Justin Trudeau a-t-il bien mesuré les conséquences reliées à la légalisation du cannabis?

Le cannabis, une drogue insidieuse

Insidieuse? Cela veut dire : dont l'apparence bénigne masque, au début, la gravité réelle. Avant de légaliser l'usage et la possession du cannabis, il convient de réfléchir sérieusement sur ce qualificatif gênant. Il s'agit là d'un sujet complexe qui suscite la controverse en raison des incertitudes qui risquent de se concrétiser en plus d'inconvénients que d'avantages.
La loi sur la législation du cannabis est en voie de devenir une réalité. Dans l'esprit de Justin Trudeau, la faire adopter par le Parlement est une simple formalité qui se justifie par le fait que c'est une promesse électorale. En a-t-il mesuré les lourdes conséquences? Il faut absolument reconsidérer le projet à la lumière des récents éléments qui sonnent l'alarme.
D'abord, la mort récente d'un élève en Ontario des suites d'une surdose. 
Puis l'intervention courageuse du talentueux joueur de hockey du Canadien de Montréal, Guy Lafleur, qui a rappelé son expérience douloureuse de père d'un jeune, prisonnier de sa dépendance à la drogue. Malgré toute l'aide reçue, ce jeune avoue se percevoir lui-même comme «un déchet de la société». Comment ne pas se sentir ébranlé par ce tragique appel?
S'ajoute la réaction d'une commission scolaire catholique de l'Ontario, l'Escale, qui a lancé un programme francophone de prévention appelé IMPACT. Ce programme donne des bons résultats de conscientisation chez les jeunes. Il met très tôt en évidence les dangers de cette drogue dite «douce».
Et surtout, le rapport des Académies des sciences, de génie et de médecine des États-Unis qui dresse, en 400 pages, un remarquable «état des lieux». Sous la signature de Philippe Mercure, La Presse du samedi 14 janvier 2017, a publié un concentré de ces études qui incitent à la plus grande prudence avant de légaliser l'usage d'un produit dont on ne connaît pas assez les conséquences bénéfiques ou néfastes.
Un grand merci à Guy Lafleur, qui n'hésite pas à se joindre aux lanceurs d'alerte en engageant sa notoriété et sa conscience de père d'une famille directement affectée par les méfaits de la drogue. Souhaitons que notre ministre de la santé, le Dr Gaétan Barrette, se saisisse de ce dossier vraiment important pour le bien-être de notre société. Au-delà des contraintes financières, institutionnelles et partisanes, il ne peut rester indifférent à ce débat qui risque d'affecter la santé des jeunes Québécois. Il doit intervenir auprès du premier ministre du Canada et vite. 
Que dit ce rapport? Il reconnaît les vertus thérapeutiques du cannabis notamment pour soulager les suites d'une chimiothérapie et les douleurs des gens qui souffrent de sclérose en plaques.
On sait que la consommation de cannabis ne cause pas le cancer, sauf avec une réserve pour le cancer du testicule. Elle n'aurait pas d'impact sur la santé cardiovasculaire. 
L'usage régulier du cannabis en petite quantité pourrait avoir des propriétés anti-inflammatoires utiles, mais les études ne sont pas concluantes. Les fumeurs réguliers de pot sont plus sujets aux bronchites chroniques que les autres, mais ne créent pas nécessairement des problèmes d'asthme.
Par contre, les accidents de la route causés par la consommation de la «mari», sont malheureusement en pleine croissance, même si l'on n'a pas encore les connaissances qui pourraient établir un «mari-test» fiable. 
Les chercheurs estiment qu'une corrélation existe bel et bien entre la schizophrénie ou d'autres formes de psychoses et l'usage de la marijuana. Il est notoire que l'usage de la mari a accentué les symptômes de la bipolarité dont souffrait la mère de Justin Trudeau. Le rapport évoque aussi certains liens entre la consommation de cannabis et le suicide, l'anxiété sociale et les troubles psychosomatiques de tous ordres.
Il est scientifiquement démontré que la consommation de cannabis perturbe la mémoire, l'attention et la capacité d'apprentissage. J'ai pu moi-même l'observer durant mes années d'enseignement au cégep dans les années soixante. Certains étudiants complètement gelés par le pot perturbaient l'ambiance de la classe, devenaient souvent agressifs, et mettaient en danger leur propre réussite scolaire. 
Le rapport signale aussi que l'usage du cannabis durant la grossesse produirait des bébés de faible poids. 
De plus, la consommation de mari couplée avec d'autres drogues, l'alcool et le tabac augmenterait les risques de dépendance. 
Enfin, le rapport met en garde contre l'usage précoce du pot : pas avant 21 ans, car, à 18 ans, le développement du cerveau n'est pas terminé.
Avant d'en autoriser l'usage récréatif, le gouvernement canadien se doit de financer la recherche sur les conséquences de l'usage à long terme, avant d'avoir à dépenser des milliards pour soigner les nouveaux fumeurs quand ils auront fumé pendant 30 ou 40 ans. L'expérience des coûts du tabagisme devrait allumer quelques signaux impératifs.
Trop de questions demeurent encore sans réponse. Qui produira la marijuana récréative? Qui pourra la commercialiser? Où pourra-t-on se la procurer : à la SAQ, dans les pharmacies, chez les dépanneurs, au supermarché, dans les centres sportifs, dans les écoles? Combien en coûtera-t-il à l'État pour assurer le respect d'une telle législation? Depuis les années soixante, la concentration en THC (principal agent actif du cannabis) a considérablement augmenté. Quelle sera la concentration maximale? 
Il n'y a pas de réponse simple à une situation éminemment complexe. Il ne s'agit ici ni de faire la morale ni de prohiber. Il s'agit bien plus d'éduquer ceux qui désirent en faire usage sans en connaître les conséquences. Il s'agit aussi de décourager le goût qui mène au besoin puis à l'accoutumance, au-delà de l'effet ludique, euphorique et «récréatif» si attirant. 
Je suis persuadé que Justin Trudeau, tout comme 42 % des parents canadiens et 54 % de parents américains, souhaite que ses propres enfants ne deviennent pas des consommateurs de cannabis. Il en va de leur intégrité et de leur dignité d'êtres humains. De tout temps, les paradis artificiels ont apporté bien des malheurs à l'être humain. Pourquoi ne pas s'en tenir à fréquenter les paradis naturels que sont le sport, la musique, la lecture, le bricolage, l'horticulture, les activités littéraires et artistiques, de merveilleuses sources de dépassement de soi, de vrai bonheur, et de véritable re-création. 
Jean-Louis Bourque, politologue