Le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne

Lanceurs d’alerte: loyauté envers le bien public

Le congédiement de Louis Robert, ce fonctionnaire du ministère de l’Agriculture qui a porté à la connaissance du public l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche la concernant, est un scandale d’une importance gravissime.

Il devrait révolter toute personne sensible à la justice et à la démocratie. Si le gouvernement protège l’industrie qu’il est censé surveiller et châtie ceux qu’il embauche pour protéger la population, cela signifie qu’il n’y a pas de limite aux exactions que pourront commettre les fabricants de poison contre la santé publique. Un tel précédent pourra ensuite servir de modèle dans tous les domaines et on peut être certain que le profit de l’industrie deviendra le seul moteur de l’action du gouvernement (si ce n’est déjà le cas) et que ce dernier camouflera tous les dangers qui guettent les citoyens.

Ce qu’un homme honnête comme M. Robert mérite, ce n’est pas un renvoi, mais une médaille de civisme.

La seule loyauté à laquelle les employés de l’État devraient adhérer est celle envers la protection du bien public, du bien-être et de la santé de la population. Cela devrait faire partie de leur contrat d’embauche et être formulé textuellement de la façon suivante : «Je m’engage sur l’honneur à servir le bien public, le bien-être et la santé de la population et à dénoncer publiquement toute pratique qui y serait contraire même aux dépens de mon employeur». Tout parti politique sérieux devrait faire la promotion d’une telle exigence.

Le Code du travail devrait être amendé de façon à ce que, chaque fois que la loyauté envers l’employeur entre en conflit avec le bien du public, c’est la loyauté envers le bien public qui devrait l’emporter. Tout parti politique sérieux devrait faire la promotion d’une telle provision au Code du travail.

On arguera que cette mesure risque de donner lieu à de nombreux procès, car certains employés pourraient avoir une définition large de cette loyauté envers le bien public. Ça ne sera que salutaire, car ces poursuites devraient être présumées comme entamées contre le Ministère public, lequel doit prendre fait et cause pour l’employé en question. Les employeurs devront payer pour prouver en cour le bien-fondé de la contestation des décisions des employés, ce qui constituera une jurisprudence apte à donner un bon modèle de ce que signifie la loyauté envers la société avant celle envers les administrations.

Francis Lagacé, Montréal