Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a indiqué lundi n'avoir aucunement l'intention d'accélérer le débat sur l'élargissement de l'aide médicale à mourir.

L'aide médicale à mourir n'a rien de honteux

Lettre à l'Association québécoise des Soins palliatifs
Votre Réseau a eu beau s'opposer fortement à l'arrivée d'un nouveau droit pour la personne en fin de vie, celui de l'aide médicale à mourir, mais ce fut en vain. Désolé pour plusieurs de vos dirigeants et de vos penseurs, le bien est fait et il a été bien fait. La sédation palliative continue (terminale) et l'aide médicale à mourir font désormais partie des soins appropriés et personnalisés de fin de vie. Ils s'ajoutent aux soins de confort qu'administrent fort bien les professionnels de votre Réseau.
Depuis juin dernier, plus de 1000 personnes canadiennes ont terminé leur vie avec l'aide médicale à mourir. Au Québec, depuis le 10 décembre 2015, il ne serait pas surprenant qu'environ 800 personnes éclairées et libres auraient reçu ce soin terminal qu'est l'AMM. Bonne nouvelle : cela s'est bien passé, grâce au plus grand des respects de chaque personne en fin de vie jusqu'à sa fin. La dignité passe beaucoup par ce respect et par cette liberté de choix. Les témoignages tant chez la personne en fin de vie que chez les proches et les soignants, sont presqu'unanimes. Ils sont nombreux et fort positifs. Les médias en ont témoigné abondamment.
Au Québec, l'AMM ne se fait qu'en présence du médecin avant-pendant-après. Ce qui est cliniquement et humainement beau et bon, «c'est que les 9 minutes pour les injections terminales font partie des 540 minutes d'accompagnement professionnel et humain», affirme le docteur en Soins palliatifs Alain Naud. Je suis tellement fier que nos six ordres professionnels québécois concernés et que notre ministre de la Santé rejettent toute AMM via le suicide médicalement assisté (SMA), permis par la Loi C-14. 
Dans le reste du Canada, trois AMM auraient eu lieu en 2016 par SMA; trois sur 1000, c'est infiniment peu, mais, pour moi, c'est trop. J'ai bien hâte que cet article soit retiré de C-14 : «de prescrire ou de fournir une substance à une personne, à la demande de celle-ci, afin qu'elle se l'administre et cause ainsi sa mort». Lors d'un SMA, le contrôle et l'évaluation deviennent quasi impossibles; aussi, une porte aux abus s'entrouvre, et elle est de trop.
Une bonne nouvelle : chez les personnes qui ont donné et reçu AMM, il n'y a pas eu de dérapage. La mauvaise nouvelle : les seuls dérapages proviendraient de médecins farouchement opposés à l'AMM, ayant occasionné des lenteurs et des retards entre la demande et la réalisation d'une AMM. On pourrait parler ici de maltraitance de personnes en fin de vie.
Une affirmation haute en énergie. Le docteur en soins palliatifs Alain Naud affirme que l'AMM n'a rien d'un soin honteux; au contraire, il a tout d'un soin vertueux, car respectueux au plus haut point. Du haut et du profond de plus de ses 20 années d'expérience en soins palliatifs, il affirme «L'AMM est un soin clinique, médical, moral, éthique, légitime et légal».
«Vivre ensemble les soins palliatifs» est le thème de votre 27e congrès. Il aura lieu à Lévis, les 11 et 12 mai prochains. Comme les Docteurs Alain Naud, Pierre Viens, Georges L'Espérance, Marcel Boisvert, et messieurs Ghislain Leblond et ..., je ferai partie non des conférenciers invités, mais des conférenciers évités; à tort. Nous aurions aimé faire partie de ce «Vivre ensemble...» ; bien de vos participants l'auraient apprécié aussi. 
Nous aurions pu affirmer en fin de congrès «Vivre ensemble tous les soins de fin de vie, appropriés et personnalisés», incluant l'AMM, bien sûr. Il est permis d'avancer l'hypothèse que la majorité de vos membres sont en faveur de l'inclusion de l'AMM dans l'offre des soins. Possible aussi d'affirmer qu'ils pensent maintenant qu'une personne en fin de vie qui demande l'AMM ne devrait plus être forcée de quitter les Maisons de soins palliatifs; «seul l'intérêt de la personne en fin de vie doit primer». Déjà trois de la trentaine de ces Maisons acceptent que l'AMM fasse partie de ces soins. Ce qui est certain, d'autres Maisons y pensent; à raison. Encourageant.
Une certitude. Plusieurs cesseront de retenir leurs dons lorsque vos Maisons s'ouvriront pleinement à tous les droits de la personne en fin de vie. Même plus, ils donneront davantage; je serai du nombre, abandonnant le conditionnel à mon don. Une dernière certitude : les communautés religieuses continueront à soutenir financièrement vos Maisons; les habitera la phrase inspirante, courageuse et porteuse de pape François «Qui sommes-nous pour juger?».
Enfin. Comment, pour votre conférence d'ouverture, ne pas vous féliciter d'avoir osé inviter le sociologue Jacques Roy; son message sera inspirant, rassurant même car bien ancré dans le réel de notre société québécoise. Ce sociologue sera des plus intéressants et nécessaires à votre congrès tout comme il le fut le 29 mai 2011, pour l'ouverture de votre 21e congrès. 
Excellent 27e congrès ! Que l'ouverture, la compassion, la solidarité et l'inclusivité l'honorent!
Yvon Bureau, Travailleur social, Consultant bénévole pour un mourir digne et libre