Quel crime Martine Ouellet a-t-elle donc commis pour que tant de pistoleros lui tirent dessus sans retenue? Comment expliquer ce torrent de sarcasmes et d’attaques ad hominem qui déferle dans les médias se demande l’auteur de cette lettre d’opinion.

L’audace, Martine et le Revenant

«Sans l’audace, l’impossible s’étendrait partout» (Fontenelle)

Quel crime Martine Ouellet a-t-elle donc commis pour que tant de pistoleros lui tirent dessus sans retenue? Comment expliquer ce torrent de sarcasmes et d’attaques ad hominem qui déferle dans les médias? Comment justifier qu’on puisse, sans gêne aucune, la désigner à l’opprobre comme «Martine la pas fine» (Journal de Montréal) Comment expliquer les attaques moqueuses à répétition d’un chroniqueur de la Joute, les charges agressives d’animateurs et de belles-mères de tout acabit?

On se refuse même, chez les péquistes, à se montrer en sa présence, horrifiés qu’elle use du terme «République du Québec», terme qui figure pourtant dans l’article premier du programme du PQ. La voilà toxique, imbuvable. Daniel Lessard de Radio-Canada, un des rares à se désoler des attaques dont elle est l’objet, doutait qu’on se soit permis pareil traitement si elle avait été un homme (08/03/18). On peut comprendre que chez les souverainistes, une crise au sein du Bloc puisse décevoir, mais cette déception peut difficilement expliquer l’animosité et la raillerie manifestées envers madame Ouellet. Il y a une raison plus profonde qui touche au double discours du Parti québécois pour escamoter l’article premier du programme.

Parce qu’elle se refuse à jouer le jeu des funambules, souverainistes auprès des militants, mais provincialistes et autonomistes auprès de l’électorat, Martine Ouellet, authentique souverainiste et passionaria combative plutôt que velléitaire défensive, devient la victime expiatoire dans le rituel de conjuration des tricksters péquistes et de leurs chantres reconvertis en chroniqueurs. Qu’elle se taise! Qu’elle dégage, lui crie-t-on! La chef du Bloc tient toujours bon malgré la curée et assume pleinement l’idéal d’émancipation du Québec. 

«Retarder l’audace, c’est ne pas en avoir. Reporter une urgence, c’est ne pas la reconnaître. Je crois fermement que les convictions assumées peuvent encore faire gagner des élections […].» Dommage que l’auteur de ces propos (Si j’étais militant péquiste, Le Devoir, 09/09/14), que Martine Ouellet pourrait faire siens, soit maintenant devenu lui aussi un attentiste, en revenant au PQ. Lui, Aussant, qui condamnait la «joute pouvoiriste» du «bon gouvernement» et refusait de reporter le référendum aux calendes grecques. L’exilé a rejoint le PQ, devenant ainsi le dernier funambule en date.

Romain Gagné, Québec