«La société québécoise semble partagée en deux groupes : il y a ceux et celles qui sont prêts.es à prendre le risque d’affronter le monstre et les autres pour qui la programmation de la peur est encore trop présente pour oser une promiscuité avec l’ennemi», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.
«La société québécoise semble partagée en deux groupes : il y a ceux et celles qui sont prêts.es à prendre le risque d’affronter le monstre et les autres pour qui la programmation de la peur est encore trop présente pour oser une promiscuité avec l’ennemi», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Le confinement, de la contrainte au choix

POINT DE VUE / On nous avait convaincus que le virus couronné était un monstre invisible que nous pouvions combattre en s’isolant dans nos chaumières. Comme dans une dictature, notre voisin pouvait nous dénoncer si nous contrevenions aux règles établies par la Santé publique. «Docile et obéissante», la très grande majorité de la population a suivi les consignes et la courbe a pu être ainsi aplatie au grand soulagement de nos gouvernements.

Voilà maintenant qu’on nous demande de côtoyer le monstre en nous offrant de plus en plus la possibilité de reprendre nos activités, tout en maintenant des mesures sanitaires de base.

Comme l’affirmait le premier ministre Legault, il faudra collectivement «se déprogrammer» et apprendre à vivre avec cet ennemi dangereux. Après avoir présenté l’immunité communautaire comme une nécessité en l’absence d’un vaccin, voilà que les autorités s’alignent maintenant sur des conditions préalables émises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avant de procéder à l’ouverture progressive du déconfinement.

Dans différents milieux, les Québécois.es sont confrontés.es à des choix difficiles : envoyer ou non leurs enfants à l’école, se présenter à l’urgence des hôpitaux malgré les risques de contagion, continuer à travailler dans les centres pour personnes âgées dont certaines sont infectées par le virus ou tout simplement se rendre à l’épicerie ou encore prendre une marche. Ce qui était banal auparavant devient des choix à risques et à haute teneur d’inquiétudes et d’anxiété.

La contrainte était-elle plus facile à vivre que les choix de sortie du confinement? L’effet pervers de la grande réussite de la stratégie de nos gouvernements concernant le confinement est-il en train de se retourner contre nous? La société québécoise semble partagée en deux groupes : il y a ceux et celles qui sont prêts.es à prendre le risque d’affronter le monstre et les autres pour qui la programmation de la peur est encore trop présente pour oser une promiscuité avec l’ennemi. Pour cette dernière catégorie, la contagion est à portée de bras du deux mètres, port du masque ou pas.

Force est de constater que la COVID-19 est en train de nous voler du temps de vie au sens propre et figuré. Peu importent les communications virtuelles qui nous servent de placébo, à force de prendre nos distances les uns des autres, sommes-nous en phase de modifier notre rapport au monde dans ce qui est son essence même, soit son humanisme dans la proximité de réels contacts chaleureux?