La valse-hésitation dans le taxi a assez duré

POINT DE VUE / Le 14 octobre prochain, le projet pilote d’Uber Québec arrivera à son échéance ultime. Cette fois-ci, techniquement, le ministre des Transports ne peut plus prolonger le projet. Il doit le pérenniser ou y mettre un terme. Les projets pilotes du MTQ ne peuvent être reconduits plus de deux fois.

Pendant ce temps, dans le taxi, tout est figé. Le gouvernement a exigé et s’attend à une modernisation, mais il a plutôt paralysé l’industrie en affirmant depuis cinq ans que les règles du transport de personnes vont changer très bientôt, sans jamais le faire. Le cas de Téo Taxi, qui a voulu aller plus vite que la musique, est frais à la mémoire de tous. En semant ainsi la panique, le gouvernement a fait en sorte que les entreprises de taxi jouent d’extrême prudence et on peut les comprendre. Plutôt que d’assister à une modernisation, nous sommes témoins d’un attentisme de bientôt 2000 jours : on attend les compensations, on attend le fonds de modernisation, on attend l’adoption de la loi, on attend les nouveaux règlements… Bref, rien n’a bougé à cause de l’épée de Damoclès qui plane constamment au-dessus des taxis depuis 2014.

C’est comme si le gouvernement avait annoncé qu’il allait exproprier des gens pour détruire toutes les maisons sur une rue et qu’il s’attendait à ce que, en attendant la démolition, les propriétaires refassent leur devanture. Comment voulez-vous investir dans votre entreprise quand l’État annonce constamment des bouleversements, mais qu’il ne passe jamais à l’action? La valse-hésitation dans le taxi a assez duré.

À son arrivée en poste, François Bonnardel, ministre des Transports, a critiqué le gouvernement précédent en disant qu’il «a manqué de courage» pour réformer et relancer l’industrie du taxi. Il est maintenant temps qu’il en fasse preuve. Le temps des tergiversations infinies est révolu. Que l’on compense les taxis à la valeur de leur permis en 2014, qu’on passe une loi qui impose les mêmes exigences envers tous les transporteurs rémunérés de personnes et qu’on avance!

Dans l’industrie, il y a des gens tellement confus et effrayés, qu’ils en viennent à demander un retour aux années 1970, quand les territoires actuels de taxi ont été créés. Ces personnes, prises de panique, rêvent à des règles désuètes et des contraintes géographiques artificielles et incompatibles avec les attentes de la clientèle d’aujourd’hui. Pire encore, certaines personnes veulent qu’on sclérose le taxi avec plus de règles, alors qu’on laisserait Uber agir à sa guise. Franchement, ces propositions n’ont aucun sens.

Des propriétaires de permis sont actuellement mourants. J’en connais personnellement deux. Ils attendent leur chèque d’expropriation, mais on dirait bien qu’ils vont trépasser avant de savoir ce que fera le ministre des Transports. La paralysie est à son comble!

Tout ce fouillis doit maintenant se terminer. Les propriétaires de permis méritent une compensation pleine et entière et un marché concurrentiel équitable. Ensuite, que le meilleur l’emporte! Une fois ce cadre créé, les entreprises de taxi pourront à nouveau investir et regarder en avant. La situation actuelle ne profite à personne à part Uber. Le client non plus n’y trouve pas son compte.