La retraite au Québec : quand on est né pour un petit pain

La consultation sur le Régime des rentes du Québec (RRQ) qui est en cours essaie de nous convaincre qu'il est préférable pour les Québécois d'avoir une retraite dans la pauvreté parce qu'on va alors sauver des impôts indirects.
Bien sûr, on ne présente pas ça avec des termes aussi clairs, mais il faut lire entre les lignes. D'abord, on insiste pour montrer les pertes fiscales indirectes élevées qu'un revenu de retraite pourra procurer. Il faut savoir que le gouvernement fédéral a récemment augmenté le supplément de revenu garanti (SRG) pour une personne âgée qui vit seule dans le but de soulager la pauvreté. Le revenu minimum à 65 ans sera de plus de 17 000 $, ce qui est mieux que l'aide sociale. Pour viser les plus pauvres seulement, le programme va diminuer son aide entre 50 % et 75 % des autres revenus, dont le RRQ.
Les gens qui sont dans la catégorie des revenus en bas de la moyenne auront peu d'incitatifs à investir dans un régime public ou enregistré sachant qu'ils pourraient perdre 75 % ou plus lors de l'encaissement. Noter que le CELI existe pour contourner cela. En fait, il s'agit du même problème qu'on trouve avec l'aide sociale: pourquoi travailler plus lorsqu'on y perdra des sommes énormes en aide sociale?
Il est donc étrange que le gouvernement du Québec prenne cette attitude de promouvoir la pauvreté à la retraite sous le principe de la taxation marginale indirecte.
Dans les tableaux soumis, jamais il n'y est question que la charge fiscale marginale d'un retraité qui s'en tire bien soit d'à peine 28 %. Même la diminution à 50 % du SRG qui est plus fréquente que celle à 75 % n'y est pas mentionnée. Pas plus que, lorsqu'un célibataire atteint 25 000 $ de revenu, il n'est plus du tout concerné par le SRG.
Québec veut nous cantonner dans la pauvreté. On offre plusieurs programmes pour soulager la pauvreté, puis on nous envoie le message de ne pas essayer de gagner plus pour ne pas perdre d'argent sur ces programmes.
Les tableaux mettent en évidence le coût actuel versus les revenus supplémentaires à la retraite. La morale est qu'il n'est pas grave de gagner jusqu'à 2000 $ net de moins à la retraite que les autres Canadiens puisqu'à court terme on va économiser.
Ainsi le Québécois qui atteindra 65 ans dans le futur devrait être fier de se débrouiller avec 18 000 $ plutôt que 20 000 $ en se disant qu'il a pu vivre sa jeunesse avec plus d'argent à dépenser.
Jeannot Vachon, Québec