Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

L’Alberta, le Québec et la misère des riches

POINT DE VUE / L’Alberta reproche au Québec de vivre sur l’aide sociale canadienne et se plaint d’en faire les frais. Ses finances publiques sont déficitaires alors que le Québec nage actuellement dans les surplus. Ce seraient les transferts de péréquation qui en seraient la cause principale. Voici la façon la plus simple de résumer la situation perçue par les citoyens de cette province, dont le message clair est retransmis par leur premier ministre Jason Kenney.

Par ailleurs, on se plaît à reprocher au Québec d’être la province canadienne où les citoyens sont les plus taxés, en même temps que de prétendre que c’est ce qui ralentit notre économie, nous appauvrit et nous amène à bénéficier de cette aide sociale canadienne. Cette logique tombe sous le sens, mais regardons un peu plus loin.

Québec perçoit actuellement 63 milliards $ par année en taxes et impôts pour une population de plus de huit millions, ce qui représente une charge d’environ 7800 $ par citoyen. L’Alberta perçoit pour sa part 22 $ milliards par année en taxes et impôts pour une population de quatre millions, ce qui correspond à une charge d’environ 5500 $ pour chacun de ses citoyens, encore une fois toutes sources confondues.

L’Alberta pourrait, comme le Québec, choisir de taxer et imposer ses entreprises et ses citoyens à un niveau plus élevé. On sait très bien que c’est contre ses principes, mais toujours est-il que si elle décidait un jour de le faire, ce serait près de 9$ milliards de plus dans son budget. Et dans le contexte économique favorable actuel, elle nagerait peut-être elle aussi dans les surplus au lieu de déprimer et pester contre les autres comme elle le fait.

L’Alberta a tout à fait le droit de faire ses propres choix politiques, économiques et fiscaux. Mais on doit objectivement constater qu’en refusant d’augmenter ses revenus fiscaux, elle se prive d’une marge de manœuvre budgétaire à laquelle le Québec s’est donné droit.

Si l’Alberta augmentait ses taxes et impôts au point d’imposer une charge fiscale aussi lourde qu’au Québec, non seulement elle pourrait mieux équilibrer ses finances publiques, mais en ralentissant son économie et en «appauvrissant» pour ainsi dire ses citoyens et ses entreprises, elle en viendrait peut-être à recevoir de la péréquation au lieu d’en payer. On ne peut qu’en conclure qu’une Alberta qui se refuse à le faire préfère la richesse à la pauvreté. C’est drôle comme soudain leur problème avec le Québec se transforme en «misère des riches»!