Le PDG du Port de Québec, Mario Girard et le maire de Québec, Régis Labeaume
Le PDG du Port de Québec, Mario Girard et le maire de Québec, Régis Labeaume

Laurentia mon amour

Jean Lacoursière
Jean Lacoursière
Québec
POINT DE VUE / Le maire de Québec s’indigne que le projet de terminal de conteneurs du Port de Montréal, dans la campagne de Contrecœur, concurrence le projet Laurentia (deux fois plus petit) du Port de Québec au centre-ville.

Pourtant, cette concurrence entre les administrations portuaires fédérales est dans l’ADN de la Loi maritime du Canada, pour le meilleur et pour le pire. Ici, c’est le pire, car ces deux projets font partie d’un jeu à somme nulle entre tous les ports de l’est du Canada, aux frais des contribuables.

Nous avons ces dernières années assisté à la métamorphose du maire : il est passé d’homme prônant la «libération du bord de l’eau» et remettant en perspective les emplois issus du transbordement maritime de marchandise («de l’entreposage») à promoteur des projets portuaires, disant vouloir «combattre tout effort de gens qui voudraient diminuer la valeur du port, ou contrecarrer ses efforts de développement».

L’un des terminaux de conteneurs les plus automatisés au monde, le VICT à Melbourne en Australie mis en opération en 2017, a transbordé 423 000 conteneurs équivalents vingt-pieds (EVP) en 2018-2019 à l’aide d’une soixantaine d’employés. Ce nombre d’EVP est un scénario optimiste pour Laurentia, quoi qu’en disent ses promoteurs. Donc, pour une soixantaine de jobs, l’APQ, le maire et la rectrice de l’Université Laval sont prêts à remblayer le fleuve sur une aire équivalant à 21 terrains de football canadien (zone des buts incluse), ruinant ainsi l’attrait panoramique de la plage de Beauport dont la popularité en temps de pandémie crève les yeux.

Le pdg du Port est sans contredit un talentueux vendeur, le nier serait froissant pour le maire et la rectrice, mais n’oublions jamais que la raison d’être invoquée pour Laurentia est l’état décrépit des infrastructures portuaires mal entretenues au fil des décennies par ses fiduciaires fédéraux. Le remède proposé implique une fuite en avant aux rendements très incertains voire fantaisistes, consistant à offrir des terrains créés de toutes pièces à même le fleuve et avec 180 M$ de nos impôts à une entreprise chinoise (Hutchison Ports). Voilà de quoi s’indigner.