La tradition de courage politique du Canada

Le Canada se distingue actuellement sur la scène internationale par son courage politique en accueillant une réfugiée saoudienne et en tenant tête au chantage du gouvernement chinois depuis qu’il détient, à la demande des États-Unis, une dirigeante d’une importante entreprise chinoise. Dans les deux cas, le gouvernement canadien a su maintenir son intégrité malgré la pression et les conséquences politiques et économiques de ces gestes.

Ce courage politique s’inscrit dans une tradition dont nous pouvons tous être très fiers surtout que ce sont des Québécois qui ont, souvent, assumé des risques politiques qui ont changé le cours de l’histoire. Qui ne se rappelle pas la lutte de Brian Mulroney au régime de ségrégation raciale de l’apartheid en Afrique du Sud? Pensons également à Jean Chrétien et son refus de participer à l’initiative des États-Unis, à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein sous le faux prétexte de détruire des armes de destruction massive. Enfin, la reconnaissance de la Chine communiste par Pierre Elliot Trudeau avant les États-Unis n’a-t-elle pas permis l’amorce d’un climat de détente mondiale dans un contexte de guerre froide entre le bloc communiste et le monde occidental? Un autre fait d’armes international du Canada aura été la création des Casques bleus de l’ONU par Lester B. Pearson qui avait obtenu, pour l’occasion, le prix Nobel de la paix.

Mais nous devons tout de même nous poser la question suivante: quel gain peut-on obtenir avec l’attitude de défiance du gouvernement de Justin Trudeau face à l’Arabie Saoudite et la Chine communiste? Réussira-t-il à assouplir les droits de la personne dans ces régimes dictatoriaux qui se moquent de notre système de justice basé sur les règles de droit et l’égalité hommes-femmes? S’agit-il seulement d’une stratégie de séduction préélectorale afin d’obtenir les votes des Canadiens qui sont sensibles au respect des droits de la personne? Enfin, dans un contexte mondial de plus en plus chaotique au niveau politique, notre gouvernement cherche-t-il tout simplement à combler un vide de leadership dans le monde occidental compte tenu de l’isolement et du peu de crédibilité de l’actuel président américain?

Le temps nous dira si la stratégie actuelle sera payante à court terme sur le plan politique en vue des prochaines élections et à moyen terme si le Canada réussit à s’imposer auprès de ses alliés comme un pays qui se démarque par son humanisme et le respect des droits humains. À long terme le Canada risque toutefois de nuire à sa candidature au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Arabie saoudite et la Chine ont beaucoup d’alliés et d’influence aux Nations Unies. L’année 2019 sera donc une année charnière et pleine de surprises, espérons que le courage politique de nos dirigeants politiques ne sera pas vain, que les partis d’opposition appuieront notre gouvernement et que toute la classe politique canadienne continuera à se tenir debout.

Jean Baillargeon, expert-conseil en communication et développement stratégique