Le transport de pétrole provenant des sables bitumineux sur le fleuve Saint-Laurent inquiète bien des riverains et plusieurs d'entre eux ont participé à une manifestation à Sorel-Tracy le week-end dernier afin de le laisser savoir au gouvernement Couillard et aux compagnies impliquées dans ces opérations.

La Stratégie maritime, une occasion de prévenir

La nouvelle Stratégie maritime du gouvernement québécois est en voie d'être rendue publique. On veut, entre autres initiatives, ouvrir aux Îles-de-la-Madeleine un centre d'expertise pour «la prévention, la préparation et les interventions d'urgence environnementale relativement au déversement maritime de matières dangereuses sur le Saint-Laurent».
On s'engage également «à soutenir les municipalités riveraines qui adopteront des mesures d'urgence en cas de «déversements d'hydrocarbures sur le territoire maritime du Québec». Ces projets impliquent des coûts. Seront-ils entièrement assumés par des fonds publics?
Ces deux mesures permettront d'agir après un déversement et non avant. Et seront d'une efficacité relative (en hiver par exemple). Agir avant serait de tenir un examen public préalable (via le BAPE) sur le projet de Chaleur Terminals Inc. qui ferait circuler tous les jours 160 000 barils de pétrole brut par chemin de fer à travers le territoire québécois de la frontière ontarienne à la frontière du
Nouveau-Brunswick, pour atteindre le port de Belledune dans la baie des Chaleurs. Il s'ajouterait à tout ce qui transite déjà sur notre territoire, notamment aux 100 wagons (60 000 barils qui approvisionnent chaque jour la raffinerie Valero à Lévis (ces transports ont commencé quelques semaines à peine après la tragédie de Lac Mégantic)). Est-ce que, dans le cadre de la Stratégie maritime, le gouvernement encouragera des municipalités comme Bonaventure et New Carlisle à se doter d'un plan d'urgence advenant un déversement? Le promoteur du projet prétend que le Québec n'a pas à être consulté car le transport ferroviaire est de compétence fédérale. Une grande partie de la baie des Chaleurs est en territoire québécois et un déversement sur les côtes gaspésiennes est à prévoir. Il ne faut pas ignorer non plus le volet maritime du projet Belledune.
Par la même occasion, il faut se questionner sur le fait que le Québec devienne une voie de transit silencieuse de produits dangereux et de combustibles fossiles entre l'Ouest et l'Atlantique. Il y a peu d'avantages à accepter ce rôle. Il met en danger nos villes, nos eaux et il contribue aux changements climatiques. Au lieu de pondre une Stratégie maritime tout en demeurant à la merci des vendeurs de matières premières, nous devrions prendre le leadership d'une stratégie post-carbone et faire de notre espace maritime un modèle mondial d'avant-garde écologique. Il doit appartenir à ceux qui ne se conforment pas d'assumer le coût des déversements et l'entière responsabilité de leurs actes, pas les citoyens du Québec via leurs taxes et leurs impôts. On appelle ça le principe pollueur-payeur. Dans le contexte de sa Stratégie maritime, le gouvernement du Québec devrait faire le point, via un examen public sur l'utilisation maritime et terrestre de son territoire pour le transit de pétrole brut, de gaz et de matières dangereuses. La loi québécoise lui permet de le faire. Suite à cet examen, il serait mieux à même de prendre ses responsabilités à l'intérieur de ses juridictions et en mesure d'interpeller le fédéral pour qu'il assume les siennes.
Pierre Ross, recherchiste
Christian Simard, directeur
Nature Québec, Québec