Le champ de bataille de la 5G

POINT DE VUE / Du 1G au 5G : La communication mobile continue de connaître une expansion formidable. Les réseaux de téléphonie cellulaire ont considérablement augmenté le nombre de canaux disponibles, car le spectre des fréquences est réutilisé plusieurs fois entre des cellules géographiques non adjacentes. Tout usager est identifié dans la cellule dans laquelle il se trouve et cette information est enregistrée à des fins de communication à l’intérieur de l’ensemble du réseau cellulaire.

La première génération 1G transmettait essentiellement des messages audio. La 2G a popularisé les messages courts (SMS); la troisième génération 3G a permis d’envoyer des informations multimédias tandis que la 4G combine messages audio, vidéo et transmission de données à haut débit. La 5G est l’épine dorsale de la société de demain, car ses réseaux ultra rapides et ultra performants vont pouvoir gérer également et de façon instantanée les multiples applications de l’Intelligence artificielle, les véhicules autonomes, les services d’urgence, la réalité virtuelle, l’Internet des objets (IoT), sans compter les nombreuses communications militaires, dont celle des drones.

La popularisation du téléphone cellulaire s’accompagne d’un certain nombre d’inquiétudes au niveau de l’empreinte écologique et au niveau de la protection de la vie privée.

L’empreinte environnementale

Le nombre de téléphones sans fil sur la planète approche cinq milliards. Les téléphones cellulaires sont changés tous les deux ans en moyenne. Leur construction exige des matériaux rares (jusqu’à 55 matériaux, dont le cobalt). Les phases de fabrication de transport et la disposition des anciens modèles sont des facteurs de pollution non négligeables.

Diminuer l’empreinte de carbone du smartphone devient un défi pressant. Les investissements dans cette direction se traduiraient par des coûts supplémentaires minimes pour le consommateur.

La protection de la vie privée

Pour l’usager, le téléphone intelligent constitue un confident qui a accès aux informations personnelles: déplacements, santé, finances, amitiés, préférences, contacts et bien d’autres encore. Le réseau peut avoir accès à ces informations - via les applications notamment - remettant en question la protection de la vie privée et le risque d’une surveillance invasive à des fins commerciales ou politiques.

Le problème devient plus grave lorsque l’on sait que, d’après les révélations d’Edward Snowden, la National Security Agency (NSA) est capable – au nom de la sécurité nationale - d’intercepter des appels. Par ailleurs, la compagnie Apple a refusé au FBI la clef de cryptographie pour lire les informations de l’iPhone de l’auteur de l’attentat de San Bernardino. Par contre, il n’est guère sûr que les entreprises commerciales chinoises soient indépendantes du gouvernement et du parti communiste. En effet, la loi sur le renseignement en Chine de 2017 stipule que tout citoyen ou organisation doit coopérer avec les services de renseignements nationaux.

La préoccupation devant l’empreinte technologique chinoise

La Chine a connu une expansion économique phénoménale au cours des deux dernières décennies. En 2012, elle fabriquait 30% des produits électroniques, alors que maintenant ce chiffre est passé à 85% de la production mondiale. La Chine dispose de budgets considérables qui lui permettent d’acquérir et de financer des centres de recherche de l’Internet ouvert en Occident, alors même que l’Internet est strictement contrôlé en Chine même. L’inquiétude est particulièrement vive en regard de la pénétration du marché 5G par la Chine, mettant à risque la confidentialité, sans oublier le risque d’espionnage.

Le cas de Huawei

En 2018, la compagnie Huawei a fait un chiffre d’affaires de 110 milliards, a vendu 200 millions de smartphones et installé 1500 réseaux. L’on sait aujourd’hui que les équipements de Huawei ont servi à faire de l’écoute illégale pendant plusieurs années au siège de l’Organisation de l’unité africaine (l’OUA); un ancien chef du contre-espionnage polonais a été arrêté pour avoir espionné pour le compte de Huawei.

La compagnie Huawei a été expulsée des États-Unis et de l’Australie. La Grande-Bretagne et le Japon considèrent de le faire. Lorsque le Canada a répondu à la demande d’extradition de la vice-présidente de Huawei en raison d’infraction par rapport aux lois américaines sur l’embargo, la Chine a procédé à ce que l’on pourrait qualifier de prise d’otages politiques canadiens.

Une préoccupation d’ordre éthique

Un autre facteur non moins important est celui de la pénétration illégale de certains marchés. La loi anticorruption américaine est extraterritoriale et est extrêmement sévère avec les contrevenants. L’Europe se réajuste à cette loi, notamment en ce qui touche les contrats avec les pays du tiers-monde. Il n’est guère sûr que les compagnies chinoises opérant à l’étranger soient soumises à des lois similaires.

L’asymétrie des normes de commerce

Il devient impératif d’uniformiser les normes commerciales et juridiques et d’établir une stratégie économique saine, ce sans quoi l’investissement dans la 5G se traduirait par des répercussions lourdes de conséquence à long terme.