Le 150e anniversaire n'est pas une «imposture»

Malgré les divergences d'interprétations, les historiens s'entendent sur la signification notable que revêt l'unification des colonies de l'Amérique du Nord britannique, un compromis «à la canadienne» relativement ambigu entre des élites économiques et politiques de deux nations et de plusieurs colonies.
Les retombées de la Confédération sont en outre multiples pour le Québec. Si les francophones amplifient leur contrôle envers des domaines qu'ils cherchaient à préserver depuis la Conquête - l'éducation entre autres -, leur infériorité démographique se voit accentuée au sein de l'ensemble canadien. 
L'entente de 1867 est a fortiori davantage qu'un simple traité politique. La Confédération est animée au sein même de sa genèse par un esprit économique. Elle vise la conception d'un marché intercolonial ainsi que la structuration d'un ensemble unifié au nord de la frontière américaine. 
Il importe d'insister sur le second point puisque les populations des colonies, en l'absence d'un État central, s'identifient à leurs institutions locales jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce n'est qu'après la Confédération que les rapports entre le Canada-Uni, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse cessent d'être ténus. 
Les célébrations entourant le 150e anniversaire du Canada ne semblent ainsi guère être le fruit d'une «imposture». L'année 1867 est une phase de commencement légitime. Les festivités se limitent à souligner l'avènement d'une entité centrale reconnue juridiquement depuis un siècle et demi et qui se révèle représenter des membres préexistants et suivant son établissement. 
Autrement dit, elles ne font que rappeler la naissance d'un régime politique à deux ordres de gouvernance, tels que nous les connaissons, et consacrés en 1867 par les lois constitutionnelles formant le British North America Act. 
La présence francophone en Amérique ne peut aucunement être oblitérée dans un autre ordre d'idée par les cérémonies organisées en vue du 1er juillet.
Des Français, et ipso facto nos ancêtres, participèrent sans contredit - pour le meilleur et pour le pire - à l'exploration des terres de l'Amérique. Nous sommes bénéficiaires, ainsi que responsables, de leur héritage. Il importe à bien des égards de mettre en reliefs leurs accomplissements et de conserver leurs erreurs en nos âmes et nos consciences respectives. 
Les réjouissances du 150e ne correspondent simplement pas à l'instrument approprié pour parvenir à de pareilles visées. Les activités propres au 375e anniversaire de Montréal, au même titre que la commémoration du quatrième centenaire de la présence française en Ontario, sont à propos - même s'il s'avère collectivement nécessaire de faire davantage afin de promouvoir la dimension française inhérente au pays. 
Lysiane Gagnon critique à juste titre, dans «L'imposture du "150e anniversaire"», l'esprit «postnational» de M. Trudeau. Il est à espérer que les mutations actuelles subies par le Canada ne consacreront pas la prédominance de cette vision. À la veille du 150e anniversaire de la fédération, il est éminemment souhaitable d'abandonner les derniers symboles monarchiques, de renforcer le fait français et de veiller à un rapprochement avec les Premières Nations. Un projet de cette nature est en phase avec notre histoire. 
Gabriel Poirier, étudiant en histoire à l'Université de Montréal