La rivière avant les travaux de revitalisation.

La victoire des «chialeux du canal»

Peu connue est l'aventure de cette poignée de citoyens qui furent les véritables initiateurs de la transformation de la rivière Saint-Charles, de canal bétonné à rivière urbaine.
Peu connue est l'aventure de cette poignée de citoyens qui furent les véritables initiateurs de la transformation de la rivière Saint-Charles, de canal bétonné à rivière urbaine.
Au début des années '90, la Ville de Québec était encore très fière de son beau canal. Elle soulignait avec enthousiasme le caractère «franchement urbain» de son blockhaus linéaire et le comparait à la Tamise, au Tibre et à la Seine. Pourtant, n'importe quel examen de l'aménagement de cours d'eau européens aboutissait à la conclusion que la Saint-Charles canalisée constituait une monstruosité telle que l'endroit aurait pu devenir en soi une attraction touristique.
C'est alors qu'un groupe citoyen - le Mouvement Rivière Vivante - entreprit de convaincre la Ville de réaménager la Saint-Charles et d'enlever le corset de béton dans lequel on l'avait emprisonnée, une vision à laquelle l'Administration municipale s'opposait résolument.
En fait, c'est la candidature olympique de Québec en 1995 qui joua le rôle de déclencheur imprévu de toute l'affaire. Le village olympique étant censé être construit à la Pointe-aux-Lièvres, la Ville procéda à des consultations publiques qui devaient porter uniquement sur un plan d'urbanisme. On n'avait pas prévu que la canalisation de la rivière puisse être remise en question à l'occasion de ces consultations et on ne le désirait pas non plus.
Or, deux amis décident de saisir l'occasion de ces consultations et inscrivent des mémoires avec la ferme intention d'élargir l'agenda de la Commission consultative et de remettre en question la canalisation de la rivière. Sur place, ils découvrent que d'autres citoyens partagent leur approche. Quelques présentations-choc ébranlent les certitudes jusqu'alors acquises.
Les trois commissaires (Paul Ohl, Denise Piché et Yves L. Pagé) font ensuite largement écho à ces interventions dans leur rapport et, à la surprise et consternation de la Ville, recommandent que «toutes les options, y compris celle de l'enlèvement des murs, soient analysées et discutées publiquement» (Rapport, 1995, p. 17.)
Ces mêmes citoyens mettent alors sur pied le Mouvement Rivière Vivante avec pour objectif la régénération et la renaturalisation de la rivière. Ce sont les efforts de ce mouvement citoyen qui ont fini par porter fruit quelques années plus tard et qui ont conduit au débétonnage qui s'en est suivi.
Si la Ville de Québec n'avait pas été confrontée pied à pied et obstinément par ce groupe de citoyens durant plusieurs années, jamais le débétonnage de la rivière Saint-Charles n'aurait eu lieu et la Ville continuerait de se montrer très fière de son beau canal.
Constat: sans candidature olympique, pas d'audiences publiques, pas de remise en question de la canalisation de la Saint-Charles, pas de Mouvement Rivière Vivante et par conséquent les murs de béton de la rivière seraient toujours en place.
Conclusion: les divinités du Hasard et du Destin gouvernent bien davantage la chose publique que les connaissances approfondies, le bon jugement, le type de dirigeants ou encore la recherche de l'intérêt général.
Léonce Naud, géographe
Deschambault