Le problème est sérieux. Le nombre de toxicomanes accros aux opiacés d'ordonnance a dépassé le nombre d'héroïnomanes.

La toxicomanie ne s'arrête pas avec le traitement du sevrage

En réaction au texte «Morphine et fentanyl : lueur d'espoir pour combattre la dépendance» paru le 27 février
La recherche est une nécessité incontestable dans le domaine de la santé. Loin de moi l'idée d'entacher une découverte qui porte sans aucun doute sa valeur et ses promesses. Toutefois, il me semble indiqué de faire preuve de prudence dans la façon de renseigner la population sur les découvertes liées à la recherche. Dans le cas précis de cette nouvelle, sortie cette semaine, en lien avec les travaux de l'équipe de M. Yves de Koninck sur le sevrage aux opioïdes, je souhaite insister sur quelques éléments sujets à confusion. Je salue d'ailleurs la contribution de Lucie Richer, psychologue, qui dépose une certaine mise en garde sur l'applicabilité de ces résultats de recherche à la clientèle toxicomane. 
D'abord, la dépendance aux opiacés telle qu'évoquée dans l'article semble faire référence à l'aspect purement physique de la dépendance, comme on la rencontre chez pratiquement toute personne longuement exposée aux opiacés. La toxicomanie, quant à elle, représente une réalité d'une grande complexité biopsychosociale, dans laquelle le sevrage est effectivement un élément majeur, mais non pas unique. 
En d'autres mots, il ne suffit pas d'empêcher le sevrage physique chez un toxicomane pour permettre un rétablissement de sa santé et de son bien-être. Par conséquent, l'accompagnement et le traitement de personnes aux prises avec une dépendance physique aux opiacés (sans toxicomanie)  peuvent difficilement se comparer aux soins nécessités par les personnes souffrant de toxicomanie (trouble lié à l'usage des opiacés, selon la terminologie médicale). À mon avis, l'article ne fait pas cette distinction importante. 
Il importe aussi de différencier clairement l'usage médical des opiacés de ce que l'on appelle le mésusage. Dans le premier cas, la personne utilise des opiacés prescrits sur indication d'un médecin et selon une posologie bien adaptée et respectée. Dans le deuxième cas, la personne fait un usage d'opiacés en dehors des recommandations médicales, de manière compulsive et au détriment de sa santé. Ces deux situations demandent des approches différentes.  
Les personnes que je rencontre dans le contexte de mon travail sont toutes aux prises avec une toxicomanie. Bien sûr, elles veulent d'abord et avant tout soulager le sevrage très souffrant que leur cause l'arrêt de la consommation d'opiacés. Par contre, une fois cet aspect réglé à l'aide de méthadone ou de suboxone, leur chemin ne fait souvent que commencer vers un très long processus de changement, d'adaptation, de rétablissement. Pour ces personnes, comme pour leur entourage, la notion d'espoir est une chose à la fois précieuse et fragile. Je dirais même plus : l'espoir est une chose à «manipuler» avec soin. 
Comme je suis sensibilisée à cela au quotidien, il m'est difficile de laisser passer sous silence un article dont le titre et le contenu font mention d'un espoir de «se sortir plus vite de leur dépendance». La croyance qu'une solution plus facile ou plus rapide puisse exister a parfois comme effet malheureux de faire bifurquer la personne d'une trajectoire qui paraît effectivement plus difficile, mais qui permet aussi de belles réussites. 
Les résultats de recherche, aussi prometteurs soient-ils, ne peuvent pas avoir la même portée et la même résonance pour le chercheur que pour la population générale ou les personnes aux prises avec la problématique. J'invite donc les gens à se réjouir des avancées scientifiques, mais sans perdre de vue que les choses ne sont pas si simples...
Violaine Germain, Québec