Le maquereau occupe une place de choix dans l'alimentation nordique.

L'alimentation nordique n'est pas un feu de paille

Lors d'un récent séjour à Helsinki, en Finlande, j'ai mangé du renne pour la première fois de ma vie. J'étais curieuse de découvrir ce que cette viande allait goûter et je dois avouer que mes papilles gustatives n'ont pas été particulièrement charmées. Qu'à cela ne tienne, c'est tout de même un bon prétexte pour vous parler de l'alimentation nordique.
On pourrait penser que l'alimentation nordique est une nouvelle mode dans le marché des régimes alimentaires. Après l'alimentation méditerranéenne, le régime Okinawa, le régime Tahiti et le régime Miami, voici venue, poussée par la bise, l'alimentation nordique! 
Je vous rassure tout de suite, l'alimentation nordique n'est pas un feu de paille. Elle a fait l'objet de nombreuses études et est à la base des recommandations nutritionnelles d'un contingent de cinq pays, soit le Danemark, la Finlande, la Suède, l'Islande et la Norvège, depuis maintenant près de 50 ans. Ces recommandations, qui sont périodiquement mises à jour, servent de base à l'élaboration de politiques, permettent la formulation de lignes directrices et favorisent la mise en place d'activités et de programmes visant l'amélioration de l'alimentation et de la santé. Les plus récentes recommandations ont été émises en 2012 et publiées sous la forme d'un rapport exhaustif. Il s'agissait alors de la 5e édition.
Dans mon dernier billet, je vous racontais que nos recommandations alimentaires peinaient à se détacher d'une vision axée strictement sur les nutriments. Dans les plus récentes recommandations concernant l'alimentation nordique, on met tout particulièrement l'accent sur les groupes alimentaires et l'alimentation dans sa globalité ainsi que sur le rôle qu'ils jouent dans la prévention des maladies chroniques. Cette approche est différente de celle privilégiée dans les versions précédentes qui mettait davantage l'accent sur les apports quotidiens recommandés pour divers nutriments.
À quoi ressemble l'alimentation nordique?
Les bases des recommandations nutritionnelles des pays nordiques ressemblent à celles émises dans les autres pays. En bref, on vise une alimentation qui apporte beaucoup de nutriments par bouchée et qui permet de prévenir les maladies chroniques.
De nombreux aliments typiquement nordiques permettent d'avoir une alimentation de haute qualité. Du côté des fruits et des légumes, on trouve notamment les pommes, les poires, les prunes, les bleuets, les airelles rouges, le chou, le poireau, le kale, les épinards, la betterave et les carottes. Les noix consommées sont surtout les amandes. Les légumineuses trouvent aussi leur place dans l'assiette, notamment les haricots bruns. La viande de renne, d'agneau, de boeuf, de poulet et de dinde fait également partie de l'alimentation nordique. Par ailleurs, une place de choix est occupée par les poissons comme le maquereau, le saumon et le hareng. Concernant les céréales, le seigle, le blé, l'avoine et l'orge sont les favoris de l'alimentation nordique.
Il m'apparaît important de souligner que l'aspect durable de l'alimentation fait partie des préoccupations des pays nordiques. Dans les recommandations de 2012, un chapitre complet est consacré à ce sujet. On y traite entre autres des meilleurs choix alimentaires pour réduire l'impact négatif sur l'environnement. Cela fait certainement des jaloux, entre autres chez nos voisins du sud. En effet, lors de la publication des recommandations alimentaires aux États-Unis en 2015, plusieurs ont vivement critiqué l'absence de prise de position ferme pour favoriser une alimentation plus durable.
Les effets positifs de l'alimentation nordique
Plusieurs études se sont intéressées aux associations entre le fait de privilégier une alimentation nordique et le risque de contracter certaines maladies. De façon générale, on note que l'adoption de cette alimentation est associée à un risque moindre de diabète de type 2 et de diabète de grossesse. Avoir une alimentation nordique serait également associé à des valeurs de tension artérielle plus basses et à une diminution de la présence de plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires (dyslipidémie, inflammation, etc.).
Je voulais aussi vous dire un mot sur les stratégies utilisées pour favoriser cette alimentation. Différentes instances des pays nordiques européens ont uni leurs efforts pour développer un système d'étiquetage permettant d'identifier facilement les aliments à privilégier. Le symbole qui illustre le trou d'une serrure est le premier du genre à être appuyé par les autorités de plusieurs pays, soit le Danemark, la Suède et la Norvège.
Ce symbole vert et blanc permet de repérer facilement les aliments à privilégier à l'épicerie et dans les menus de restaurants. Par ailleurs, pour que les gens se familiarisent avec le logo, des campagnes publicitaires ont été réalisées, un site Web a été créé, des documents éducatifs ont été produits et un slogan a été lancé: «Des choix sains facilités». Des sacs d'épicerie réutilisables arborant le symbole sont aussi offerts en magasin. Enfin, notons que des études ont été réalisées pour documenter la compréhension du logo et son incidence sur les choix alimentaires.
Pour terminer, ce que je trouve particulièrement intéressant avec la promotion de l'alimentation nordique est qu'elle s'inscrit dans le contexte d'un effort concerté de plusieurs pays, ce qui se voit rarement dans le domaine de la promotion de la saine alimentation.  Elle est également appuyée par des mesures concrètes, par exemple l'utilisation du logo présenté plus haut. De plus, des efforts de recherche sont constamment déployés pour documenter les effets de l'alimentation nordique et raffiner les recommandations. Bref, on sent une cohérence dans les actions et une belle synergie entre les différents acteurs impliqués. De quoi inspirer nos décideurs qui doivent plancher sur une nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien et la mise à jour des normes en matière d'étiquetage alimentaire!
Ce texte est d'abord paru sur le site «Les blogues de Contact». Pour participer à la discussion ou pour consulter les autres billets du site, cliquez sur ce lien. Les blogueurs conservent l'entière responsabilité des propos tenus dans leurs billets.
Simone Lemieux, nutritionniste et professeure à l'École de nutrition, à l'Université Laval