Le signataire de la lettre, Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

L'administration publique doit retrouver ses repères

Dans son rapport déposé cette semaine, la Vérificatrice générale révélait que Revenu Québec choisit d'ignorer un certain nombre de contribuables ou d'entreprises qui ne produisent pas leur déclaration de revenus, «notamment lorsque la rentabilité n'est pas jugée suffisante ou lorsqu'une somme pourrait leur être due.» (p.3)
Autrement dit, quand l'agence estime que les montants à récupérer sont trop minimes, ou lorsque c'est le fisc lui-même qui doit un remboursement d'impôt à un contribuable qui l'ignore certainement, la politique c'est : chut! On tient ça mort. La vérificatrice voit dans cette situation une «incohérence potentielle» (p.17) avec les orientations de l'organisme. Nous y voyons une contradiction majeure avec l'esprit qui devrait guider l'ensemble de l'administration publique dans ses relations avec les citoyennes et les citoyens du Québec. C'est quoi déjà le nouveau slogan de Revenu Québec... ah, oui : «Juste. Pour tous».
L'administration publique constitue l'interface entre la population et l'État. Son rôle est de permettre à chaque citoyenne et chaque citoyen d'accéder aux services publics en toute équité, ainsi que de réaliser ses droits et obligations envers la collectivité. Selon le code d'éthique de la fonction publique, le personnel de l'État est «responsable de l'application des lois, serviteur de la population, gardien des décisions démocratiques, fiduciaires des ressources publiques».
Malheureusement, nous constatons que cette philosophie du service public est en voie de disparition dans les hautes sphères de l'administration publique québécoise.
Une étude récente réalisée par le SFPQ révèle que cette crise du service public est particulièrement criante dans les centres d'appels gouvernementaux. Lorsque vous appelez dans un ministère ou un organisme, sachez que l'agente au bout du fil est chronométrée dans ses échanges avec vous. Son évaluation individuelle porte essentiellement sur le nombre et la durée moyenne des appels qui apparaîtront dans la compilation de ses statistiques personnelles. 
Vous avez droit à un remboursement en raison de la suspension de votre permis, mais vous l'ignorez? Vos immatriculations sont expirées et vous vous exposez à une amende substantielle? Il est interdit à l'employé de la SAAQ de vous en informer, même s'il le voit noir sur blanc dans votre dossier, et ce, parce que vous avez seulement téléphoné pour effectuer un changement d'adresse. C'est question/réponse, point. Dans tous les ministères et organismes, la notion de «service à la clientèle» s'est substituée à celle de service public.
Malheureusement, il ne suffit pas de produire une Charte des contribuables, ou encore de pavoiser avec des statistiques d'accessibilité trompeuses. Revenu Québec a répondu à 78,7 % des appels en moins de 2 minutes, mais combien de contribuables ou de citoyens laissés dans l'ignorance sur l'ensemble de leurs droits? La logique productiviste et capitaliste n'a pas sa place dans l'appareil gouvernemental et il est grand temps que l'administration publique se recentre sur sa vocation.
Christian Daigle, président général, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)