Le Port de Québec

Lancer de bonnes idées ou lancer des ballons?

En entrevue au journal «Le Soleil», le député Sol Zanetti souhaite que le développement portuaire de Québec (entendre le projet de terminal de conteneurs) puisse déménager «en dehors du centre urbain… pas très loin, sur la rive nord ou la rive sud du fleuve Saint-Laurent».

Manifestement, il y a ici méconnaissance totale des conditions de base pour une infrastructure portuaire d’envergure. Monsieur Zanetti sait-il que les sites potentiels pour l’établissement de ports en eaux profondes sur les rives du Saint-Laurent entre Québec et Rimouski sont déjà identifiés et cartographiés depuis longtemps et qu’ils se comptent sur les doigts d’une seule main?

Pas très loin de Québec sur la rive nord? Où ça? À Château-Richer ou Sainte-Anne de Beaupré? Impossible. Un porte-conteneurs, c’est bien autre chose que le Louis Joliette. De plus, une telle option ne changerait absolument rien en termes d’impacts sur le système de transport routier de la Capitale. Les centaines de camions/jour devant assurer la desserte du terminal seraient quand même contraints d’emprunter l’Autoroute de la Capitale pour se rendre vers l’ouest dans le but de gagner les ponts.

Quant à l’option «pas très loin sur rive sud», il n’y a que l’espace Rabaska comme site potentiel. Point final. Alors imaginons, comme écologistes, l’ampleur de l’impact environnemental relié à la construction d’une immense plate-forme de déchargement et d’entreposage à même le lit du fleuve dans cette zone très sensible. À l’époque du projet Rabaska, une simple prise de contact navire-oléoduc au bout d’une étroite jetée de 600 mètres dans le fleuve s’avérait déjà problématique. 

Pour une industrie de conteneurs comme celle projetée, il faut là encore aller jusqu’à 600 mètres dans le fleuve pour la construction de quais en eaux profondes. Ces derniers doivent pouvoir accueillir quelque 6000-9000 conteneurs à la fois. Imaginez l’espace terrestre que de telles activités nécessitent au chapitre de la capacité d’entreposage et des infrastructures dédiés à la remontée par camions pour se connecter aux circuits routiers nationaux. En raison de cette distance de 600 mètres pour se connecter à l’eau profonde, c’est potentiellement trois fois les 17 hectares actuellement prévus à Beauport comme superficie de plate-forme. Un peu de sérieux SVP.

Il y a une réalité qu’il faudra un jour admettre: dans la région de Québec, la géographie du fleuve et le système de transport routier ne laissent pas réellement de place pour une industrie portuaire industrielle lourde du type de celles actuellement promues par l’Administration portuaire de Québec. À moins de vouloir à tout prix un projet insensé.

Pierre-Paul Sénéchal, Président du GIRAM