Dans l’important débat qui a cours en ce moment sur la maternelle 4 ans, assurons-nous de mettre l’enfant au cœur de nos réflexions d’adulte comme le font celles qui travaillent chaque jour auprès des tout-petits, écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

Laissons les enfants apprendre par le jeu

Depuis plusieurs années, des pressions sont exercées sur les réseaux scolaires et de la petite enfance afin d’apprendre à écrire et à compter très jeune… trop jeune! Le réseau de la petite enfance et les maternelles 4 ans en milieu défavorisé existantes mettent présentement l’accent sur un apprentissage par le jeu au rythme de l’enfant. Les deux s’appuient des programmes éducatifs qui vont en ce sens.

On apprenait cette semaine que le gouvernement envisageait d’ouvrir des classes de maternelles 4 ans en CPE et en garderies privées non subventionnées. Mais quelle mouche a piqué le gouvernement? 

Au cœur de ce débat se cache une question dont on entend peu parler : faut-il privilégier une approche axée sur le jeu ou scolarisante? Bien que ce dernier mot puisse paraître rebutant à première vue, il est primordial de s’y attarder afin de bien en comprendre les tenants et aboutissants. 

L’apprentissage par le jeu, c’est axer nos interventions pour que nos tout-petits se développent selon leurs intérêts, sans évaluation.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne fait pas l’objet d’observations, au contraire! Nos professionnelles de la petite enfance contribuent quotidiennement au dépistage de retards dans le développement de l’enfant par leurs observations.

Cette approche d’observation et non-scolarisante tranche avec le discours du premier ministre qui déclarait encore récemment vouloir scolariser plus tôt les enfants. Un de ses députés a d’ailleurs plaidé, à l’Assemblée nationale, en faveur d’un bulletin pour les enfants de quatre ans.

On a bien du mal à suivre l’orientation du gouvernement. D’un côté, son ministre de la Famille tente de se faire rassurant et souligne le professionnalisme des intervenantes en petite enfance. De l’autre, son ministre de l’Éducation et le premier ministre dénigrent ces mêmes intervenantes en les rabaissant à un rôle de gardienne plutôt que de véritable professionnelle de la petite enfance. 

À écouter le gouvernement ces temps-ci, c’est à croire que tous les enfants à besoins particuliers devraient aller en maternelle 4 ans pour développer leur plein potentiel. Et tant qu’à y être, pourquoi pas les enfants «matures» que l’on voudrait voir progresser rapidement? Comme si les services éducatifs à la petite enfance stimulaient moins les enfants…

Nous croyons que le gouvernement doit rapidement mettre cartes sur table et être clair avec la population. Qu’adviendra-t-il du programme actuel de maternelle 4 ans axé sur le jeu? Y aura-t-il deux programmes éducatifs diamétralement différents pour ces enfants selon le réseau qu’ils choisiront? Pourquoi cette différence? Qu’est-ce qu’il considère le mieux pour les enfants de 4 ans?

Les études menées sur le sujet sont pourtant très claires : les enfants de 4 ans apprennent par le jeu. Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire? Prenons un bricolage. Plutôt que d’imposer une façon de faire avec une forme ou un thème, l’éducatrice laissera l’imagination des enfants prendre le dessus et s’assurera de les stimuler par ses interventions ou par l’ajout de matériel. Les enfants veulent dessiner des nuages? Pourquoi ne pas leur apporter de la ouate pour la coller? C’est l’enfant qui dirige et l’éducatrice est en appui.

On est bien loin d’une planification pédagogique avec un cursus et des matières à apprendre. Dans l’important débat qui a cours en ce moment sur la maternelle 4 ans, assurons-nous de mettre l’enfant au cœur de nos réflexions d’adulte comme le font celles qui travaillent chaque jour auprès des tout-petits. La scolarisation précoce n’est pas une bonne solution pour nos tout-petits que ce soit dans les services éducatifs à la petite enfance ou à la maternelle 4 ans.