Le boisé de Saint-Nicolas sous la tronçonneuse

Un jour que je goûtais, pour une autre fois, la beauté du fleuve et de la Rive-Sud, un vieux Carougeois de souche me demanda ce que je fixais tant sur le fleuve depuis plusieurs minutes... puisqu'il n'y avait rien.
Ma réponse fût instantanée : le mouvement de l'eau, mais surtout le magnifique plateau riverain et boisé de Saint-Nicolas, qui offre un paysage unique : un boisé en continu depuis le pont de Québec jusqu'à perte de vue à l'Ouest. Sur ces mots, les yeux de mon interlocuteur brillèrent. Il était tout fier de me raconter que ce paysage lui avait toujours plu et qu'il en était ainsi pour son père et son grand-père. Il pensait que la colline boisée de Saint-Nicolas était là depuis les premiers temps de la colonie et qu'elle était d'une valeur inestimable pour le fleuve et les gens des deux rives.
Il y a quelques semaines, je me suis arrêté au parc nautique de Cap-Rouge afin de m'emplir à nouveau les yeux de ce paysage unique. Quels ne furent pas mon étonnement et ma déception de constater que la tronçonneuse de la Ville de Lévis a eu raison de la colline boisée de Saint-Nicolas : une étendue significative du plateau et de son haut versant, juste en face du coeur de Cap-Rouge, a été débarrassée de sa végétation, à l'exception de quelques arbres isolés. Bien qu'il y ait déjà eu quelques percées sur cette colline boisée au cours des dernières décennies, cette fois-ci l'urbanisation et un projet de développement résidentiel viennent d'en laisser toute une. Et dire qu'il aurait été possible de conserver cette espace du plateau riverain et végétalisé comme parc municipal! Quelle tristesse! Quel affront au patrimoine écologique! Quelle perte de jouissance pour la collectivité! 
Cet exemple d'une urbanisation incontrôlée illustre, une fois de plus, que les objectifs financiers d'un promoteur et de la Ville de Lévis ont primé sur les objectifs collectifs de conservation d'un paysage unique et d'un milieu naturel ayant une valeur patrimoniale, écologique et même récréative. Espérons que ce sera le seul cas d'abus sur le plateau boisé et riverain de Saint-Nicolas et que le conseil municipal de Lévis fera montre d'un sens plus critique face aux projets qui lui seront présentés et d'un préjugé davantage favorable pour la collectivité. Si j'étais résident de cette ville, je demanderais des comptes aux élus actuels pour cette mauvaise décision et j'y penserais à deux fois avant de leur accorder mon vote lors de l'élection municipale de novembre prochain.
En sommes-nous vraiment rendus à sacrifier la beauté d'un paysage patrimonial unique pour le sacré dollar et quelques richards?
André Demers, Québec