Dans la nuit du 14 au 15 mars dernier, 300 véhicules s'étaient retrouvés prisonniers de la tempête sur l'A13.

La stupidité naturelle et la tempête de neige

Tous les protagonistes, dont les politiciens, dans le récent carambolage de l'autoroute 13 qui a même donné lieu à des excuses du premier ministre Couillard, devraient lire ou relire l'excellente chronique de Marc Allard dans Le Soleil du samedi 28 janvier 2017 intitulée La stupidité naturelle et sa référence à l'irrationalité.
Dans l'analyse de ce malheureux incident, on tombe encore une fois dans le piège du biais rétrospectif ou de la sagesse rétrospective.
Après s'être déroulés, les événements apparaitront toujours prévisibles et, par conséquent, les mauvais résultats doivent avoir été prévus par les gens dans une position pour faire des prévisions. Les psychologues appellent ce phénomène le biais de sagesse rétrospective.
La sagesse rétrospective consiste en une erreur de jugement cognitif désignant la tendance qu'ont les personnes à surestimer rétrospectivement le fait que les événements auraient pu être anticipés moyennant davantage de prévoyance ou de clairvoyance.
Selon Nassim Nicholas Taleb (auteur de l'essai The Black Swan), ou Kahneman (dont Marc Allard nous parle dans sa chronique), le biais rétrospectif est un mécanisme de reniement du hasard dans lequel tout événement doit pouvoir se justifier afin d'être le plus prévisible possible. Sa fonction étant dès lors de renforcer les individus dans leur sentiment de contrôler l'incertitude. 
Le biais rétrospectif engendre un coût social et économique qui peut être à l'origine de nombreuses erreurs de jugement dans des domaines aussi divers que le comportement individuel, le diagnostic médical, la spéculation boursière, et les erreurs judiciaires. Malheureusement, on tombe, sans arrêt, dans le piège du biais rétrospectif. 
Conclusion : Nous avons une confiance excessive dans ce que nous croyons savoir. Nous avons aussi une incapacité apparente à reconnaître l'étendue de notre ignorance et l'incertitude du monde dans lequel nous vivons. Nous sommes enclins à surestimer la compréhension que nous avons du monde et à sous-estimer le rôle du hasard dans les événements. Cette trop grande confiance en soi est alimentée par la certitude illusoire de la sagesse rétrospective.
Jacques Saint-Pierre, Lévis