La voiture électrique a-t-elle vraiment meilleure mine?

Alors que s'ouvre aujourd'hui à Montréal le 1er salon du véhicule électrique et hybride au Canada, plusieurs s'interrogent si, dans les faits, la voiture électrique permet un gain environnemental? Sur le plan de la réduction des gaz à effet de serre et de la pollution de l'air, il n'y a aucun doute, la voiture électrique a un net avantage sur la voiture conventionnelle à essence, surtout en milieu urbain.
Une récente étude du CIRAIG conclut que la voiture électrique atteint une performance de 55 % supérieure à la voiture conventionnelle sur le plan de la santé (qualité de l'air) et de 80 % supérieure pour la réduction des gaz à effet de serre.
Par contre, la même étude conclut que la voiture électrique performe moins bien sur le plan des ressources minières nécessaires à sa construction.
En 2016, il s'est vendu plus 80 millions de nouvelles voitures à l'échelle mondiale, et plus de 400 millions depuis 2010. Ces volumes sont non soutenables, même en atteignant de forts taux de recyclage.
L'explosion du nouveau marché de la voiture électrique entraîne à son tour l'explosion de nouvelles filières minérales nécessaires à la fabrication de ces voitures.
Cette nouvelle réalité frappe maintenant le Québec, avec tous les enjeux que cela suscite.
Un exemple concret est celui de la minière Nouveau Monde Graphite, qui souhaite exploiter une mine à ciel ouvert d'envergure (plus de 2 km de longueur) à Saint-Michel-Des-Saints, au nord de Montréal.
Nous avons récemment entrepris une mission-terrain pour mieux évaluer les enjeux que suscite ce projet minier. Voici trois enjeux majeurs que nous avons constatés :
1. La mine serait située au coeur d'un secteur à haute valeur récréotouristique et de villégiature, niché entre le Parc national du Mont Tremblant et le Parc régional du Lac Taureau, de même qu'à proximité de deux réserves fauniques d'importance.
2. La mine produirait environ 60 millions de tonnes de déchets miniers qui contiennent des substances toxiques pour l'environnement et l'eau. Ces déchets miniers devront être entreposés à perpétuité sur le territoire de la municipalité, dans le bassin versant du Lac Taureau.
3. Les impacts du bruit, des poussières, des dynamitages et du trafic accru. Déjà, la valeur des propriétés semble être affectée : plusieurs résidents et villégiateurs ont interrompu leurs travaux de rénovation et d'autres ont vu de potentiels acheteurs fuir à cause de la venue possible d'une mine.
Bien que la minière manifeste une certaine ouverture, l'expérience démontre qu'au-delà des paroles et des bonnes intentions, ce sont d'abord à des garanties écrites, légales et financières auxquelles s'attend la population.
Si les enjeux sont irréconciliables, il faudra peut-être considérer des projets dans des milieux moins sensibles. C'est d'ailleurs ce que réclame le mouvement «Pour la vraie nature de Saint-Michel-Des-Saints», qui a récemment lancé une pétition.
Comme quoi une solution environnementale en apparence évidente, telle que la voiture électrique, cache souvent des réalités beaucoup plus complexes...
Ugo Lapointe, Cofondateur de la Coalition Québec meilleure mine