Le bâtonnier du Québec, Me Paul-Matthieu Grondin, rappelle que, légalement, le statut d'immigrant illégal n'existe pas au Canada.

L'arrêt Jordan, un an plus tard

Il y a un an, l'arrêt Jordan rendu par la Cour suprême du Canada est venu secouer la justice canadienne en imposant des délais précis pour mener et compléter des procès devant les cours provinciales et les cours supérieures. En conséquence de ces nouvelles prescriptions, confirmées récemment par l'arrêt Cody, des arrêts de procédures ont été prononcés dans plusieurs dossiers judiciaires.
Avec cet effet inévitable de Jordan, la confiance du public envers la justice continue de s'éroder. Nous sommes totalement conscients que pour la population, un arrêt de procédures correspond à un déni de justice.
Rappelons que la problématique des délais de la justice est importante pour tous et se répercute dans la vie de chacun, qu'on soit victime, accusé, citoyen lésé, citoyen en quête de protection de ses droits, etc. Si, collectivement, nous faisons le choix de vivre dans une société de droit, les coûts reliés à ce choix doivent être assumés dans le souci de préserver la confiance des citoyens dans leurs institutions. Il en va de la survie du principe de l'État de droit et de celui d'une société libre et démocratique. Régler les délais en matière de justice criminelle ne peut et ne doit pas se faire au détriment de la justice civile comme, par exemple, en allongeant ceux des dossiers en droit familial. Ce n'est tout simplement pas une solution viable.
Maintes fois sur la place publique, ces dernières années, nous avons exhorté le gouvernement fédéral à accélérer le processus de nomination des juges d'instance fédérale. Au Québec, actuellement, huit postes restent à combler. 
Soutenir davantage le financement de la justice, l'informatiser efficacement pour la libérer de ses hangars à papier, réformer le Code criminel et les peines minimales qui engorgent nos cours criminelles, adopter des mesures fiscales favorisant les citoyens devant la justice, revoir les enjeux des mégaprocès, bonifier les ressources matérielles de la justice. Voilà quelques-unes des pistes de solutions concrètes que nous réclamons, sans cesse.
Le Barreau du Québec fait sa part, notamment en multipliant les actions auprès de ses membres pour favoriser le changement de la culture judiciaire et l'adoption des modes alternatifs de règlement de conflit, en soutenant les initiatives d'accès à la justice, et en participant à plusieurs forums avec les gouvernements, la magistrature et les autres acteurs de la justice pour remédier aux maux de la justice.
Il est impératif que toutes les forces vives de la justice demeurent engagées dans une action concertée et orientée vers le changement.
Au premier anniversaire du coup de semonce magistral qu'a été le jugement Jordan, nous réitérons que le Barreau du Québec n'abandonne ni ses efforts ni son espoir, sincère de voir les choses changer.
Paul-Matthieu Grondin, bâtonnier du Québec