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Port de Québec
Port de Québec

L’avenir du port de Québec, un enjeu des prochaines élections fédérales

Jean Baillargeon
Jean Baillargeon
Expert-conseil en communication et développement stratégique
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POINT DE VUE / À la veille du déclenchement des élections fédérales, il me semble important de soumettre une réflexion sur l’avenir du Port de Québec. Après l’échec du projet Laurentia qui consistait à aménager des quais pour le transbordement de conteneurs dans la Baie de Beauport, je suggère aux partis politiques fédéraux de prendre un temps d’arrêt en se ralliant à l’idée de tenir une consultation publique sur l’avenir du Port de Québec.

Premier constat, le Port de Québec a développé au fil des ans une culture exclusivement axée sur le développement économique. Faut-il s’en surprendre? Pas vraiment, les investissements promis pour Laurentia étaient énormes, plus de 750 millions $, mais les autorités du Port ont réussi, avec le temps, à créer une distanciation sociale avec les citoyens de la ville de Québec. En effet, la fracture avec la communauté est vite apparue, car le projet Laurentia avait peu d’acceptabilité sociale. Il était contesté, non seulement par le milieu universitaire, mais aussi par plusieurs conseillers municipaux incluant des membres de l’équipe du maire. Plusieurs ministères consultés tant au niveau fédéral qu’au palier provincial avaient de sérieuses réserves quant à l’impact environnemental et social du projet auprès des citoyens. Que s’est-il passé pour que ce projet fasse une quasi-unanimité contre le Port, hormis les milieux d’affaires directement concernés?

Ceci m’amène à un deuxième constat : y aurait-il un problème de gouvernance et de culture de transparence au Port de Québec? Plus de 14 millions $ ont été dépensés en études, promotion et lobbying sans aucun résultat probant. Cela me rappelle un projet de tour à condo projeter sur le site du Port de Québec en 1988 et où, heureusement, le gouvernement canadien a eu la bonne idée de tenir des audiences publiques avant que le projet soit mis en forme. J’ai eu d’ailleurs le privilège d’être le secrétaire de ce comité dont le rapport fut bien accueilli en proposant notamment la construction d’une école de marine pour les francophones et en enlevant les tubulures qui masquaient les percées visuelles.

À une autre époque, lors du legs pour le 400e anniversaire de la ville de Québec, le Port de Québec fut un excellent partenaire du gouvernement fédéral et de la ville de Québec en acceptant l’aménagement de la Baie de Beauport, du Bassin Brown et de l’Agora afin de permettre à la population d’avoir accès aux berges du Saint-Laurent. Encore là, j’ai eu le privilège de présider les audiences publiques pour l’avenir de l’Agora, ce fut le cas également pour l’avenir du Manège militaire sur la Grande Allée. Tous ces projets furent bien reçus par la population. Alors pourquoi ceux du Port de Québec, après celui de Beauport 2020 et maintenant Laurentia, ont-ils échoué?

Ne devrait-il pas y avoir un mécanisme de consultation préalable à tous projets d’expansion du Port en zone urbaine avant d’investir des millions en pure perte? N’y avait-il pas des signaux préalables défavorables à l’expansion du Port dans la Baie de Beauport compte tenu des séquences de pollution précédentes dans le quartier Limoilou?

Un climat de méfiance avec la population a pris racine au cours des dernières années, c’est pourquoi une consultation publique sur l’avenir du Port de Québec permettrait sûrement de répondre à la question suivante : quel type d’activités portuaires est compatible avec la cohabitation des citoyens? Le gouvernement fédéral devrait prendre l’initiative de permettre cette consultation publique sur l’avenir du Port de Québec afin de contrer la «distanciation sociale» persistante entre les autorités portuaires et la population de la ville de Québec. Il s’agit là sûrement d’un enjeu des prochaines élections fédérales.