«Si la Ville de Québec souhaite maintenir sa canopée urbaine, sa biodiversité et ses terres nourricières, elle n’aura d’autre choix que de préserver ses derniers milieux naturels en localisant son développement futur dans des secteurs en cours de revitalisation», écrivent Daniel Desroches et Thierry Lefèvre. Sur la photo, le boisé Neilson.
«Si la Ville de Québec souhaite maintenir sa canopée urbaine, sa biodiversité et ses terres nourricières, elle n’aura d’autre choix que de préserver ses derniers milieux naturels en localisant son développement futur dans des secteurs en cours de revitalisation», écrivent Daniel Desroches et Thierry Lefèvre. Sur la photo, le boisé Neilson.

Le boisé Neilson au cœur d’un parc national urbain à Québec

POINT DE VUE / Alors que les ravages liés à l’agrile du frêne se font cruellement sentir, la Ville de Québec pourrait suppléer ces pertes et envisager l’avenir en créant un parc national urbain qui intégrerait les grands bois de Sainte-Foy, le parc de la plage Jacques-Cartier jusqu’à la promenade Champlain. Avec l’arrivée du tramway, l’attractivité de la Ville y gagnerait.

Peut-être est-ce le fait d’avoir plus de temps pour marcher ce printemps… Peut-être est-ce le fait que la lutte contre l’épidémie semble passer par la coupe massive d’arbres… Toujours est-il que le nombre grandissant de souches aux abords des rues et dans nos parcs publics a quelque chose de désolant. La présence de l’agrile du frêne, cet insecte ravageur en plein dispersement sur le territoire de la Capitale, se fait bien sentir et l’épidémie se poursuivra avec les changements climatiques. Privée de ces grands arbres, notre ville est moins belle et notre rempart naturel contre les îlots de chaleur urbains s’étiole davantage.

Il y a quelques jours, un îlot d’arbres matures a été abattu dans un secteur scolaire près du Boisé Neilson. Cela nous a rappelé la récente coupe d’arbres au boisé de Rochebelle pour y agrandir un stationnement. Or avec le tout nouveau pôle d’échange du tramway, il reste à savoir si le boisé de Rochebelle sera officiellement conservé ou simplement sacrifié sur l’autel du futur réseau structurant. Si l’on suit le parcours projeté, on arrivera vite au Boisé Neilson. En contexte d’épidémie d’agriles, et parce que la plantation d’arbres de rue ne compensera jamais la disparition d’un massif forestier composé d’essences nobles, il est impensable pour une ville du XXIe siècle de se priver d’un écosystème boisé de plus de 20 hectares d’une telle qualité. Juste pour cela, bien des capitales doivent envier Québec.

Toutefois, il pourrait y avoir des gens pour qui la densification urbaine n’interdit pas la coupe massive d’arbres et, au contraire, la justifie. Il faut cependant se rappeler que, contre l’étalement urbain qui nous sert si mal aujourd’hui, le principe de densification vise d’abord à préserver les milieux naturels ainsi que les terres agricoles indispensables à notre souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire, n’est-ce pas d’une criante actualité ?

Si la Ville de Québec souhaite maintenir sa canopée urbaine, sa biodiversité et ses terres nourricières, elle n’aura d’autre choix que de préserver ses derniers milieux naturels en localisant son développement futur dans des secteurs en cours de revitalisation. Elle peut même faire mieux ! Des grandes villes canadiennes l’ont compris et l’ont précédée dans leur planification urbaine. À l’instar de Toronto, qui dispose du Parc urbain national de la Rouge, la Ville de Montréal travaille à l’élaboration d’un premier parc national urbain québécois qui fera 3000 hectares (30 km2) en rattachant tous les milieux naturels de l’ouest de l’île.

Ces exemples en tête, il appert que la Ville de Québec dispose d’un potentiel ignoré : elle pourrait créer son propre parc national urbain en rattachant ses boisés de l’Ouest (Neilson, des Compagnons, Marly et Cartier-Roberval) au secteur fluvial de la plage Jacques-Cartier jusqu’à la promenade Champlain en passant par le superbe Sentier des grèves. Muni d’un tel parc urbain, il ne manquerait plus de raison, si l’on en doutait encore, de délaisser la voiture et de prendre le tramway pour emmener nos enfants voir ce que nous avons de plus beau à Québec… Un petit arrêt à l’aquarium avec ça ?