Langue d'intégration

Les résultats du dernier sondage Léger/Le journal de Montréal utilisent la division «francophones» et «autres langues/non francophones». «Francophones» équivaudrait-il aux seuls Québécois de souche? Les «autres langues/non francophones» comprendraient-ils, en plus des anglophones, tous les ressortissants venus d'une centaine de pays ? Les ressortissants de la Syrie, du Mozambique, de la Hongrie, de la Chine, etc. ne pourraient-ils pas être «francophones» ou sont-ils condamnés à appartenir aux «autres langues/ non francophones» ? Au fait, en quelle langue est administré le questionnaire du sondage ? Le français et l'anglais seulement ? Doit-on plutôt conclure que le questionnaire est administré en espagnol, en swahili ou en mandarin ? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il existe un certain flou.
En adoptant la distinction ci-haut mentionnée, n'est-on pas amené à conclure que les «communautés culturelles» sont toutes «assimilées» aux Anglos? Aurait-on ainsi renoncé à intégrer à la majorité ces néo-Québécois de première ou même de troisième génération? Cela voudrait-il dire que plus on accueille de nouvelles personnes, plus croît la proportion de parlants et pensants anglais, au détriment des parlants et pensants français? Si la réponse devait être positive, l'immigration serait-elle alors bénéfique à ce petit «grand peuple» fortement minoritaire sur le continent nord américain?
Toujours selon le sondage, ces «non francophones/ autres langues» voteraient à 76 % Libéral, parti qui n'a aucun souci de la spécificité linguistique et culturelle de la nation québécoise qu'on veut maintenir de force dans l'ensemble Canadien. Massivement concentrés à Montréal, les «non francophones/ autres langues» contribueraient à ce que, le 7 avril, le Parti libéral y recueille 50% des votes, juste un peu au-dessous de Laval (53%).
Pour promouvoir le caractère français de Montréal, « deuxième ville française du monde» et toujours seule métropole francophone d'Amérique du Nord, peut-on sérieusement penser que le new sheriff in town pourrait être appuyé par un éventuel gouvernement libéral beaucoup plus préoccupé de bilinguiser les jeunes que de promouvoir la seule langue nationale ? Soyons sérieux! Il est plus que temps de bien saisir l'urgence de donner au Parti québécois les moyens de mettre en place les mesures énergiques qui s'imposent pour intégrer les «autres langues/non francophones» (mis à part la minorité anglophone historique, bien sûr!) à la majorité de la nation?
Normand Breault, Montréal