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Laurentia: un paquet de promesses intenables

Sol Zanetti
Sol Zanetti
Député de Jean-Lesage, Québec solidaire
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POINT DE VUE / Le 6 avril, le Port de Québec présentait publiquement la version finale de son projet Laurentia. Malgré sa prétention d’offrir aux gens de Québec le projet de terminal le « plus vert en Amérique du Nord », ce dernier avait été durement condamné par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC). Aujourd’hui, le Port prétend avoir mis en place des mesures d’atténuation environnementales main dans la main avec la communauté. Or, il semble que sa campagne de séduction auprès de la population ait plutôt eu comme effet d’accentuer la vague d’opposition citoyenne qui déferle maintenant jusque dans le secteur de Cap-Rouge.

Contrairement aux prétentions du Port, il appert que 90% des mémoires déposés dans le cadre de l’évaluation environnementale de Laurentia se positionnent contre le projet. Pourtant, le Port insinue que 70 % de la population est en faveur du projet. Sur quoi appuie-t-il ses informations ? Sur une méthodologie gardée secrète ! Ce n’est même pas une blague.

D’ailleurs, l’ensemble des élus locaux, aux paliers canadien, québécois et municipal ont pris position contre le projet, voyant bien que ça ne passait pas du tout dans la communauté.

Des promesses que le Port ne pourra pas tenir

Parmi les mesures que propose le Port pour atténuer les impacts de son désastre laurentien, beaucoup sont des promesses qu’il ne pourra pas tenir. Il dit que les trains qui desserviront le terminal seront électriques et les camions hybrides. Mais qui peut garantir ça ? Le Port est-il devenu actionnaire majoritaire du CN et de toutes les compagnies de transports qui viendront chercher les centaines de milliers de conteneurs qu’il recevra annuellement ? Non. Il ne peut donc rien garantir de ce côté.

Le Port promet ensuite l’électrification des quais. Il l’avait aussi envisagé pour les terminaux de croisière, mais il avait abandonné l’idée parce que seulement 1 % de la flotte des bateaux de croisières venant à Québec sont branchables. Qu’en est-il des bateaux de conteneurs qui viendraient à Laurentia ? Le Port peut-il garantir qu’ils seront en mesure d’utiliser ses installations électriques ? Refusera-t-il les bateaux incapables de se brancher ? Non.

Mais le plus aberrant, c’est la prétention selon laquelle Laurentia serait carboneutre. Un instant. On parle d’un projet qui aura pour effet d’augmenter les échanges internationaux, le transport maritime et terrestre, les GES, le dragage du fleuve et des sédiments contaminés, la destruction des écosystèmes, comment alors peut-il prétendre à la carboneutralité ?

Selon les documents du Port de Québec, les mesures d’atténuation permettraient une réduction de seulement 11 % des GES entre 2025 et 2036.

Sur ce total d’émissions, moins du tiers découlent d’activités qui sont sous le contrôle direct de l’administration portuaire. Ces calculs excluent par ailleurs tout ce qui se situe à l’extérieur de la zone portuaire : le transport maritime, le camionnage pendant la phase d’opérationnalisation, le cycle de vie des produits transbordés, etc. De plus, ils se limitent à évaluer les dix premières années de vie du terminal, mais le contrat qui lie Hutchison Ports et l’APQ est d’une durée de 60 ans. 

Bref, en supposant que le Port réduise ses GES de 11 %, et qu’il ait le contrôle sur 100 % des composantes, il manque encore quelques 89 % des émissions à compenser pour aspirer à la carboneutralité. Que vont-ils faire pour compenser ça une fois leur petit parc aménagé ? Planter des arbres dans le Nord ? C’est bien beau, mais la santé des gens de Limoilou, Beauport et Maizerets, elle, va se dégrader quand même.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de compensation possible. Laurentia demeure un écocide qui menace la qualité de notre air, notre santé, notre sécurité, notre accès au fleuve et notre territoire. Dans Maizerets, Limoilou et Beauport, il nous faut réduire les activités industrielles et non les accroître.