gouvernement tente bien maladroitement de cacher le vrai problème : les réticences au sein de son caucus.

On peut dire que l’histoire se répète, puisqu’à chaque fois que le Québec a été sur le point de remplacer le mode de scrutin majoritaire, les réticences du caucus du parti gouvernemental ont balayé le consensus exprimé par la population. Mais cela signifie aussi qu’il était possible de prévenir cette situation. L’écueil étant bien connu du premier ministre, celui-ci pouvait le contrer en allant chercher l’adhésion de son caucus à l’engagement du parti. Dans l’état actuel des choses, on peut même s’interroger sur la motivation des députées et députés de la CAQ envers l’adoption du projet de loi que leur propre gouvernement déposera.

Quant au processus d’adoption du nouveau système électoral, rien ne justifie que la loi électorale soit modifiée par un processus différent des autres lois. Tenir un référendum pour changer le système électoral n’est pas le geste démocratique qu’on tente de présenter. Choisir un système électoral est déjà une question suffisamment importante pour ne pas la noyer dans des considérations supplémentaires. La Loi sur la consultation populaire québécoise n’est pas adaptée à la situation actuelle, ni à un référendum se tenant en même temps qu’une élection. Aller dans cette voie signifie forcer la population à signer un chèque en blanc, ce qui est très loin d’une pratique démocratique.

De plus, soumettre au référendum le futur projet de loi, après adoption, signifie faire abstraction de deux processus parlementaires sur le même sujet : celui qui analysera le projet de loi caquiste et celui mené en 2005-2006 et où des corrections avaient été consensuellement réclamées à l’avant-projet de loi libéral d’alors. La démocratie n’est pas en santé lorsque la participation de la population et le travail parlementaire sont à ce point dénigrés. Plutôt que de justifier ses échappatoires et de déplacer le débat sur son mode d’adoption, le gouvernement devrait déployer de l’énergie à intéresser la population au système électoral proportionnel mixte compensatoire et donner au DGEQ les moyens nécessaires pour assurer la mise en place du nouveau système électoral à temps pour les élections générales de 2022.

* Des élections à réinventer, 2019, Montréal, Éditions Somme Toute

Point de vue

Le quémandeur

POINT DE VUE / Voici venu le temps des grandes séductions! François Legault qui quémande. Les candidats transfuges opportunistes. Les mamours et autres câlins des partis fédéraux aux Québécois.

Eh oui! Combien encore de ces manigances nauséabondes pour s’arracher le petit «X» que vous tracerez dans la boîte de scrutin. Un refrain déjà connu, me direz-vous dans la belle province. Trêve de cynisme, le premier ministre François Legault a eu le courage de ses convictions en affichant ses quatre demandes aux partis engagés dans la lutte, qui vont dans le sens d’une plus grande autonomie pour le Québec. 

Cependant, on peut s’attendre à ce que celles-ci restent lettre morte passée la tourmente électorale. Cela assurément si Justin Trudeau obtient son deuxième mandat! Bien qu’ils appuient le concept du rapport d’impôt unique administré par Québec, les conservateurs d’Andrew Scheer, au pouvoir, refuseraient sans doute de se laisser prendre un doigt dans cet engrenage qui impliquerait des pertes d’emplois dans la fonction publique à défaut de réaffectations. 

Quant au NPD de Jagmeet Singh, il peut bien faire sienne l’idée de reconnaître la spécificité du Québec dans la constitution canadienne, mais à quoi bon? Cette formation trop à gauche est à des années-lumière du pouvoir! Bref, on peut supposer que le Québec n’y gagnera rien au fil d’arrivée.

En ressort une nette impression que les partis fédéraux tentent d’amadouer le vote d’une frange d’électeurs québécois nationalistes d’âge mûr. Pour les jeunes de la génération des milléniaux, on constate malheureusement que ces débats, pourtant si cruciaux, les laissent totalement indifférents. Il ne faut pas leur en vouloir! Quand vous croyez, comme plusieurs d’entre eux, que l’humanité est aux portes de l’extinction en raison de l’emballement climatique, vous vous contrefichez éperdument de l’avenir du français. Dommage. Car il s’agit bien d’une menace qui planera toujours sur nos têtes. Qu’importe. Encore un long mois à digérer cette bouillabaisse électorale. Ce flirt à la belle et incomprise muse québécoise.

Et après ce 21 octobre? Après? «Que reste-t-il de nos amours?», pourrait fredonner à juste titre le grand Charles Trenet. Niet! Rien, que je vous dis, cher électeur.

Point de vue

Les profs du privé aussi sont sous pression

POINT DE VUE / Il a beaucoup été question ces derniers jours de la rentrée scolaire et collégiale dans le réseau public et des défis qui attendent le personnel. Cependant, on a bien peu parlé de l’autre rentrée, celle qui se déroule dans le réseau des écoles et collèges privés. Pourtant, là aussi, l’année risque d’être exigeante pour le personnel.

Parce que l’idée que ça irait mieux au privé qu’au public est certainement un mythe en ce qui concerne le personnel. Vues de l’intérieur, les conditions de travail des enseignantes et enseignants, du personnel professionnel comme du personnel de soutien sont aussi très exigeantes.

Des maux malheureusement partagés

Travailler dans un établissement privé ne vous met malheureusement pas à l’abri des maux qui accablent trop de collègues du secteur public. La pénurie de personnel, la surcharge de travail, la détresse vécue au quotidien, les emplois précaires, le manque de valorisation et de reconnaissance sont également le lot d’une bonne part de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.

Les travailleuses et travailleurs du privé subissent même une pression supplémentaire en raison de la concurrence à laquelle ils doivent faire face. La clientèle étudiante d’un établissement privé n’est jamais assurée. Les enseignantes et enseignants sont constamment incités à être plus performants et innovants puisque l’on fait retomber sur leurs épaules une partie du fardeau de l’attractivité de l’institution.

Le dilemme des travailleuses et travailleurs du privé est d’autant plus difficile qu’ils doivent subir en silence le poids de leurs conditions de travail, de peur de nuire à la réputation de l’établissement, et donc à leur gagne-pain. Malgré ces exigences importantes, ces enseignantes et enseignants, ces professionnelles et professionnels, ainsi que ces membres du personnel de soutien assument avec compétence et loyauté leurs tâches parce qu’ils ont à cœur la réussite des élèves.

Comme leurs collègues du secteur public, ces acteurs de l’éducation du privé méritent grandement, eux aussi, notre respect et notre appui. Ils font la différence dans la vie de milliers d’élèves et d’étudiantes et étudiants.

Souhaitons-leur une bonne année professionnelle!

Point de vue

Croisières à Québec: une industrie en évolution, une destination qui s’adapte

En réaction à la chronique «Croisières : des moteurs de bateaux qui tournent 24 heures sur 24» du journaliste François Bourque, parue le 16 septembre

L’industrie des croisières assure un rayonnement exceptionnel à notre ville et se traduit par des retombées économiques majeures pour la région. Un passager en escale et un passager en destination représentent des revenus moyens respectifs de 111 $ et 329 $ pour les commerçants et hôteliers. Selon une étude réalisée en avril 2017 par la firme Business Research and Economic Advisors (BREA), les retombées de l’industrie sont évaluées à 221 millions $ pour la province et à 106 millions $ pour la ville de Québec.

La croissance importante de cette industrie n’est pas le fruit d’une improvisation ou des seules décisions du Port de Québec. C’est une volonté concertée. C’est à la suite du forum sur les croisières internationales tenu en février 2014 que la communauté de Québec a exprimé l’objectif de poursuivre la croissance de ce secteur, dans le but d’atteindre 400 000 passagers d’ici 2025. Rappelons que ce forum réunit plus d’une centaine d’intervenants provenant du milieu touristique, du secteur maritime et de la communauté de Québec. Ayant accueilli plus de 200 000 visiteurs par bateaux de croisière en 2018, le forum sur les croisières 2019 a réitéré sa volonté de conserver son objectif phare d’accueillir le double de visiteurs dans quelques années.

La gestion de cet achalandage est menée en étroite collaboration avec tous les acteurs du milieu. Le Port et ses partenaires sont proactifs dans la gestion des journées à fort achalandage, et ce, depuis longtemps. Nous travaillons consciencieusement à atténuer au maximum les impacts négatifs et à multiplier les impacts positifs issus de cette industrie tant pour les citoyens que pour les croisiéristes qui nous visitent. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons établi un seuil maximal de visiteurs par jour et un protocole pour tenter de modifier les horaires à l’avance. Nous travaillons aussi conjointement avec le Centre de coordination des événements spéciaux de la ville de Québec pour la gestion de la circulation lors des journées de pointe. Allonger la saison de croisières est aussi un moyen envisagé pour assurer une saine cohabitation.

C’est également pour bien gérer cette croissance que le Port construit un nouveau terminal de croisière au quai 30, dans le secteur de l’Estuaire. Et en dépit de ce que peut en penser M. Bourque, le processus environnemental de participation citoyenne qui entoure la réalisation du projet en est un rigoureux et crédible.

Tous les commentaires des citoyens sur le sujet seront considérés et répondus conformément à l’obligation que nous avons comme promoteur de ce projet. Comme nous l’avions mentionné à M. Bourque, les travaux actuellement en cours sont strictement des travaux de préparation du terrain en vue de la construction du terminal et non pas des travaux pour ériger la structure du futur bâtiment. Qui plus est, les plans du bâtiment sont encore en cours de réalisation.

En aucun temps le Port ne se serait permis de mettre à risque la crédibilité de son processus de consultation qui a d’ailleurs fait ses preuves et démontré son efficacité dans plusieurs projets jusqu’à maintenant, dont la bonification de projets comme le terminal d’exportation de grains de Sollio Agriculture ou encore celui de la construction du Strom Spa Nordique au bassin Brown.

Est-ce que la situation est toujours parfaite? Malheureusement non, mais nous travaillons pour l’améliorer en continu.

C’est le cas aussi pour la gestion des émissions des navires à quai.

L’amélioration constante de nos pratiques passe par une vigie constante de notre industrie. Sur le dossier particulier de l’alimentation électrique à quai, nous avons longuement étudié l’industrie avant de statuer. Dans sa prise de décision en 2015, le Port a obtenu l’avis d’experts dans le domaine, dont un dirigeant d’une des plus importantes lignes de croisières. Ceux-ci nous recommandaient de ne pas investir dans l’alimentation électrique à quai parce que l’industrie n’avait pas encore statué sur ses choix technologiques à ce moment. Comme M. Bourque a omis de mentionner ce fait, il nous apparaissait important de le souligner pour rappeler la démarche sérieuse du Port qui a mené à notre décision de ne pas investir il y a quatre ans.

Par ailleurs, nous devons rétablir certains faits : sur 56 navires en construction, 17 seront équipés de la technologie d’alimentation électrique à quai, donc 29 % des navires. Il s’agit du même nombre qui ont choisi d’installer la technologie de GNL pour la propulsion des navires. Vous pouvez donc constater qu’une tendance claire ne semble pas s’en dégager. Lorsque M. Bourque affirme que 89 % des navires pourront accueillir la technologie d’alimentation à quai, il faut faire la nuance. Le navire a été construit en laissant l’espace suffisant pour accueillir la technologie si l’armateur décide éventuellement de l’installer; il ne s’agit donc pas d’un engagement. Clairement, l’industrie n’a pas fait un choix clair sur la question. Il faut aussi rappeler que seulement 15 % de la flotte mondiale navigue sur le Saint-Laurent. En toute logique, une fraction de ces nouveaux navires est susceptible de venir à Québec.

Une alimentation à quai, il ne faut pas l’oublier, est considérée propre au Québec en raison de notre hydroélectricité, mais lorsque le tout est alimenté par le charbon comme c’est le cas dans la plupart des pays européens, le bénéfice environnemental est questionnable. C’est pourquoi l’industrie n’a pas penché massivement vers cette technologie et a fait le choix d’investir dans les filtres de type scrubbers pour le moment afin de réduire les émissions.

Évidemment, le Port de Québec continue de surveiller attentivement ce dossier et s’est engagé à revoir sa décision si l’industrie prend une tangente claire en faveur de l’alimentation à quai.

Pour une troisième année consécutive, Québec a remporté en 2018 le prix de la meilleure destination croisières — États-Unis et Canada de Cruise Critic Cruisers’ Choice Destination Award. Cela ne peut être le fruit d’une gestion «au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime». C’est plutôt le résultat d’une analyse et d’une planification concertée. 

Point de vue

Le Port de Québec est-il vraiment de bonne foi?

POINT DE VUE / Je suis une citoyenne ordinaire qui a suivi de loin le dossier des poussières rouges provenant du Port de Québec.

Un premier recours collectif sur le sujet d’un incident survenu en 2012 a été mis sur pied par deux citoyens engagés, Véronique Lalande et Louis Duchesne, militant au sein du groupe citoyen Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec. Ce recours collectif a été gagné par les citoyens des quartiers environnants du Port qui ont droit à une compensation financière.

Un second recours collectif a été entrepris pour toutes les autres émissions de poussière de toutes natures, un problème récurrent qui affecte les quartiers environnants du Port. Les audiences sur le sujet ont commencé en septembre.

Dans l’article paru dans Le Soleil du 16 septembre, intitulé «Poussières dans Limoilou : Arrimage Québec et le Port de Québec pointent le transport routier», si on prend en considération le point de vue du Port et d’Arrimage Québec expliqué dans cet article, peut-on en déduire que le Port et Arrimage Québec estiment qu’ils n’ont pas de responsabilité à l’égard des problèmes environnementaux vécus dans Limoilou? Ce qui paraît pour le moins contradictoire par rapport au résultat du premier recours collectif.

De plus, cette position semble pour le moins étrange quand on pense au projet d’agrandissement du Port qui, d’après ce qu’il a été possible de lire dans les médias, devrait amener un accroissement très important du transport routier. D’où la question posée : le Port et Arrimage Québec sont-ils de bonne foi dans leurs relations avec la société civile, sont-ils vraiment de bonne foi, tant pour le recours collectif que pour le projet d’agrandissement? J’éprouve une grande difficulté à le penser.

Point de vue

Droit à l’avortement: une victoire toujours fragile

POINT DE VUE / Trente ans après que les neuf juges de la Cour suprême du Canada eurent donné raison à Chantale Daigle qui souhaitait, à l’été 1989, avoir recours à l’avortement malgré une injonction de la Cour supérieure du Québec lui interdisant de le faire, il reste encore du travail pour faire reconnaître pleinement le droit fondamental et inconditionnel des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps.

La résurgence récente du débat sur l’avortement dans les rangs du Parti conservateur du Canada, ainsi que les affirmations aberrantes de Maxime Bernier qui se dit prêt à restreindre le droit des femmes de se faire avorter en fin de grossesse, en témoignent indéniablement. Il faudra donc demeurer vigilants tout au long de la présente campagne électorale, alors que des groupes anti-choix n’hésitent pas, à l’heure actuelle, à s’afficher publiquement aux côtés de candidats conservateurs.

Les dangers de la droite conservatrice

Ce n’est pas nouveau de voir cette polémique refaire surface à l’approche des élections fédérales. Quelques mois avant l’élection de 2008, un député d’Edmonton déposait le projet de loi privé C-484 qui visait à reconnaître un crime commis contre une femme enceinte comme une double infraction, ce qui ouvrait la voie à la reconnaissance de droits au fœtus. Fort heureusement, ce projet de loi est mort au feuilleton à la dissolution du parlement en septembre 2008. Mais ce type de projet de loi pernicieux et ces soubresauts ponctuels et récurrents nous rappellent que, chaque fois où la droite conservatrice s’approche du pouvoir ou s’en empare, les droits des femmes s’en trouvent menacés. Les difficultés qu’éprouve le chef conservateur, Andrew Scheer, à répondre si, oui ou non, il permettrait à ses député-es d’arrière-ban de présenter des projets de loi pour en limiter l’accès, témoignent de la fragilité de ce droit acquis de haute lutte par les femmes.

Cette tendance est particulièrement vraie aux États-Unis. On constate depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche que les projets de loi contre l’avortement se multiplient dans des États républicains comme l’Ohio, la Georgie et l’Alabama, où la droite religieuse est particulièrement active pour influencer la population.

Même sur le plan culturel, on assiste à des dérives inquiétantes, comme en témoigne la sortie en salle, en juillet dernier, du très controversé film Unplanned, produit et réalisé par des groupes chrétiens américains. Ce film, qui présente l’avortement comme un acte de cruauté, sous-tend que les droits du fœtus doivent primer sur ceux de la femme qui le porte. Il s’agit là d’une autre stratégie pour diffuser la position anti-choix, mais cette fois par le biais de la fiction.

Soirée de commémoration le 19 septembre prochain

Même si le droit à l’avortement fait généralement consensus au Québec, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore des problèmes d’accessibilité pour exercer ce droit partout sur le territoire. Dans un tel contexte, il importe de rappeler la victoire de Chantale Daigle et de poursuivre la lutte pour défendre le respect de nos droits les plus fondamentaux, dont celui de pouvoir disposer de notre corps en toute liberté et en toutes circonstances, et ce, indépendamment de la conjoncture politique.

Le droit à l’avortement incarne un profond respect pour les choix déchirants que les femmes doivent parfois faire.

Une soirée de commémoration est d’ailleurs organisée par la Fédération du Québec pour le planning des naissances le jeudi 19 septembre prochain au Lion d’Or, à Montréal, pour célébrer les 30 ans de la victoire de Chantale Daigle pour le respect des droits reproductifs. Cet événement, qui se tiendra à un mois de l’élection fédérale, sera aussi un exercice de pédagogie envers nos concitoyennes, notamment les plus jeunes, pour rappeler que ni État, ni pape, ni juge, ni médecin, ni conjoint ne doit avoir le contrôle sur le corps des femmes!

Point de vue

M. Trudeau et le je-m’en-foutisme éthique

POINT DE VUE / L’époque actuelle semble dévouée tous azimuts à l’éthique. Éthique de l’environnement, éthique animale, bioéthique par-ci, éthique des affaires par-là, quel organisme n’a pas son code d’éthique? Il y a même dans les parlements des commissaires à l’éthique.

Mais la fibre éthique est-elle si vivante qu’on le croit, avons-nous vraiment le souci éthique d’une vie bonne avec les autres ou choisissons-nous d’avancer dans «le grand élan vers le pire» (Cioran)? L’exemple désolant d’un chevalier blanc, d’un chantre urbi et orbi des valeurs morales, semble malheureusement illustrer un mouvement de je-m’en-foutisme éthique. Je parle du chef du Parti libéral, Justin Trudeau.

Interrogé au premier jour de sa campagne électorale sur la révélation du Globe and Mail qui titre que le bureau du PM a bloqué la GRC dans ses efforts pour faire la lumière sur l’affaire SNC-Lavalin et les entraves à la justice, le chef Trudeau a répondu qu’il se soumettait à l’autorité du greffier comme gardien du secret du Conseil privé. Or, contrairement à la prétention du chef libéral, le greffier agit sous la recommandation du premier ministre. Celui-ci peut donc lever le secret du cabinet en sa totalité. Au chef libéral qui se trompe d’époque et agite encore le spectre Harper dans ses rassemblements, nous pourrions nous aussi rappeler le passé et évoquer le scandale des commandites, où les procureurs avaient entendu tous les témoins et avaient eu un accès très large aux documents du cabinet. M. Trudeau pratique-t-il la restriction mentale ou a-t-il peur de connaître le sort de Paul Martin?

Mais, à charge pour le chef libéral, il y a plus que la restriction mentale en cause. D’après le rapport accablant du commissaire à l’éthique Mario Dion, M. Trudeau aurait, par des «manœuvres troublantes», contrevenu à l’article 9 de la loi sur les conflits d’intérêts dans cette affaire (HuffingtonPost). Les éléments de preuve du commissaire l’amènent à conclure que les gestes posés par le bureau de M. Trudeau étaient «irréguliers» et auraient favorisé les intérêts économiques de SNC-Lavalin. M. Trudeau se serait servi de sa position d’autorité pour tenter d’influencer l’ex-ministre de la Justice et procureure générale du Canada, qu’il discréditait et instrumentalisait par le fait même.

Le pire, c’est que sur le fond, Justin Trudeau se justifie au nom de l’intérêt général et de la sauvegarde des emplois. Sur le plan de l’éthique, on ne peut justifier une violation de la loi et de la primauté du droit par le souci de la préservation d’emplois : une noble fin ne peut jamais justifier des moyens condamnables. 

Selon l’éthique kantienne, il est immoral d’utiliser une autre personne comme simple moyen pour une fin, et autrui doit, en toutes circonstances, être considéré avec respect comme une fin en soi. Et qu’on ne vienne pas plaider à la défense de M. Trudeau l’utilitarisme ambiant, le pur calcul coût-bénéfice en vue de l’intérêt général qui réduit la personne humaine à un simple support d’utilités. Le critère de l’utilité ne peut être accepté comme éthique publique d’une démocratie (John Rawls). Signe que le je-m’en-foutisme éthique se généralise, moult chroniqueurs politiques croient même que l’affaire SNC-Lavalin sera vite oubliée par les électeurs québécois. Étonnant, alors que la désinvolture de Trudeau a déjà été l’objet d’un blâme sévère par un autre commissaire à l’éthique en 2017 (les vacances des Fêtes 2016 qu’il a passées à l’île privée de son vieil ami milliardaire, l’Aga Khan, dont la fondation a reçu 310 millions du gouvernement fédéral depuis 2004). Devant des journalistes, le vacancier avait alors balbutié qu’à l’époque, ce n’était pas un problème. La répétition d’un conflit d’intérêts avant la «première», plus récente, d’un affligeant théâtre.

Sidérant! Et dire que le Québec pourrait même donner une majorité au chef libéral. Choisir d’avancer, vraiment?

Point de vue

Le 18 septembre, je lis la science!

POINT DE VUE / À quelques jours de la venue de l’inspirante Greta Thunberg, sous le slogan «Unite behind the science», et de la grève pour le climat, la troisième Journée nationale Je lis la science, ce mercredi 18 septembre, est plus pertinente que jamais.

Ce jour-là, les enseignants du primaire et du secondaire sont invités à consacrer une période à des lectures en science : livre documentaire, magazine, roman de science-fiction, biographie, BD. Les jeunes et les adultes peuvent aussi y participer individuellement : jelislascience.com.

Pourquoi lire la science? Pour mieux saisir tous les enjeux liés à la crise climatique et aux décisions collectives et individuelles que nous devons prendre pour tenter d’en limiter les dégâts. Pour être mieux informés afin de faire des choix éclairés en transport, nourriture, loisirs, énergie… et lors des élections! Pour contrer la désinformation et les fake news, et conserver la démocratie en santé.

Lire la science, c’est aussi pour découvrir la nature et s’étonner de la complexité et de la beauté du monde. C’est pour redevenir des enfants «curieux de nature», pour reprendre le slogan du magazine jeunesse Les Explorateurs.

Le 18 septembre et après, lisons la science dans les nombreux livres, magazines, journaux et sites web de qualité pour devenir, comme nous le répète depuis 40 ans le grand vulgarisateur scientifique et écologiste canadien David Suzuki, des citoyennes et citoyens «scientifiquement lettrés».

Je lis la science est appuyée par de nombreux partenaires du monde de la science, de l’éducation, de la culture et des médias. L’an dernier, 37 000 personnes (dont 1100 classes) ont participé à la Journée et à son concours. Y serez-vous cette année?

Point de vue

Défi sans auto: la ville qui fait peur

POINT DE VUE / J’ai répondu à l’appel. Je participerai au Défi sans auto solo cette semaine. En fait, ce défi, je le relève déjà tous les jours pour aller travailler. Je marche environ 45 minutes l’aller, 45 minutes le retour. Et c’est effectivement tout un défi !

C’est que, je le constate et je l’expérimente tous les jours, c’est très risqué à Québec de marcher pour aller travailler. À chacun de mes trajets, je suis habité par la peur : celle d’y laisser ma peau. Et cette peur est loin d’être irréelle. Encore récemment, deux femmes sont mortes, happées par des véhicules, alors qu’elles…marchaient (!). L’une sur le chemin Sainte-Foy, l’autre sur la rue Dalhousie. Triste, épouvantable, mais surtout révoltant. Ce n’est rien pour calmer ma peur en tant que piéton, bien au contraire. J’ai peur, donc. En fait, la Ville de Québec me fait peur. Pourquoi ? Eh bien d’abord parce que les aménagements, pour le transport actif, font franchement défaut sinon ils sont inexistants. 

Ensuite, parce qu’il y a de la violence. Oui, oui. N’ayons pas peur des mots. Il y a, à Québec, de la violence automobile et de la violence automobiliste. La violence automobile, c’est celle structurelle. Celle d’un aménagement du tout-à-l’automobile. Celle d’un aménagement qui, encore, permet à des camions de type « poids lourd » de longer un trottoir voire d’y embarquer. La violence automobiliste, elle, c’est celle qui est individuelle. Celle de certains citoyens qui lorsqu’ils sont au volant ont des comportements dangereux, entre autres parce qu’ils se perçoivent «roi et maître» (clin d’œil aux propos du maire de Lévis). Faut voir ces violences comme étant liées. 

Le tout-à-l’automobile, qui relève d’un choix politique rappelons-le, ouvre la voie – excusez-le ! – à des dérives, à des comportements dangereux. L’individu-automobiliste, on le sait, est une cible de choix pour les partis politiques. Eh bien, c’est ce qui fait que dans l’aménagement de la Ville, on priorise alors certains groupes (les automobilistes) aux dépens d’autres (les piétons). 

La Ville qui fait peur, c’est la Ville du statu quo. Celle qui n’est pas prête à mettre en œuvre les transformations qui s’imposent, qui sont nécessaires à la sécurité des plus vulnérables de la route. La Ville qui fait peur, c’est son maire qui fait ce commentaire à la suite de la mort d’une piétonne : «Quand un camion comme ça embarque sur le trottoir, il n’y a pas de plan d’action, il n’y a pas de politiques qui peuvent empêcher ça. Les erreurs humaines on [ne] peut rien y faire ». Avec toute cette violence, c’est donc dire combien la Ville me fait peur. 

Mais, oui je relèverai quand même le Défi sans auto solo cette semaine, un défi que je relève d’ailleurs tous les jours. Toutefois, rappelons-le, c’est un défi qui met ma vie en danger. Je continuerai quand même de marcher, d’être hyper-vigilant (pas le choix!), de « bien regarder des deux côtés de la rue avant de traverser » (entendez la critique et le sarcasme), d’espérer les transformations nécessaires, etc. Bref, je ferai tout cela, en espérant que ce ne soit pas mon tour, la prochaine fois, d’être victime de cette « erreur humaine » – celle de qui exactement ? – dont parle le maire de cette Ville qui me fait peur.

Point de vue

La valeur publicitaire des médias

POINT DE VUE / J’étais là quand ça s’est produit. C’était comme un virus. Un truc incompréhensible qui se répandait à une vitesse ahurissante et s’abattait sur la presse écrite.

De 2002 à 2012, j’occupais le poste de rédacteur en chef de l’hebdo culturel Voir à Québec. Pendant les premières années, nous connaissions encore de la croissance, puis la stabilité. Mais à partir de 2008, les choses se sont mises à changer de manière radicale.

Subitement, les agences de placement publicitaire nationales ont cessé de recommander à leurs clients d’annoncer chez nous. Notre tirage était pourtant inchangé (il était vérifié par une agence indépendante). Et nous avions opéré le virage numérique très tôt, proposant aux annonceurs des espaces en ligne, où se trouvaient également nos contenus : ils y étaient aussi gratuits que sur le papier. Le réseau de Voir comprenait 6 hebdos francophones, 2 anglophones. En l’espace de deux ans, l’édition de Québec avait été réduite de moitié, passant d’une moyenne d’environ 44 pages à 28. Montréal et les autres régions subissaient un sort analogue.

En 2012, on supprimait tous les postes de rédacteurs en chef pour ne conserver que celui de Montréal. Je devenais chômeur.

Mais ce n’est pas mon récit personnel qui importe ici. Ni même, à la limite, le sort des journalistes. Ce qui m’effraie, c’est la fin d’un discours d’ici sur ce qui se trame chez nous. L’argent n’est plus là pour payer celles et ceux qui nous expliquent le monde et traquent les filous, coquins et bonimenteurs. Il est dans les AdWords, sur Facebook, dans la gestion de communautés.

Et j’y participe. Nous produisons, à La Flèche, des contenus destinés au domaine du numérique et nous aidons des entreprises à trouver leur voix pour mieux s’extraire du bruit blanc qu’est devenu le monde des communications. Mais nous croyons aussi qu’un sain plan de diffusion devrait inclure les médias traditionnels. Pas par pitié. Pas seulement pour sauver les voix d’ici. Mais parce qu’on y trouve des lecteurs et des lectrices.

Combien votre compagnie investit-elle dans la création et le maintien de communautés en ligne? Le risque est pourtant immense de voir les plateformes où vous les construisez restreindre l’accès à tous ces gens et anéantir vos investissements, ou de vous forcer, comme le fait Facebook, à sans cesse augmenter les sommes à débourser pour rejoindre votre public. Pendant ce temps, des communautés de lecteurs déjà formées existent et n’attendent que d’être sollicitées. Elles sont dans les médias.

Alors, pourquoi ne pas les réinvestir ?

Non, les journaux ne promettent pas de mesurer l’impact de chaque geste publicitaire de manière aussi scrupuleuse. C’est vrai. Mais il ne faut pas non plus se laisser leurrer par l’effarante quantité de données des géants du Web, qui sont parfois trompeuses, voire carrément inutiles.

Les quotidiens ont plus de lecteurs qu’avant. Oui, plusieurs médias sont sans doute en partie responsables du sort qu’ils connaissent; les structures rigides de certaines organisations, le manque de créativité publicitaire et la réticence à investir dans les outils du numérique pour mieux cibler les lecteurs n’ont pas aidé.

Mais parmi nos clients, nous comptons quelques-uns de ces médias traditionnels qui ont su prendre le virage. Ils proposent une crédibilité, un environnement, du trafic. Et ils disposent aussi d’outils pour jauger la performance des campagnes qui y sont faites. Nous les aidons à créer des contenus sur mesure, qui ont de la valeur aux yeux de leurs auditoires. Et ça marche.

Résumons. Au-delà du danger que la disparition de la presse locale fait planer sur la santé de nos démocraties, ou de notre devoir de citoyen corporatif de mieux soutenir les médias, bouder ces plateformes est une erreur stratégique qui prive une entreprise d’un public de qualité.

NOTE : Ce texte a été publié dans l’Infolettre de La Flèche. Les journaux du Groupe Capitales Médias ne sont pas des clients de La Flèche. 

Point de vue

Le vrai visage du maire Lehouillier

POINT DE VUE / Courroucé par les multiples oppositions au projet de troisième lien dans l’est, le maire Lehouillier a récemment déclaré à propos de celui-ci : «Les automobiles sont roi et maître.» Sous d’autres cieux, on réclamerait sa démission pour une déclaration aussi irresponsable. Mais déjà, depuis son rejet fracassant de l’ancien projet de trambus du maire Labeaume, on se doutait bien que le maire de Lévis ne voyait pas le transport en commun comme une solution à la congestion.

Maintenant, le chat est sorti du sac: le projet de troisième lien à l’est, dont il se fait le porte-étendard, n’a pas pour but de régler l’engorgement des ponts, mais bien de plaire à la majorité de ses citoyens qui n’ont pas à les emprunter quotidiennement. Comment pouvait-il en être autrement, puisque les études du ministère des Transports révèlent que la vaste majorité de la circulation de transit sur les ponts provient de travailleurs résidant dans l’ouest des deux rives ?

Le maire Lehouillier a d’ailleurs pris soin de préciser que le troisième lien constituait un «enjeu national», question de bien faire comprendre à ses citoyens qu’ils n’auraient pas un seul sou à débourser. Mais le plus navrant dans cette histoire, c’est que le gouvernement se prête au jeu du maire Lehouillier, quitte à investir des milliards de dollars dans un projet qui ne règlerait qu’à la marge la congestion sur les ponts. Pire encore, on déferait d’une main ce que l’autre main est en train de bâtir à coup de milliards de dollars. 

En effet, le futur réseau de transport de la Capitale, qui a été élaboré par des ingénieurs et des experts en urbanisme, repose sur le constat que le transport collectif est la solution pour une mobilité durable. Or, de l’avis de ces experts, un troisième lien à la pointe de l’Île d’Orléans servirait essentiellement à la circulation automobile et ne ferait qu’accroître l’étalement urbain. Et l’on ose nous présenter des croquis de ce troisième lien doté d’un tramway, alors que celui-ci ne desservira même pas le secteur de Beauport! 

En ces temps de crise environnementale planétaire, on est en droit de douter fortement de la légitimité d’un tel projet; un projet autrement plus sensé et cohérent serait un tramway sous-fluvial qui relierait le centre et l’ouest de Lévis au réseau de transport de la Capitale. L’intérêt public exige que l’on fasse fi du discours démagogique du maire Lehouillier.

Point de vue

Les services de garde en milieu scolaire lourdement affectés par la pénurie de main-d’œuvre

POINT DE VUE / La pénurie de main-d’œuvre qui touche le personnel enseignant fut sans contredit le sujet de cette rentrée scolaire. Y aura-t-il un enseignant dans la classe? Voilà la question bien angoissante que plusieurs se sont posée. Or, il faut savoir que les services de garde en milieu scolaire sont aux prises avec la même situation.

Il convient de tirer la sonnette d’alarme, car la pénurie de personnel menace de façon bien particulière la qualité et l’accessibilité à ces services essentiels pour plus de 60% des élèves québécois.

Des horaires peu attrayants

D’abord, la source du problème. Outre le manque flagrant de valorisation de cette profession dans la société, les horaires proposés rendent les postes en garde scolaire bien peu attrayants. Qui souhaite travailler sur des horaires brisés, à raison de deux ou trois heures par jour, s’échelonnant du matin au soir? Ces conditions rendent déjà le recrutement difficile en temps «normal». Dans le contexte actuel de pénurie, cela devient carrément impossible pour plusieurs milieux.

Un encadrement règlementaire désuet

Par ailleurs, il y a l’encadrement légal du fonctionnement des services de garde qui est à repenser. Rappelons que la règlementation actuellement en vigueur n’a pas été revue depuis 1998 et ne reflète plus la réalité d’aujourd’hui.

En effet, en plus de ne pas préciser clairement le rôle éducatif de la garde scolaire, il reste muet sur l’obligation d’offrir le service à tous les parents qui en font la demande. Au mieux, la Loi sur l’instruction publique indique que la commission scolaire doit mettre en place un service de garde si les parents en font la demande, mais rien n’indique que l’élève a droit au service de garde comme c’est le cas pour les services d’enseignement.

Cette règlementation est de toute évidence insuffisante pour garantir l’accès à un service de qualité à tous les élèves. Actuellement, plusieurs services de garde scolaire peinent à rencontrer le ratio (pourtant prescrit dans le règlement) d’une éducatrice ou d’un éducateur pour vingt élèves en raison du manque de personnel. Certains ont même dû refuser des inscriptions, faute de pouvoir assurer la présence de personnel éducateur en nombre suffisant et d’assurer la sécurité des élèves. Doit-on craindre le retour de la clé au cou?

Repenser la garde scolaire

Une grande partie des difficultés que connait la garde scolaire actuellement tient au fait que le rôle qu’elle joue aujourd’hui est à des années lumières de celui pour lequel elle a été créée, il y a une trentaine d’années. Ce qui était à la base essentiellement un outil de conciliation famille-travail est devenu un rouage important du continuum de services qui accompagne les élèves dans leur réussite, au même titre que les CPE, l’école, les organismes communautaires famille, les organisations de loisir municipales, etc. Bien plus que de la simple «garde», les services offerts visent divers objectifs liés au développement global des enfants: socialisation, habiletés cognitives et motrices, stratégies d’apprentissage par le jeu, etc. La garde scolaire est fréquentée par plus de 60% des élèves, qui y passent souvent un nombre d’heure presque équivalent à celui passé en classe.

Il est important d’ajouter que le personnel œuvrant en service de garde scolaire détient une formation spécifique à la profession. Il développe des liens privilégiés avec l’élève en raison de la constance de sa relation avec lui tout au long du parcours scolaire, ce qui facilite les transitions et l’adaptation. Il est également un point de contact quotidien avec les parents. Il travaille en étroite collaboration avec les autres services de l’école.

Le milieu scolaire est actuellement en période de transformation. Il faut absolument saisir cette opportunité pour repenser la garde scolaire non plus comme un lieu de transition où les élèves sont en attente que les parents viennent les chercher, mais bien comme un service de l’école à part entière, qui contribue pleinement au projet éducatif et à la réussite des élèves. Cette transformation reste la voie à suivre pour revaloriser cette profession, rendre les carrières en garde scolaire attrayantes, soutenir le recrutement du personnel et assurer l’accès à un service de qualité à tous les élèves qui en ont besoin.

Réjeanne Brodeur est présidente et Diane Miron est directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire

Point de vue

Vivre et mourir dans la dignité, un droit fondamental pour tous

POINT DE VUE / La juge Christine Baudoin vient élargir l’accès à l’aide médicale à mourir (par le biais de l’assistance d’une autre personne) en déclarant invalides les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale jugés trop restrictifs et discriminatoires. Et pour cause. Jusqu’à ce jour, pour obtenir le droit à cette aide médicale, le patient doit faire la preuve de sa «mort imminente, et naturelle» ou qu’il est «en fin de vie». Selon la juge, ces exigences portent atteinte aux droits fondamentaux des personnes. Et chapeau bas aux Québécois Nicole Gladu et Jean Truchon, atteints de maladies dégénératives incurables qui se sont battus pour que soit respecté leur droit, au grand bénéfice de toute la société.

Mais encore! Tel que déjà présenté par Michel Lévesque, alors étudiant en droit, dans une des Revues juridiques de l’Université Laval, la notion d’aide médicale à mourir est intimement liée à celles du suicide assisté, de l’euthanasie et du meurtre par compassion, lesquelles notions divisent encore la société. Qui plus est, l’interdiction de l’aide médicale à mourir privilégie d’abord l’intérêt de l’État à préserver le caractère sacré de la vie... Alors que l’intérêt des personnes passe davantage par la préservation de leur dignité humaine, un droit fondamental.

Un réel débat de société s’il en est. Un débat qui perdure, notamment depuis les affaires Latimer, Rodriguez et Astaforoff. Et ce, malgré l’ouverture légale et combien rarissime et difficile de recourir à l’exemption constitutionnelle (possibilité de se soustraire aux contraintes juridiques). Selon Véronique Hivon, marraine de la Loi sur l’aide médicale à mourir, la majorité de la population québécoise serait favorable à cette aide, et par ricochet, à la décriminalisation de l’acte prohibé par nos gouvernements. Ces derniers, au lieu d’encourager les tiraillements entre les professionnels de la santé, les juristes et la population ne devraient-ils pas, plutôt, s’investir davantage dans la recherche et la mise en place de mesures de soutien et d’un accompagnement, à court, moyen ou long termes, qui soit médical, sécuritaire, de réconfort, de compassion, d’éthique et de respect de la liberté de choix pour chaque personne concernée ou leurs proches aidants? Par conséquent, et à juste titre, la députée invite nos gouvernements à soutenir la volonté sociale et à ne pas porter en appel le jugement rendu par la juge Baudoin. Applaudissements Mme la députée!

C’est une question de droit fondamental: vivre et mourir dans la dignité pour tout le monde.

Point de vue

Transformation des commissions scolaires: la nécessaire consultation du personnel de soutien

POINT DE VUE / L’intention du gouvernement d’abolir les élections scolaires et de transformer les commissions scolaires en centres de services suscite beaucoup de questionnements et d’inquiétudes, bien légitimes, chez le personnel de soutien dans les commissions scolaires. Au cœur du fonctionnement des commissions scolaires, ces travailleuses et travailleurs — qui œuvrent souvent dans l’ombre — connaissent tous les rouages qui assurent le déroulement des activités quotidiennes des écoles et des centres.

Le personnel de soutien (administratif, en adaptation scolaire, en service de garde, en entretien, les ouvriers, etc.) jongle chaque jour avec les multiples exigences du système actuellement en place. Certes, il y a matière à amélioration, mais nous appelons à la prudence avant d’implanter trop rapidement et trop radicalement une série de mesures qui pourrait mener à un bourbier administratif dans le cadre de son implantation. Premier au front, le personnel de soutien est à même de prévoir les effets des changements préconisés. À ce titre, nous réitérons au gouvernement notre demande de consulter les travailleuses et travailleurs qui sont «au cœur de la machine», car au bout du compte, ce sont les élèves qui subiraient les impacts de changements mal planifiés.

Surcharge de travail et dévalorisation de leur rôle sont trop souvent le lot du personnel de soutien dans les commissions scolaires. Inévitablement, les effets négatifs qui en découlent se répercutent chez les élèves et les parents.

Démocratie scolaire

L’abolition des élections scolaires priverait la population, tant anglophone que francophone, d’un important palier démocratique. Bien que des lacunes soient identifiées, par exemple concernant le taux de participation aux élections, aucune réforme, aucun changement n’ont été tentés pour améliorer la situation.

Des acteurs nombreux et importants

Une réforme réussie passe par les personnes qui œuvrent sur le terrain, au quotidien. La FEESP–CSN représente la majorité des employés-es de soutien, soit plus de 30 000 travailleuses et travailleurs dans les commissions scolaires, et ce, partout au Québec. Leurs connaissances sont grandes, pertinentes et les décisions qu’ils prennent mettent toujours en priorité le bien-être et les services aux élèves.

Grâce à elles et à eux, les enseignantes et enseignants peuvent enseigner et les enfants peuvent apprendre.

Point de vue

Les appuis au Soleil continuent à affluer

Notre campagne de contribution à la survie des quotidiens locaux continue de donner de bons résultats. Près de 1300 lecteurs de nos plateformes numériques, et ce dans toutes les régions de Groupe Capitales Médias, ont fait le choix de devenir membres ou ambassadeurs, conscients que l’information n’a rien de gratuit. En début de semaine, nous leur avons demandé de nous expliquer les motifs de leur engagement. Voici quelques-unes de ces réponses ainsi que d’autres messages d’appuis reçus au cours des derniers jours. Merci! #lesoleilcontinue

Je suis membre ambassadeur pour résister à la concentration médiatique, à l’impersonnalisation des nouvelles par les géants d’Internet qui se sont attirés les revenus des médias existants. La démocratie est par ricochet menacée par le populisme des réseaux sociaux qui devient avec le temps une entité à combattre. On ne peut se permettre de perdre nos médias régionaux et se retrouver avec uniquement des fournisseurs de nouvelles. Les journalistes ont une réputation locale et sont reconnus par leur milieu. C’est ce qui fait a valeur de leur information. On va perdre tout ça si on laisse faire.
Pierre Charbonneau

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Je voulais simplement faire ma part afin de conserver mon journal électronique que je lis à tous les jours sur ma tablette. Merci pour les excellents reportages et les chroniques de qualités.
Charles Innes

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Comme beaucoup de vos lecteurs, j’ai grandi avec la chance de pouvoir lire Le Soleil tous les jours. Bien que ma famille n’était pas riche, ma mère n’aurait jamais envisagé de devoir couper cette source d’information et de divertissement. Que je sois ici dans ma région ou à l’extérieur pour quelques mois, Le Soleil est mon cordon ombilical qui me nourrit de l’information pertinente qui m’aide à faire des choix et qui me renseigne et me divertit. Longue vie à mon Soleil.
Hélène Mathieu

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Je trouve le travail de journaliste important. Il est important d’avoir une presse objective et bien documentée. J’aime les histoires inspirantes et les prises de conscience de Mylène Moisan. J’aime mieux lire les dossiers fouillés des journalistes de la presse écrite que d’écouter les mêmes nouvelles aux 15 minutes à la télé. J’aime lire les billets des chroniqueurs de partout en région. Merci de continuer.
Gilles Labrecque

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Je veux être libre de me faire une opinion; pas de journalisme, pas de liberté d’opinion. Il y en a des exemples partout dans le monde.
Dany Bégin

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La consultation de mon journal est devenue au fil des ans une sorte de rituel incontournable. Lorsque la matinée ne me permet pas de le faire, je me reprends en fin de journée. La facture d’un quotidien comme Le Soleil est difficile à reproduire dans des formats électroniques. En plus, de l’information factuelle, on y retrouve des chroniqueurs, des opinions et, bien sûr. Mes pages préférées : bd et jeux ! L’idée d’une convergence avec d’autres médias écrits et électroniques est assurément à considérer. Je pense cela inévitable mais, de grâce, essayez de garder d’une façon ou d’une autre un format papier.
Gaston Fortier

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Je pense que la recherche de diverses façon de financer les médias est louable mais je crois surtout que les textes produits par des journalistes professionnels accrédités (un statu qui devrait être clarifié) devraient être protégé par un règlement sur les droits d’auteurs afin que les GAFAM de ce monde finissent par payer pour les infos qu’ils utilisent et véhiculent sur leurs sites.
Robert Houle

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Je suis un lecteur assidu du journal Le Soleil depuis quelques décennies. J’y ai toujours apprécié les nouvelles de Québec et plusieurs chroniques dont celles de Gilbert Lavoie. Abonné à la version papier les fins de semaine, je suis passé à la version sur iPad dès qu’elle est devenue disponible. Je lis d’abord le journal Le Soleil chaque matin pour passer aux autres par la suite. J’aime beaucoup la qualité de l’information qui y est contenue, en particulier les nouvelles locales de Québec et des autres régions. J’aime beaucoup aussi les chroniques, en particulier celles signées par des chroniqueurs provenant des régions plutôt que de Montréal.  
Jean-Yves Simard

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D’abord, je trouve important pour la démocratie et pour le développement de l’esprit critique d’avoir accès non seulement à de l’information crédible mais également aux analyses que nous procurent les journalistes et chroniqueurs de nos quotidiens. Si les journaux « nationaux » comme Le Globe and Mail, Le Devoir auxquels je suis abonnée ainsi que La Presse + me donnent accès à de l’information de qualité sur les grands enjeux du pays, les journaux locaux nous permettent de prendre le pouls de notre communauté. Bien que Montréalaise d’adoption, je suis née à Trois-Rivières et ai vécu quelques années en Outaouais et je m’intéresse toujours à ce qui se passe là-bas
Danielle Vincent 

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Tous les jours je consulte deux médias pour l’information locale et régionale. Je crois indispensable la lumière que nous apporte une information provenant de journalistes professionnels.  Les fausses nouvelles sont une menace pour notre démocratie. C’est la raison pour laquelle nous devons absolument supporter nos médias pour leur survie.
Marie Gosselin

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Si je suis devenu membre de Groupe Capitales Médias, c’est que je crois que les médias ne doivent pas tous être concentrés dans la région de Montréal. Dans cette éventualité, les nouvelles qui concernent la région de Québec et les autres régions desservies par Capitales Médias, n’auront plus autant d’importance et seront relayées dans des articles en bas de page et noyées dans des nouvelles strictement montréalaises qui ne préoccupent pas nécessairement les gens des régions. Également, il est important d’avoir une diversité de points de vue même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec ceux-ci.
François Bundock

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Il faut que Le Soleil continue! Cela fait 30 ans que j’y suis abonné après avoir toujours vu mes parents le lire tous les matins dès leur réveil!C’est une tradition dont je ne pourrais me passer. Je souhaite une longue vie au Soleil et tout mon respect aux artisans qui y contribuent!
Paule Bilodeau

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J’ai quitté la région de Québec pour travailler en Outaouais il y a 40 ans mais encore aujourd’hui je lirai  Le Soleil qui continue de me garder bien informé sur la vie économique, culturelle, sociale et politique de mon milieu d’origine où vivent plusieurs membres de ma famille. Ce lien est très important pour moi.
Denis Carrier

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Un mot pour vous dire que je suis un lecteur du soleil en version papier quand je suis au Québec (j’ai une résidence secondaire à Château-Richer) ou en consultant les titres de l’actualité du Québec quand je suis en Suisse. J’apprécie le Soleil et vous accorde volontiers mon soutien (avec un modeste don que je ferai très vite). Je vous souhaite un grand succès dans vos démarches et dans l’immédiat une très bonne journée
Daniel Rossellat

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La survie passe par la modernisation. Élimination de la version papier et de sa distribution. Consolidation des versions numériques en une seule d’un format convivial et accessible sur tout appareil, genre MSN. Et pourquoi pas une propriété plus large, voir publique, ou encore coopérative d’employés, lecteurs, fournisseurs et autres. Je rajouterai que rien ne devrait être gratuit. Il ne m’en coûte qu’un peu plus de 10$ par mois pour lire Le Soleil sur mon ordi. C’est pas cher. Il devrait y avoir un frais pour toute version, surtout unifiée.
Dany Bégin

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Je trouve tellement triste que Le Soleil soit actuellement en situation difficile. Pour moi, Le Soleil est le journal qui fait briller les régions sur la grande place avec de grands standards journalistiques. Quel dommage ce serait!
Gabrielle Dion,

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Vous faites un magnifique travail! Beaucoup de rigueur et de professionnalisme bien visibles dans vos articles! Courage et longue vie au Soleil!
Isabelle Michaud

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Notre information journalistique à Québec, c’est Le Soleil. Mon conjoint et moi sommes abonnés depuis le début de notre mariage, soit près de 53 ans. C’est la première année que j’annule le journal pendant l’été, ma présence à l’hôpital pour cause de maladie de mon conjoint. J’ai gardé la publication samedi-dimanche. C’est un grand coup au coeur que d’apprendre les difficultés du Groupe Capitales Médias. Quand on sait que l’information réfléchie amène la personne (entre autres les jeunes) à s’éduquer, à réfléchir sur ce qui est bon pour soi et pour notre société, on doit mettre tous nos efforts pour conserver nos journaux pour conserver notre autonomie et protéger notre démocratie tant recherchée par d’autres peuples. J’ai 75 ans et je suis inquiète pour la suite. Merci à l’équipe! Soyeux courageux et on ne vous lâche pas!
Nicole Côté

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J’ai été camelot pour le Soleil pendant de nombreuses années, il se livrait alors l’après-midi et pas le dimanche! Nous avons été abonnés au journal papier pendant des décennies et je continue de le lire dans son format électronique aujourd’hui. Le Soleil est pour moi indissociable de la vie de Québec et de sa région! Perdre Le Soleil serait comme perdre un phare unique et nécessaire.
Julie Cantin

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J’appuie la continuité du Soleil. C’est important d’avoir un journal qui nous parle des évènements de la ville de Québec et de ses environs.
Hélène Bolduc

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Depuis que je suis toute petite, il y a toujours eu Le Soleil à la maison. Mes parents étaient abonnés. Je lisais les bandes dessinées avant mes grands frères si possible. J’ai été abonnée au journal Le Droit quand j’ai vécu dans l’Outaouais. De retour à Québec, j’ai suivi l’exemple de mes parents et je me suis abonnée au Soleil. J’y suis abonnée depuis plus de 30 ans. Mes parents ont été abonnés jusqu’à leur décès.  Aujourd’hui, pour des raisons pratiques je suis abonnée à la version électronique du Soleil et je vais sur l’application faire les mots croisés à l’occasion. Même en voyage, je peux lire mon journal préféré. Comme le dit André-Philippe Côté, je veux voir Le Soleil briller encore longtemps dans mes journées.

Merci à vous tous pour votre excellent travail.
Anne Légaré

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Dès que j’ai appris à lire, au début des années 60, je suis devenu un lecteur du Soleil, dans ma ville de Québec natale. J’ai suivi la guerre du Vietnam, la révolution tranquille, le concile Vatican 2, les assassinats de Martin Luther King et des frères Kennedy etc, en lisant Le Soleil au retour de l’école, avant le souper. Le vénérable quotidien m’a fait découvrir le monde, rien de moins. La crise qu’il traverse me chagrine profondément. Je lui souhaite, de tout cœur, de survivre aux présents bouleversements.
Gilles Masse

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Quelques mots pour dire combien la lecture du site internet du Soleil nous permet de suivre et mieux connaître toute la diversité de la société et de la vie quotidienne des québécois. Merci et tous nos voeux de rebond aux équipes 

Charles-Henri Russon

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Je ne suis même pas de la région de Québec, je suis de Mont-Laurier dans les Laurentides, mais je lis le Soleil tous les jours. Il ne devrait pas fermé.
André Desnoyers


Point de vue

Projet de l’îlot McWilliam: chercher l’erreur

POINT DE VUE / Le projet immobilier du 8, rue McWilliam, fait couler de l’encre depuis un certain temps dans les pages du Soleil. L’article proposé par le propriétaire et promoteur, Jean-Philippe Pagé, le 11 septembre 2019, est le dernier en lice. Je n’ai personnellement aucun intérêt dans ce projet, mis à part que je travaille dans le Vieux-Québec depuis 26 ans et que j’ai à cœur, en tant qu’architecte, professeur et directeur d’école d’architecture, le développement harmonieux de nos milieux de vie, particulièrement ceux de la ville de Québec. Je ne connais ni le promoteur ni les voisins du projet. Je n’ai rien à perdre ou à gagner à le commenter.

Il m’est toutefois apparu nécessaire de remettre les pendules à l’heure car, à mon avis, des arguments d’inégale valeur se mêlent depuis un certain temps au sujet de ce projet. Certains cherchent apparemment des erreurs là où il n’y en a pas vraiment. J’abonde dans le sens de Jean-Philippe Pagé et de Serge Viau : ce projet est bien intégré à son milieu, d’une échelle adéquate et doté de plusieurs caractéristiques qu’il partage avec son environnement immédiat. Surtout, il est normal que l’insipide stationnement qui occupe ce site depuis trop longtemps — une erreur — soit remplacé par une construction bien alignée sur rue et d’un gabarit comparable, sinon légèrement supérieur à celui de ses voisins. Faut-il rappeler que le surhaussement progressif des quartiers centraux est un processus normal de leur évolution ? S’il fallait toujours construire à la même hauteur que ses voisins, nous en serions encore à construire de petites maisons d’un étage et demi dans tous les quartiers centraux de Québec, ce qui n’aurait évidemment aucun sens. Ce qu’il faut gérer, ce sont les écarts trop importants qui font saillie dans les tissus sériels. Ce n’est pas le cas ici.

Il ne fait pas de doute, selon moi, que si ce projet se concrétise comme on le voit sur les images rendues publiques, il participera de manière positive à bonifier le secteur, tant au plan urbain que social. On peut bien lui trouver quelques faiblesses sujettes à débat, mais il est à parier que les arguments invoqués se révèlent la plupart du temps spontanés et non documentés, comme autant d’expression de préférences subjectives, non pas fondée sur l’indispensable connaissance de principes éprouvés ou d’exemples de ce qui se fait de mieux ailleurs en matière d’intégration architecturale en milieux patrimoniaux. Cela, sans parler des intérêts qui, bien sûr, biaisent le regard et le propos de plusieurs, quand bien même serait-ce sous une apparence de rigueur. Je saisis mal comment on peut s’opposer à un tel projet, qui ne passera sans doute pas à l’histoire; contrairement aux erreurs flagrantes qui ont déjà massacré, qui massacrent actuellement ou qui massacreront bientôt le patrimoine hérité que nous cherchons à préserver et celui que nous nous apprêtons à laisser aux générations futures. Il ne faut pas regarder bien loin pour trouver. Un peu plus à l’ouest, un peu plus au nord et les exemples ne manquent pas. 

Quand on constate l’indifférence générale à leur égard, je me demande si on ne voit pas des erreurs où il n’y en a pas et si, pendant ce temps, nous n’en échappons pas d’autres, magistrales.

Point de vue

Route de l'Église: quelles compensations pour les commerces?

POINT DE VUE / Les commerçants de la route de l’église à Québec subissent actuellement des inconvénients majeurs résultant des travaux d’importance devant leur commerce, travaux qui durent depuis de longs mois et qui réduisent considérablement l’accès à leur commerce.

Dans un premier temps, la Ville a refusé toute compensation. Après de nombreuses protestations, la Ville considère maintenant mettre sur pied un programme d’indemnisation pour ces mêmes commerçants. Mais quel type de compensation la Ville peut-elle accorder, un programme qui soit à la fois équitable et efficace et qui permettrait à plusieurs commerçants de passer au travers de cette difficile période? 

À Montréal, les rues St-Denis et Ste-Catherine, pour ne nommer que celles-là, ont subi des travaux d’importance devant leur commerce, travaux qui ont duré plusieurs mois, sinon quelques années. Plusieurs commerces n’ont pas survécu et le bénéfice escompté par ces travaux s’est transformé en cauchemar pour plusieurs. La Ville de Montréal a donc adopté en 2018 un règlement établissant un programme d’aide financière aux établissements situés dans un secteur affecté par des travaux majeurs. 

Ce programme s’adresse aux propriétaires ayant des activités commerciales, à savoir principalement la vente au détail et la prestation de services. Il couvre les pertes de bénéfice brut supérieures à 15 % par rapport aux années antérieures aux travaux pour une subvention maximale de 30 000 $. 

La Ville limite la compensation pour des travaux de construction, de réfection de conduites d’égout ou d’aqueduc d’une durée minimale de six mois. Le commerce ou l’entreprise doit cependant faire la preuve qu’elle a subi une perte de bénéfice brut de plus de 15 %. Elle doit également remplir une foule de conditions et de formulaires en fournissant titres de propriété, copie de bail, comptes de taxes et des états financiers, ses déclarations de revenus, les avis de cotisations de Revenu Québec, etc. L’entreprise doit ensuite se livrer à un comparatif des revenus perdus durant l’année des travaux qui doivent être réalisés et les années antérieures. Tout cela prend du temps et les commerçants doivent attendre au moins deux ans après la fin des travaux pour faire tous ces comparatifs et démarches, soit beaucoup trop tard pour plusieurs.

À Montréal, les rues Ste-Catherine et St-Denis, sur les centaines de commerces touchés par les travaux majeurs en 2016, seulement seize demandes d’aide ont été reçues, cinq ont reçu une réponse positive, quatre ont été refusées et six sont toujours à l’étude trois ans plus tard. Trop peu trop tard pour bien des commerçants. 

Montréal n’a pas obtenu le succès espéré par son programme. Très peu de demandes des commerçants, plusieurs refusées. Manifestement, le programme de Montréal n’a pas atteint le but recherché. Pour une compensation équivalente aux montants de taxes payés durant les travaux. Nous proposons pour la Ville de Québec un mécanisme de compensation plus simple, plus rapide et finalement plus efficace. 

Précisons d’abord qu’une ville ne peut donner des congés de taxes à ses contribuables. Elle peut cependant accorder un montant pour le préjudice subi équivalent aux montants des taxes payés durant les travaux. Ce mécanisme comporte de nombreux avantages par rapport à celui de la Ville de Montréal; il permet d’abord d’indemniser rapidement l’établissement touché par les travaux; il ne requiert pas de la part du commerçant la production de nombreux formulaires et documents comme les déclarations de revenus qui ne pourront être produites avant un an après la fin des travaux. Du côté de la Ville, il s’agit d’une procédure simple, rapide et efficace. En fait, la Ville rembourse l’équivalent des taxes payées durant les travaux. Il s’agit d’une question d’équité alors que les commerçants sont privés d’un service municipal essentiel à savoir une rue et des trottoirs permettant d’accéder à leur établissement. 

Bien sûr, il n’y a pas de système parfait, mais la compensation équivalente aux montants des taxes payés durant les travaux permettra certainement de soulager rapidement les établissements visés et probablement d’éviter la fermeture de certains d’entre eux qui ne pourront survivre autrement.

Point de vue

Laïcité ou l’éléphant dans la pièce électorale fédérale

POINT DE VUE / Les principaux partis politiques fédéralistes à Ottawa voudront sans doute esquiver le sujet de la laïcité dans la campagne électorale en cours. Comme une patate chaude qui risque de leur brûler la langue, ils souhaiteront qu’elle se soit refroidie après l’élection, avant de la consommer.

C’est d’ailleurs ce que craignent les tenants de la laïcité qui entrevoient un grand silence des ténors fédéraux à ce sujet.

Les gouvernements ont voulu sous-traiter leur courage politique en laissant les tribunaux interpréter les lois, ces derniers n’ayant pas à payer un prix politique à la suite de leurs décisions. À ce sujet, les citoyens qui appuient la Loi sur la laïcité de l’État croient qu’Ottawa voudra judiciariser le débat sur cette question. Le processus est d’ailleurs déjà enclenché puisque des contestations sont en préparation dans certaines écoles de Montréal concernant le non-engagement de personnes qui refusent de se plier à la loi sur la laïcité.

Déjà, au moment de la Commission parlementaire sur la loi 21, le Bloc québécois avait manifesté son inquiétude à ce sujet. Il craignait «une participation d’Ottawa à une contestation judiciaire de la laïcité de l’État […] soit directement ou financièrement par le Programme de contestation judiciaire du gouvernement du Canada.»

Le Parti libéral, le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert doivent se montrer transparents dans ce dossier sur la laïcité. Il en va de leur crédibilité face à un électorat québécois qui a droit de connaître leurs positions respectives avant de faire leur choix le 21 octobre. 

Si les Québécois aiment bien les éléphants, ils préfèrent les admirer au zoo et non dans une arène politique où on tente de les dissimuler. 

Point de vue

Aide médicale à mourir: prière de ne pas en appeler

POINT DE VUE / Mon message s’adresse à nos élus des gouvernements fédéral et provincial : Justin Trudeau, David Lametti, Ginette Petitpas-Taylor, François Legault, Danielle McCann et Sonia Lebel.

Le 11 septembre 2019 est un grand jour notamment pour les « grands souffrants adultes aptes rendus à la fin de leur vie » qui ont perdu tout espoir de guérison et d’apaisement de leurs souffrances. Et une victoire éclatante durement gagnée pour Mme Gladu et M. Truchon. Grâce au jugement de l’honorable Christine Beaudoin qui invalide la notion temporelle se trouvant dans les critères d’admissibilité des lois existantes, ils peuvent enfin retrouver la sérénité et espérer une fin de vie digne avec l’aide médicale à mourir (AMM), si tel est leur choix libre, éclairé et lucide.

Avec tout mon respect, je vous demande de ne pas aller en appel et de procéder à la modification des Lois /Aide médicale à mourir et C-14 et Q-2/Soins de fin de vie en conformité avec le Jugement unanime de la Cour Suprême/Arrêt Carter/février 2015 et le Jugement Beaudoin, sans plus tarder. Ces personnes souffrantes et vulnérables ont déjà trop attendu. Tant de drames (jeûnes, suicides violents, aller simple en Suisse, etc.) ont déjà eu lieu au sein de nombreuses familles québécoises et canadiennes; et cela, parce qu’un des leurs répondant pourtant aux autres critères d’admissibilité n’a pu avoir accès à l’aide médicale à mourir sereinement et en sécurité.

De grâce, n’attendez pas que les débats concernant les demandes des personnes inaptes ou mineures ou aux prises avec des problèmes de santé mentale aient eu lieu avant d’agir. Ces graves dossiers méritent qu’on y consacre l’attention et le temps nécessaires vu leur complexité particulière alors que celui des personnes aptes est maintenant limpide.

Enfin, je tiens à exprimer toute ma gratitude envers l’honorable juge Beaudoin pour l’humanité, la compassion et le profond respect de la personne qui se dégagent de ses conclusions. 

Remerciements à Me Ménard ainsi qu’aux membres de la Commission. Et surtout, surtout, admiration et gratitude à madame Gladu et à monsieur Truchon sans qui ce grand pas n’aurait pu être franchi.

Maintenant, pour nos gouvernements, le temps est venu de faire preuve d’infinie compassion et de cohérence en plaçant la personne souffrante au cœur des prochaines décisions et orientations. Et cela, apolitiquement, solidairement, humainement..

Respectueuses salutations.

PS : La promesse faite à mon fils ne plus jamais devoir aller à l’étranger pour mourir dans la dignité, loin de sa famille, de ses proches et de ses soignants.

Point de vue

Des moteurs de croissance: pour assurer notre vitalité

POINT DE VUE / En prévision des élections fédérales qui se tiendront le 21 octobre, le Conseil du patronat du Québec partage ses priorités et ses réflexions sur divers enjeux dans une série de lettres ouvertes.

Alors que les élections fédérales sont officiellement lancées, le CPQ tient à rappeler aux partis l’importance de s’engager à mettre en place les mesures nécessaires pour assurer des conditions qui permettront une accélération tangible des moteurs de croissance, que sont l’entrepreneuriat, l’innovation, l’internationalisation, la diversification et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Dans le contexte d’une économie mondiale à la trajectoire incertaine au cours des prochaines années, il est nécessaire de donner à l’ensemble de nos entreprises la capacité de se développer et de s’adapter pour assurer une croissance économique durable. 

À ce chapitre, le CPQ souligne certains domaines qui doivent bénéficier d’une attention particulière : 

Innovation et recherche

Il est indéniable que les entreprises doivent tout mettre en œuvre pour améliorer leur productivité et leur compétitivité. Ceci passe, entre autres, par de l’innovation et des investissements en R-D. Les grandes entreprises jouent un rôle de premier plan à ces égards. Une étude du CPQ a démontré qu’entre 2015 et 2017, 75% des grandes entreprises canadiennes ont introduit une innovation en matière de produits ou procédés, basée sur des données de Statistique Canada. Ainsi, plus il y a de ressources consacrées en R-D, plus grande sera la probabilité d’observer des percées technologiques dont les retombées bénéficieront à l’économie dans son ensemble. Or, les dépenses en R-D ont diminué considérablement au cours des dernières années. Pour renverser la vapeur, le gouvernement fédéral doit, par exemple, renforcer le crédit d’impôt pour la R-D, en le rendant remboursable pour les grandes entreprises. Ces crédits d’impôt pourraient aussi être renforcés pour fournir les incitatifs à la R-D en environnement, dans les technologies propres et dans les énergies renouvelables. Il faut aussi simplifier et accélérer les processus administratifs reliés à ces crédits d’impôt. 

Productivité

Un des défis majeurs pour notre économie, dans un contexte de mondialisation, est celui d’accroître la productivité de nos entreprises, ce qui passe par des investissements majeurs et des mesures d’accompagnement pour les employeurs. L’amélioration de l’accessibilité à un service Internet haute vitesse et la création de supergrappes, annoncées par le fédéral, sont de bonnes initiatives, mais il faut aller au-delà et s’assurer la mise en œuvre de stratégies plus concrètes au bénéfice de la productivité. Tout ceci passe aussi par l’accessibilité à une main-d’œuvre en quantité suffisante et adaptée aux besoins du marché de l’emploi, qui soit dotée des compétences nécessaires de base en numératie et littératie. 

De toutes tailles

Afin de renforcer les assises de l’économie nationale, il faut valoriser autant les petites et moyennes entreprises, qui représentent la très grande majorité de notre tissu économique, que les grandes. Ainsi, le CPQ considère que les partis doivent s’engager à mettre en place les conditions nécessaires pour attirer ces grandes entreprises, les garder et assurer leur compétitivité, et ce pour attirer des filiales étrangères qui investissent de manière tangible au pays, pour encourager le développement de coopératives, ou, et surtout, pour s’assurer de maintenir ici les sièges sociaux de grandes entreprises créatrices d’emplois bien rémunérés. De plus, la présence des grandes entreprises permet de favoriser l’émergence et la croissance de petites entreprises. Celles-ci, en retour, peuvent permettre aux grandes entreprises de diversifier leurs sources d’approvisionnement et d’innovation.

Commerce extérieur

La diversification des marchés internationaux est devenue un facteur fondamental de la stabilité économique du Canada, notamment dans le contexte actuel de protectionnisme croissant, surtout du côté américain. Il faut toutefois admettre que les États-Unis demeureront un partenaire commercial majeur. Il faudrait par ailleurs accompagner les entreprises afin qu’elles puissent tirer profit des débouchés découlant des nouveaux accords de libre-échange. Ceci passe entre autres par l’information et par une cohérence et une coordination de la présence des ressources gouvernementales à l’étranger. Aussi les associations qui représentent les entreprises et qui connaissent bien leurs réalités doivent avoir les ressources nécessaires pour les accompagner.

Si on apprécie les mesures adoptées dans le secteur de l’acier et de l’aluminium, il demeure que le secteur des produits forestiers nécessite quant à lui des actions urgentes. Le prochain gouvernement devrait les mettre en haut de sa liste de priorités. 

Conclusion

Se doter de bases solides pour assurer la vitalité économique du pays demande des actions concrètes et ce, dès maintenant. En s’engageant à agir rapidement pour permettre l’accélération des moteurs de croissance, les partis feront la démonstration qu’ils ont le bien-être de l’ensemble des citoyens à cœur.

Point de vue

Troisième lien et quartiers de l’Ouest

POINT DE VUE / Le débat sur le troisième lien a récemment donné lieu à un échange d’amabilités entre le maire de Lévis et la nomenklatura qui joue à la chaise musicale à la tête des divers groupes écolos impliqués dans ce débat.

Qu’on ne s’y trompe pas: parce qu’il constituerait un choix en faveur de la poursuite du développement prioritaire de l’ouest de l’agglomération de Québec, l’abandon du projet de troisième lien à l’Est conduirait, à brève échéance, à la remise en cause de la survie même de plusieurs des quartiers résidentiels de Sainte-Foy et de Sillery et de la vocation agricole des terres situées à l’ouest de l’agglomération. 

En effet, le développement accéléré de l’ouest de l’agglomération conduirait presque inévitablement à la mise en place d’un troisième lien à l’ouest et de modes lourds de transport collectif qui accentueraient la pression immobilière dans cette partie du territoire. Les promoteurs immobiliers, qui salivent déjà à la perspective de jeter à terre les quartiers résidentiels situés à proximité des grandes artères de l’ouest pour y ériger des édifices multilogements ou commerciaux, présenteraient de plus en plus de projets d’édifices en hauteur semblables à ceux de l’îlot Lapointe, de la rue Sasseville, de la rive est de la Route de l’Église, de l’entrée nord de Charles-Huot ou des terrains voisins du quartier Saint-Michel de Sillery. 

Les terres agricoles restantes de Saint-Augustin, Neuville, Sainte-Catherine et même au-delà feraient également l’objet de projets de lotissement de plus en plus nombreux.

Point de vue

La main tendue à Hong Kong

POINT DE VUE / Après trois mois de manifestations houleuses et de tensions sans précédent à Hong Kong, Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong et vassale de l’autorité pékinoise, a concédé le retrait définitif de la loi sur l’extradition d’habitants hongkongais vers des cours de justice de la Chine continentale le 4 septembre. Cette loi était l’élément déclencheur de ces trois mois d’agitation sociale, mais son retrait ne sera pas leur résolution.

Il s’agit néanmoins d’un événement extraordinaire que Pékin ait cédé partiellement aux pressions des manifestants. Bernard Chan, un conseiller important à Carrie Lam, avait écrit le 16 août dans le South China Morning Post que le gouvernement de Hong Kong et celui de Pékin étaient absolument inflexibles quant aux demandes des manifestants et que, par principe, aucune exception n’allait être admise en réponse à leur violence. 

De plus, les exercices militaires de l’armée chinoise à la frontière de Hong Kong laissaient entendre que Pékin allait faire usage de force pour remettre sa Région administrative spéciale en ordre. La planète entière contemplait la tragique possibilité d’un Tiananmen 2.0. 

En à peine trois semaines, le ton du gouvernement a changé : il s’est assis à la table de négociation et sa déclaration de retrait de la loi en est la preuve. Ce revirement est indicatif d’une volonté chez les politiciens du Parti communiste chinois de vouloir calmer le jeu dans le cadre des règlements de la démocratie occidentale moderne. Plutôt que d’opter pour une méthode résolument oppressive et violente, typique d’un régime opaque et totalitaire, les autorités ont stratégiquement conféré une des cinq revendications des manifestants pour trouver une sortie à la crise plus typique de ce qu’on retrouverait au Canada qu’en Chine. 

Les manifestants ont raison de se méfier de cette concession, considérant les arrestations et détentions arbitraires qui ont eu lieu à la suite du mouvement des parapluies en 2014, et devraient continuer à revendiquer les droits qu’ils ont été promis lors de la Déclaration commune sino-britannique sur la question de Hong Kong. Toutefois, la communauté internationale devrait reconnaître l’effort de Pékin de vouloir négocier une solution pour une ville qui, cet été, paraissait être au gouffre d’un tournant abyssal et irréparable. Les pots cassés ne pourront jamais être complètement réparés, et certaines revendications des manifestants, telles que l’amnistie de justiciables fautifs, sont à peu près inconcevables. En l’occurrence, plus de transparence en matière de déontologie policière, et le chemin vers une élection plus représentative des membres de l’exécutif de la cité-État ne sont pas hors de question. Le gouvernement canadien, le devant à ses 300 000 ressortissants vivant à Hong Kong, doit encourager ce pas dans la bonne voie. 

Point de vue

Pacte fiscal: des moyens pour relever nos défis

POINT DE VUE / L’Accord de partenariat 2016-2019 avec les municipalités est maintenant venu à échéance et l’adoption des budgets municipaux pour l’année 2020 fait en sorte que les municipalités doivent rapidement connaître les paramètres dans lesquels elles évolueront au cours des prochains mois et années.

Les données récentes concernant les perspectives démographiques du Québec démontrent les défis auxquels font face les municipalités et les régions et la nécessité de mettre en place des solutions nouvelles.

Ainsi, plus que jamais il est essentiel que soient déployés de nouveaux moyens pour assurer la pérennité de certaines parties de notre territoire. Les réalités démographiques et économiques, les défis liés au vieillissement, au renouvellement de la main-d’œuvre, à la répartition régionale de la population et aux changements climatiques, entraîneront des contrecoups budgétaires pour les municipalités et les régions. 

Le gouvernement doit reconnaître cette réalité et en faire un élément central d’un nouveau partenariat entre Québec et les municipalités. Plusieurs mesures concrètes pourraient y contribuer. 

D’abord, cette nouvelle approche fiscale et financière avec les municipalités doit répondre à l’engagement gouvernemental concernant le transfert de la valeur du point de TVQ. En effet, de nombreux problèmes qui occupent le monde municipal découlent du mode actuel de financement des municipalités qui repose essentiellement sur l’impôt foncier. Le point de TVQ et surtout la croissance des revenus qui en découle annuellement constituent sans aucun doute une première étape vers un partenariat renouvelé.

On doit également prévoir des investissements plus que substantiels en voirie locale. Alors que des investissements massifs en transport ont lieu dans les grands centres, les régions ont jusqu’à présent fait les frais d’une iniquité flagrante. Par exemple, un manque à gagner important en entretien subsiste depuis plus de 25 ans dû à la non-indexation des budgets et les besoins s’accumulent de jour en jour pour la réhabilitation du réseau. 

Un effort doit également être consenti en faveur des régions ressources. Trop souvent leur exploitation s’accompagne de désavantages alors que les bénéfices apparaissent ailleurs. Les bénéfices générés par l’exploitation des richesses naturelles doivent être partagés avec les régions concernées qui doivent légitimement pouvoir en tirer profit. Alors que les communautés sont à la recherche de leviers pour mener une action soutenue en développement économique, le gouvernement doit bonifier de façon substantielle le partage des redevances en faveur des régions ressources, qui pourront de cette façon se doter des outils nécessaires pour assurer leur développement et leur diversification économique. 

Par ailleurs, il faut également mettre fin à une iniquité inexplicable en bonifiant les compensations tenant lieu de taxes pour les écoles primaires et secondaires, qui sont actuellement compensées à un pourcentage largement inférieur que celui des immeubles dédiés à l’enseignement supérieur, pénalisant ainsi les municipalités et les régions.

Finalement, une bonification et une actualisation sont également nécessaires au niveau de la péréquation municipale pour soutenir les municipalités dévitalisées, tout comme l’est une hausse de la compensation pour les terres publiques.

À l’aube de son Congrès annuel qui se tiendra du 26 au 28 septembre à Québec et qui réunira plus de 1500 élus·es, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) désire rappeler au gouvernement l’importance d’en arriver à une conclusion d’ici la fin septembre. L’occupation du territoire est essentielle à la vitalité et au dynamisme économique du Québec et les municipalités en sont garantes. Elles ont donc besoin d’oxygène, de soutien et de moyens pour poursuivre le développement et assurer les services à leurs citoyens. 

La Fédération québécoise des municipalités, porte-parole des régions, est ouverte à la discussion pour autant que nos membres obtiennent de réels moyens pour relever leurs défis des prochaines années. 

Point de vue

Troisième lien: deux gros problèmes

En réaction à la lettre d’opinion «Troisième lien : pourquoi tant d’opposition?» écrite par André Verville et parue dans Le Soleil le 11 septembre

Un lecteur du Soleil se demande pourquoi il y a tant d’opposition au troisième lien. Les raisons sont pourtant simples et nous les résumons ici.

Il y a fondamentalement deux gros problèmes à régler : 1) la congestion routière et 2) l’excès de CO2 qui provoque les changements climatiques.

Il y a congestion partout dans la ville de Québec parce qu’il y a déjà trop d’autos pour la capacité du réseau routier. Un troisième lien ne fera qu’accentuer ce problème. Le lecteur cite l’exemple de Mont­réal qui dispose de 22 ponts alors que cette ville subit d’énormes problèmes de congestion routière. Personne n’aspire à imiter Mont­réal quant à la congestion routière. Les évidences sont pourtant nombreuses qu’un troisième lien ne réglera en rien les problèmes de congestion du réseau routier une fois le pont traversé.

L’ajout d’un pont aura pour effet d’augmenter le nombre d’automobiles qui polluent. Or toutes les évidences scientifiques indiquent qu’il faut réduire le nombre d’autos en circulation pour éviter la catastrophe climatique qui s’en vient.

De plus, ce débat pour un troisième lien et son financement ont un caractère loufoque quand on sait qu’en 10 ans (ou 20 ans), les pouvoirs publics n’ont même pas trouvé les fonds pour entretenir et peinturer le vieux pont de Québec.

La véritable solution pour réduire simultanément la congestion routière et la pollution atmosphérique requiert moins d’autos en circulation. La construction d’un troisième lien va dans le sens contraire, elle est donc improductive. Pire encore : après avoir dépensé des milliards en construction sans avoir résolu la congestion ni la pollution, il y aura encore moins d’argent disponible pour mettre en place de véritables solutions à ces problèmes. Voilà pourquoi il y a tant d’opposition au troisième lien.

Point de vue

Vieux-Québec: faire de la place à de nouvelles familles? Pas si facile!

POINT DE VUE / Le projet immobilier du 8, rue McWilliam, dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec, en est un de compromis. Non seulement il respecte la trame urbaine du secteur, mais il vise à accueillir cent nouveaux résidents dans un quartier qui peine depuis trop longtemps à en attirer.

Depuis plusieurs mois, un groupe de citoyens, qui habitent majoritairement en face de l’îlot McWilliam et qui affirment d’emblée que le projet leur causera des inconvénients quelle qu’en soit la hauteur, multiplie les pressions pour bloquer un projet qui est pourtant né d’un processus de consultation et de réflexion.

En effet, au terme de trois ans de travail à la conception avec la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec et le ministère de la Culture, les multiples exigences et recommandations formulées ont été mises en place et le projet a été salué par l’ensemble de tous ces intervenants. Avant même de déposer la première mouture, une étude a été réalisée afin de déterminer les impacts qu’aurait un immeuble haut de six étages sur la luminosité et les percées visuelles des bâtiments avoisinants.

Autrement dit, la première version du projet résultait, dès le départ, d’une réflexion menée dans l’intérêt des résidents du quartier.

Mentionnons au surplus que ces études prouvent que l’ajout d’un cinquième étage n’aura presque aucun impact sur l’ensoleillement et les percées visuelles des bâtiments limitrophes, car ce cinquième étage est aménagé dans les combles du bâtiment.

Devant les inquiétudes soulevées par certains citoyens, les plans ont été refaits afin de trouver une solution pour tenir compte de leurs préoccupations, et ne pas compromettre la viabilité du projet. Le résultat a mené à réduire le nombre d’étages à cinq, pour obtenir une hauteur du bâtiment de 18 mètres calculée au faîte du toit (le point le plus élevé). Cet ajustement a été fait en poursuivant l’objectif que le projet soit accepté par les résidents du Vieux-Québec. Au total, le projet a été revisité plus de six fois pour satisfaire les attentes de toutes les parties.

L’intégration de ce projet dans la communauté du Vieux-Québec et son architecture unique était au cœur des préoccupations lors de sa conception. Pour y arriver, l’immeuble sera construit avec des matériaux de la plus haute qualité, respectueux du patrimoine architectural du Vieux-Québec, et aura pour effet, nous le pensons, de mettre en valeur les bâtiments avoisinants.

Contrairement à ce que certains résidents du quartier ont écrit, le projet, dans sa forme actuelle, s’insère dans son environnement immédiat. L’architecture a été spécifiquement pensée pour faire en sorte qu’au niveau du sol, le bâtiment donne l’impression d’avoir une hauteur de quatre étages (treize mètres). En effet, grâce au toit en pente, le cinquième étage est invisible aux yeux du marcheur et ne porte pas atteinte à l’intégrité du paysage ni à la luminosité pour les voisins.

C’est donc dire que l’impact réel de ce projet est le même que celui d’un immeuble de treize mètres à toit plat, que nous permet le zonage actuel. Il faut également spécifier que sept des quinze édifices environnants, dont plusieurs abritent les logements des résidents contestataires ont une hauteur qui excède celle établie par le règlement dont ces mêmes résidents contestataires requièrent l’application intégrale.

La question se pose : comment peut-on attirer de nouveaux résidents dans le quartier historique lorsqu’on refuse tout compromis à l’établissement d’un projet viable liant le volet économique et esthétique?

À ce titre, l’homme qui a lui-même posé la candidature de Québec pour son classement à l’UNESCO, Serge Viau, a écrit dans Le Soleil pour appuyer publiquement le projet tel qu’il a été présenté, y voyant un compromis tout à fait acceptable. Comme le souligne celui qui a été gestionnaire à la Ville de Québec pendant plusieurs années, et qui a notamment piloté plusieurs dossiers en matière d’urbanisme, il est important de chercher l’équilibre entre l’architecture et la viabilité, afin d’obtenir des projets bien intégrés à leur milieu.

Le projet présenté à la Ville se situe sur ce point d’équilibre.

C’est pourquoi il est trompeur de soutenir qu’un changement de zonage créerait un précédent pour d’autres promoteurs intéressés à construire plus haut dans le Vieux-Québec. La dérogation au règlement de zonage demandée vise à s’appliquer uniquement au plan de construction qui a été soumis à la Ville, et à lui seul. C’est donc dire qu’on ne pourrait construire un immeuble haut de cinq étages dans une autre forme que celle qui a déjà été approuvée.

Comme le soulignait à juste titre M. Viau, la proposition par la Ville de Québec de soumettre un plan de construction est la solution idéale puisqu’elle constitue une garantie que la dérogation au zonage ne s’applique qu’au projet qui a été soumis.

Le changement fait peur. Malheureusement, les craintes non fondées entretenues par certains résidents qui voient ce projet résidentiel d’un mauvais œil, peu importe sa hauteur, risquent de compromettre la construction d’un immeuble de qualité et harmonieux pour laisser place à un projet qui, conforme à la règlementation, portera les traces des contraintes de rentabilité et n’aura pas pour effet de renchérir la valeur de ce quartier historique.

L’âme d’un quartier provient de ceux qui y résident; autrement, il n’est guère plus qu’un parc d’attractions touristiques. Lorsqu’on analyse ce qui est le plus susceptible de protéger le patrimoine historique du Vieux-Québec, une analyse objective des faits devrait mener à penser que l’arrivée de cent nouveaux résidents logeant dans un immeuble de haute qualité dont les impacts visuels sont, outre son existence même, quasi inexistants, devrait supplanter la peur que certains résidents entretiennent qu’un précédent ne soit créé et ne fasse place à un projet hypothétiquement non souhaitable.

Il faut être raisonnable, le patrimoine historique, ça se partage.